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Sadjee

RUPTURE, ETCETERA(1)

décembre 22, 2012 9:12 Publié par

Ryan m’obsède. Que je le haïsse, ou que je l’aime, que je le fuie, ou que  je le cherche, cela revient au même : il m’obsède. Lui et moi : un vrai feu d’artifices, un tourbillon  qui  me propulsait aux cimes du Nirvana. Mes pensées échappent à nouveau à tout contrôle, dérapent vers ces souvenirs qui font si mal…je les rattrape, les ramène exactement là où je voudrais qu’elles soient. Au présent. A ma solitude. A son absence.

J’angoisse, je suffoque, mais ce n’est pas la première fois, ça passera. Comme hier, comme avant-hier, comme il y a une semaine…comme chaque jour depuis qu’il m’a quittée. Je revois son air désolé. Il tenait à faire les choses dans les règles. Il m’a invitée au restaurant, j’étais contente, ça faisait un sacré moment qu’on n’était allés nulle part ensemble; j’aurais dû me douter que quelque chose se tramait…toute à ma joie de partager  cet instant avec lui, je n’ai rien vu venir, pas même au moment où il s’est raclé la gorge :

-J’ai quelque chose à te dire…

Je me souviens avoir pensé qu’en général, on dit plutôt «  quelque chose à te demander », c’est bien pour ça qu’on appelle ça une « demande en mariage » !

-Je voudrais qu’on mette un terme à notre relation, Vi.

Mon verre m’a échappé des mains, s’est brisé en mille morceaux, comme dans une mauvaise comédie romantique. Un serveur a accouru, muni d’une brosse et d’une pelle, tandis que je me confondais en excuses. Il s’est empressé de me rassurer, et s’est éloigné avec les bris de glace. J’ai regretté qu’il ait terminé si vite ; sa présence retardait le tournant redoutable que ma vie s’apprêtait à prendre bien malgré moi. Désespérément, j’ai essayé de gagner du temps en m’accrochant à n’importe quoi :

-« Notre relation ». C’est comme ça que tu appelles ça ? Tu penses que ce mot fade rend justice à tout ce qui nous unit ?

-Virginie…

Il a prononcé mon prénom avec tant de douceur. J’ai alors senti les larmes picoter mes yeux, inonder mes joues, brouiller ma vue, emporter tous mes espoirs de lui. Une question a réussi à se frayer un passage à travers ma gorge nouée :

-Pourquoi ?

Il m’a regardée, l’air sincèrement peiné. Dans ses yeux, je pouvais entrevoir pour la première fois en 5 ans, de la pitié. Pas de la tendresse. Pas de l’affection. Pas du désir. Pas de la colère, non. Ryan me regardait avec pitié. Un sanglot m’a soulevé la poitrine, comment était-ce possible, comment pouvait-il me faire ça ?

– Vi…

– Pourquoi ? l’ai-je coupé, durement en m’épongeant rageusement les yeux.

-Je…je ne t’aime plus, voilà tout. J’ai pourtant essayé, tu sais, je me suis dit que ça passerait, que tout s’arrangerait, mais je ne peux plus continuer comme ça, chérie…

-Tu ne m’aimes plus, soit, mais aie au moins la décence de me respecter ! C’est quoi ces foutaises, tu me prends pour une conne ? Qui c’est, hein ?

Rassemblant les lambeaux de dignité qui me restaient, j’ai essayé de calmer le tremblement de ma voix.

– Je sais qu’il y a quelqu’un d’autre, qui c’est ?

– …

-Réponds-moi, je refuse de croire que j’ai gâché 5 années de ma vie avec un lâche.

Il a tressailli, visiblement surpris de me découvrir cette violence toute neuve dont il venait de me faire cadeau, en même temps qu’il m’enlevait tout le reste.

-Une fille avec qui je bosse…ça nous est tombé dessus, juste comme ça, je t’assure. Mais ça n’a rien à voir avec elle. Je serais parti à un moment ou un autre. Tout ça m’étouffait, je suis vraiment désolé, je t’aime beaucoup, on pourrait rester amis…

C’était trop. Je n’entendais plus ce qu’il disait. Je regardais ses lèvres remuer, mais ses mots semblaient se heurter à une barrière avant d’avoir la possibilité de m’atteindre. J’allais mourir d’une minute à l’autre, j’en étais certaine ; qui pouvait survivre à cette formidable explosion d’amour (ou de haine, je ne sais plus) qui faisait rage à l’intérieur de moi ?

03 mois que cette scène s’est déroulée. Et je ne suis pas morte. J’aurais aimé le détester à jamais ; là aussi, j’ai échoué. Au lieu de ça, j’ai passé les premiers jours de notre rupture à l’appeler. Presqu’à chaque minute. Je n’y pouvais rien, je ne voulais même pas essayer de résister à ce besoin de lui. Il décrochait chaque fois, doux, compatissant, ferme sur sa décision…moi, me détestant pour mon manque de dignité, je le suppliais, le menaçais, l’insultais. Puis je raccrochais, honteuse, dévastée, chagrinée. Au bout de 03 semaines, il m’a fait comprendre que mes appels récurrents gênaient l’autre, celle pour qui il m’avait quittée. Moi, je quémandais juste une ou deux minutes de sa voix, j’appelais 10, 15 fois, jusqu’à ce qu’il décroche, ou qu’il éteigne son téléphone. Qu’à cela ne tienne : j’allais sur sa page Facebook me lacérer de ses photos, de leurs photos, du moindre de leurs « lols »,…jusqu’à ce qu’il me bloque, sans doute dérangé par mes messages intempestifs qui parasitaient son bonheur tout neuf…

J’en suis là aujourd’hui. Un  mois que je ne l’ai pas appelé, que je n’ai plus rien tenté pour le joindre. Jamais je n’aurais pensé y arriver, j’en tire une fierté dérisoire. Mais son image me poursuit où que j’aille, quoi que je fasse. Qu’est-ce-que j’y peux ? Il m’obsède, Ryan m’obsède…

On sonne à la porte. Je reste vautrée dans mon canapé, décidée à ne pas en bouger. Rebelote. Je me traîne jusqu’à la porte d’entrée, et regarde par le judas. Emilie. A peine entrée, mon amie promène un regard perplexe sur le chaos qui règne dans mon studio, et sur la chemise de Ryan, trop grande pour mon corps amaigri. Je baisse la tête, consciente du spectacle peu reluisant que je lui offre. Sur la défensive, j’attends ses questions, ses reproches. Elle avance juste vers moi, et sans un mot, me prend dans ses bras, me serre contre elle en me caressant doucement le dos. Toute la douleur que je porte en moi afflue alors à mes yeux, et  lui inonde l’épaule. Dans les bras de mon amie, je pleure tout mon saoul, je pleure comme un bébé, je voudrais tant que Ryan revienne…

-Là…là…ne  pleure plus, Vi chérie, je suis là maintenant, je ne vais plus te lâcher, on va s’en sortir, tu entends ?

-… (reniflements un  peu exagérés, ça faisait si longtemps qu’on ne m’avait pas dorlotée comme ça)

Enjouée, elle entreprend ensuite de faire un brin de ménage en me donnant les nouvelles de nos amis. Je ne l’écoute pas. Mais je suis heureuse qu’elle soit là, attentionnée, guillerette, adorable. D’autorité, elle me pousse vers la douche, pendant qu’elle explore mon armoire.

-Après-midi shopping, ma belle ! On fait une fête à Ahmed pour son annif ce soir.

En me frottant vigoureusement la peau pendant que le jet d’eau froide commence à me ragaillardir, je crie :

-Je n’ai pas envie de sortir, Emy…et puis…qui ça, « on » ?

Elle hésite un moment, ça me suffit pour comprendre. Toute la bande au grand complet. Lui  y compris. Elle enchaîne:

-C’est douloureux, mais nécessaire, Vi. Il te faut guérir de lui, il faut que tu te confrontes à la réalité, oui, il t’a quittée, oui il en aime une autre, tu dois te faire une raison, faire le deuil de la relation, et aller de l’avant ! Et tant que tu ne les verras pas ensemble, tu n’y arriveras pas…

Soudain, l’eau me paraît terriblement glaciale, des frissons me parcourent l’échine, je me sèche rapidement, je noue la serviette autour de ma poitrine, et rejoins Emilie.

-Emy…

-Chut…ne dis rien, n’y pense pas, je serai près de toi, tout se passera bien, tu verras. Et puis, on va s’amuser : apéro chez Marco, restau, ensuite on ira faire les fous au karaoké…allez, dis oui !

Je ne sais pas comment je me suis laissé convaincre, ou si je veux être honnête envers moi-même, si je sais : l’envie de le revoir, le désir malsain de les voir ensemble…et, logé dans un recoin de mon cœur, l’espoir un peu fou, qu’il s’aperçoive de son erreur en me revoyant après tout ce temps.

Tout l’après-midi, nous écumons les galeries de Cap Sud. Je flashe sur une paire de jeans, un top rouge et des bottines en cuir de la même couleur. Emy fait la moue, décide que c’est trop classique, valide les bottines, mais remplace les jeans par une petite robe noire à la fois sobre et terriblement chic. Je regarde le prix sur l’étiquette, à mon tour de faire la moue. On la prend quand même, puis on fait un tour chez le coiffeur. Mes cheveux de jais ondulent bientôt en boucles volumineuses et élégantes sur mes épaules. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi jolie et féminine.

-On arrivera à 20H30, décrète Emy. Pour être sûres qu’ils seront tous là.

Je ne sais pas par quel miracle je tiens jusqu’à cette heure. A 20H20, nous sommes devant l’appartement de Marco. Des bruits étouffés de musique et de voix nous parviennent. J’ai envie de m’enfuir, qu’est-ce-que je fabrique là ? Trop tard, Emilie presse déjà la sonnerie. Quelques secondes, et nous entendons le cliquetis des clefs dans le verrou. La porte s’ouvre, je tombe nez à nez avec Ryan. Qui sursaute imperceptiblement en me voyant.

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Cet article a été écrit par Sadjee

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Comments (7)

  • Farapie
    Farapie 22 décembre 2012 à 10 h 12 min

    J’ai passé un bon moment de lecture,merci Sadjee.

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  • Krys Closran 22 décembre 2012 à 13 h 46 min

    Moi aussi j’ai passé un super moment et j’ai très envi de connaitre la suite…. 😉

     Reply
  • marilyne okou 22 décembre 2012 à 14 h 50 min

    oh nonnn! c’est bien ecrit ca donne envie de voir la suite! mais les histoires d’amour avec je t’aime je te quitte laaaaaaaaaa (oui sui aigrie!)

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  • Skyrocket
    Skyrocket 23 décembre 2012 à 1 h 57 min

    J’ai hâte de lire la suite

     Reply
  • Licka choops 29 décembre 2012 à 22 h 30 min

    suspenseeeeeeeeeeeee lol super bien écrit super belle l’histore j’aime ton style mais euh la je vais lire la suite lol

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  • Bamba 3 janvier 2013 à 23 h 34 min

    Très belle plume, très chère. Le talent est là. Bonne continuation. je suis écrivain et je trouve chez vous une aptitude souvent passée par pertes et profits par ceux qui veulent s’essayer à l’écriture: le procès d’écriture. Chez vous, il y a un enjeu esthétique. Votre texte ne raconte pas seulement; il s’applique à bien dire. Félicitations et bienvenue dans la famille

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    • Sadjee 5 janvier 2013 à 1 h 00 min

      Grand grand merci pour ces encouragements! C’est précieux.

       Reply

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