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Hanielophir

UN FÂCHEUX MALENTENDU (3)

janvier 24, 2013 8:10 Publié par

A la tête d’un empire financier hérité de son père, Lorenzo n’avait qu’un seul souci : trouver un héritier pour la poursuite de l’œuvre familiale. C’était une urgence pour lui car il craignait de quitter subitement ce monde, du fait de la précarité de son état de santé. L’homme d’affaires, qui passa toute sa vie en France, vînt ainsi sur sa terre natale dans le seul but de s’unir à une femme de son pays, et pas une étrangère susceptible de pousser son héritier à effacer ses traces et ses origines après sa mort. Son père fit très attention à ce détail et, après son arrivée en France, épousa une ivoirienne, sa mère. Lorenzo savait que la médecine avait évolué et que, bien qu’étant séropositif, pouvait être le père biologique d’un enfant sain.

Lydia était si près du but ! Le prince charmant fortuné, tant recherché, lui ouvrait grand les bras. Et même si le statut sérologique de Lorenzo l’avait perturbée un moment, il fallait plus pour qu’elle renonce à ce grand bonheur qui se profilait à l’horizon. Passée la surprise, elle lui expliqua qu’elle n’avait aucun problème avec sa maladie et l’assura de son soutien sans faille. Sa vie, elle la voyait autrement après ce rendez-vous.

Mais ce soir-là, Lydia eût, tout de même, du mal à fermer l’œil. Etre la femme légale de Lorenzo était, évidemment, la meilleure assurance-vie qu’elle pouvait espérer. Mais elle ne s’attendait pas à un prix aussi élevé pour la « souscription ». En effet, en mettant au monde un enfant conçu avec Lorenzo, elle décidait de vivre, pour toujours, avec le VIH. Et même si elle pouvait éviter de faire la maladie en prenant des précautions, Lydia avait, néanmoins, une grosse peur au ventre. Le lendemain matin, elle en parla avec Mamie Sylvie, loin d’être d’accord avec elle.

-Dis-moi que tu plaisantes Lydia, tu ne vas quand même pas prendre un tel risque ? -Je sais mais j’aurai en retour un grand bonheur ! Ecoute, la séropositivité n’est pas une fatalité ! Il suffit de prendre des dispositions et on peut vivre pendant 100 ans, sans jamais présenter des signes de la maladie ! – Non, non, je ne suis pas d’accord avec toi ! Les personnes se sont pas les mêmes et tout le monde n’a pas la même capacité de résistance face au virus ! Pour moi, c’est comme si tu te mettais une balle dans la tête ! -Très bien, j’en ai assez entendu comme ça ! De toutes les façons, ce n’est pas un satané virus qui va me faire reculer, ni personne d’ailleurs, alors laisse tomber !

Mamie Sylvie, qui avait déjà montré à Lorenzo qu’elle n’était pas emballée par son offre, cherchait les mots appropriés pour que sa sœur change d’avis. Elle voulait que Lydia comprenne que les risques de développer le SIDA étaient différents d’un individu à un autre. Elle lui expliqua, en effet, que même si un traitement était sensé retarder l’évolution du virus, certaines personnes arrivaient très vite au stade terminal de la maladie, du fait de la grande vulnérabilité de leur organisme. Et puis pour Mamie Sylvie, les personnes vivant avec le VIH ont involontairement chopé ce virus, et auraient donné tout ce qu’elles avaient pour l’éviter. Elle trouvait ainsi malséant qu’une personne accepte de se faire contaminer même si tout l’or du monde lui était promis après.

Lydia ne fut, cependant, point ébranlée par les explications de sa cadette et montra plutôt une farouche détermination à aller jusqu’au bout. Toutefois, Mamie Sylvie émit un doute sur la bonne foi de Lorenzo, qui ne manqua pas de l’alerter.

-Je pense que tu devrais te méfier de cet individu, il ne m’inspire pas du tout confiance ! -Et pourquoi devrais-je me méfier ? Lorenzo est de très bonne foi je t’assure ! -N’en sois pas si sûre ma chère ! Tiens, si tu lui fais un enfant, qu’est-ce qui te garantit qu’il respectera sa parole et fera de toi sa femme légale ? Avec sa fortune, il est facile pour lui de t’arracher l’enfant et te mettre sur la touche ! Fais attention Lydia car ces riches ne jouent jamais franc jeu !

Mamie Sylvie sema la confusion chez sa sœur après ces paroles. Lydia n’avait pas vu les choses sous cet angle et trouva que sa frangine n’avait pas tort. Elle jugea donc utile de prendre certaines dispositions pour ne pas que Lorenzo lui fasse un sale coup. Lydia devait rencontrer son « futur mari » ce soir, à la Riviera 2, dans un complexe hôtelier que ce dernier voulait racheter à un puissant homme d’affaires nigérian. Elle comptait alors discuter avec lui sur le moment de la tenue de leur mariage.

Glamour, tendance, style et luxe au Moody Eburny Groove ! Le palace du très remarquable Okochuku Linkou n’avait rien perdu de sa superbe ce soir où se négociaient les termes de son rachat. Le gratin des personnalités dites d’exception était présent, et les « jetsetteurs », soucieux de décrocher la palme de l’élégance, se livraient une bataille sournoise de style. Le déhanchement de ces dames et leurs apparats de circonstance prouvaient que la « fashionista » n’était rien d’autre qu’une pathétique galère.

Lydia aimait ce genre de milieu et fit des jalouses lorsqu’elle arriva au côté de Lorenzo Capwell. Okochuku Linkou, qui avait décidé de rentrer dans son pays, décida de vendre le Moody Eburny Groove, composé d’un hôtel 4 étoiles de 125 chambres, d’un restaurant, d’une salle de jeux multimédia, d’une piscine et d’un terrain de golf. Après avoir signé les papiers de cession de l’établissement, Lorenzo eût enfin du temps pour Lydia, qui ne tarda pas à aborder le sujet de leur union. -Sans vouloir me montrer impatiente, j’aimerais qu’on parle du mariage et des conditions de sa tenue ! -Dis donc, t’es vraiment pressée ma belle ! Mon enfant n’est même pas encore né et tu parles déjà de mariage! -T’inquiètes pas, il naitra. Mais j’aimerais qu’on se marie avant sa naissance, quand je serai enceinte, au moment où la grossesse sera bien en évidence ! -Attends, ne précipitons pas les choses ! Je t’ai fait la promesse de te marier si du me donnes un enfant et je respecterai ma parole. C’est l’une de mes grandeurs et je n’ai pas l’intention de changer. Tu n’imagines pas ce qui t’attend si tu acceptes de me faire un enfant malgré ma séropositivité. Tu vois le Moody Eburny Groove que je viens d’acheter, il t’appartient, je te l’offre juste pour te dire merci de me prendre tel que je suis! Et ça, ce n’est rien comparé à ce que tu auras quand mon enfant viendra au monde ! Lydia resta bouche bée ! Même dans ses rêves les plus dingues, elle ne s’était jamais imaginée propriétaire d’un tel complexe hôtelier. Elle comprit que le coup était jouable, et n’avait rien d’autre en tête que de prendre une grossesse, le plus vite possible.

Tout allait bien pour Lydia dont le train de vie avait radicalement changé. Lorenzo acheta une villa au 2 Plateaux pour les deux. Elle était sur un petit nuage et était couverte d’attention. Lorenzo a même reporté son retour en France pour s’occuper davantage d’elle, et a pris la décision de rentrer définitivement au pays, dès la naissance de son enfant.

Mais malgré tout, Lydia n’était pas très heureuse et elle avait une bonne raison. Depuis bientôt 4 mois qu’elle filait le parfait amour avec Lorenzo, rien n’indiquait une grossesse à l’horizon. Chaque jour elle faisait des tests qui s’avéraient négatifs. Ce n’était pas normal et voulut savoir ce qui n’allait pas. Elle prit rendez-vous chez un gynécologue qui lui fit un examen détaillé. Son diagnostic était ce qu’il y avait de plus terrible pour la jeune fille. « Je suis désolé mademoiselle mais vous souffrez d’une fragilisation de la paroi utérine qui rend impossible toute fécondation embryonnaire. En d’autres termes, vous ne pouvez pas avoir d’enfant ».

Lydia n’en croyait pas ses oreilles ! Elle était donc stérile selon les dires du gynécologue. Mais elle n’était pas prête à accepter cette cruelle vérité !

-Qu’est-ce que vous me chantez-là docteur ? Je ne peux pas enfanter ? Non, il y a forcément une erreur ! -Je comprends votre déception mademoiselle mais il n’y a pas d’erreur. Et puis, avec l’expérience que j’ai, je peux vous dire que votre stérilité n’est pas fortuite. Elle est la résultante d’un raclage exagéré de la paroi utérine !

Le gynécologue venait de faire comprendre à Lydia qu’elle était la seule responsable de ce qui lui arrivait. En effet, la jeune fille avait fait trois curetages lorsqu’elle était au lycée, parfois dans des conditions très archaïques. Pour préserver sa jeunesse, elle refusait systématiquement les bébés qui s’annonçaient. Lydia était ainsi en grande difficulté et chercha aussitôt la solution à son problème. -Dites-moi docteur, qu’est-ce qu’il faut faire pour que je retrouve ma fécondité ? -Rien malheureusement, je suis vraiment navré.

Tout risquait de s’écrouler autour de Lydia comme un château de cartes si elle ne prenait pas au plus vite une grossesse. Et même si le gynécologue affirma qu’il n’y avait pas de solution pour sa stérilité, elle ne se laissa pas abattre et décida d’aller voir ailleurs. Elle avait entendu des tradipraticiens et autres guérisseurs mystiques annoncer, à grands renforts publicitaires, être à mesure de venir à bout de toute sorte de stérilité. Elle se rendit très vite chez Cisco Côte d’Ivoire à qui elle exposa son problème. « Ecoute, ce n’est rien ma petite ! Je connais un puissant mystique à l’Est du pays qui a fait connaître la joie de la maternité à plusieurs femmes. Il s’agit du grand maître Gboglo Tenor 3145. Ma cousine avait des problèmes d’enfantement et c’est lui qui l’a rendu heureuse un mois après le traitement. On ira le voir et tu verras. »

Cisco Côte d’Ivoire avait l’air très sûr de la puissance de son mystique mais ne réussit pas à tranquilliser Lydia. -Le médecin m’a dit qu’il n’y a avait aucune solution pour moi. Crois-tu que ton grand maître a la solution ? -Tu n’as aucune inquiétude à te faire ! Il a fait accoucher des femmes qui avaient des problèmes plus compliqués que le tien. Et puis, le nombre 3145, qui accompagne son nom, représente un compteur pour tous les bébés qu’il a fait naître. Ainsi, si tu es la prochaine femme à accoucher grâce à lui, le grand maître prendra le nom de Gboglo Tenor 3146.

Lydia se laissa convaincre et décida de se rendre dans le village de Koboko, à quelques kilomètres de la ville de Bondoukou, pour rencontrer le fameux Gboglo Tenor 3145. Elle fit un aller-retour rapide dans ce petit hameau lointain du pays, accompagnée par Cisco Côte d’Ivoire.

Elle revint de ce voyage avec un moral au beau fixe. Le mystique l’assura qu’elle sera mère au bout d’un mois. La jeune fille retrouva Lorenzo qui ne s’était jamais plaint du fait qu’aucune grossesse ne lui soit annoncée depuis plusieurs mois. Elle priait pour que le miracle s’opère, et sa prière fut entendue. Au bout d’un mois après son voyage sur Koboko, le test de grossesse qu’elle effectua fut positif. Folle de joie, elle l’annonça à Lorenzo qui en fut tout aussi heureux. Le temps passait et la grossesse se déroulait bien. Lorenzo se rendit en France en vue de régler certaines affaires urgentes. Il revint très vite et décida de s’installer au pays jusqu’à ce que Lydia accouche.

Bientôt 6 mois de grossesse et Lydia affichait un joli petit ventre rond. Elle voulut aussi connaître le sexe de l’enfant et décida alors de faire une échographie dans ce sens. Garçon ou fille ? Le résultat ne ce fut pas attendre et elle s’empressa d’en informer Lorenzo, lorsqu’elle le rencontra le soir. -Chéri, j’ai une nouvelle à t’annoncer. -Une bonne ou une mauvaise ? -C’est une bonne nouvelle rassure-toi ! Bientôt, tu seras père d’une charmante fille !

En entendant cette annonce de Lydia, Lorenzo se mit subitement en colère. Il n’en voulait pas et le fit savoir de la façon la plus expressive. -Comment peux-tu me parler de bonne nouvelle alors que tu vas mettre au monde une fille ? -Mais je ne vois pas où se trouve le problème ? Tu devrais en être heureux car beaucoup de parents souhaitent avoir des filles. – Non mais c’est une blague ou quoi ? Attends, je crois qu’il y a un fâcheux malentendu ! Je t’ai demandé un héritier, un vrai garçon pour me remplacer, et tu me parles d’une fille. Je crois avoir perdu mon temps avec toi. Il faut que je m’en trouve une autre pour me faire un garçon. Lorenzo était dans tous ses états et n’avait plus l’intention de vivre avec Lydia. Celle-ci sortit aussitôt ses griffes et décida de rappeler les bases de leur vie à deux. -Arrête ton charabia Lorenzo ! Tu m’as demandé de te faire un enfant et à aucun moment, tu ne m’as parlé de garçon ou de fille. J’ai fait ma part et tu respecteras la tienne. Tu ne peux pas me laisser tomber pour une autre sur un tel détail ! -Oh que si ! Tu devais me donner un héritier et pas une héritière. Cela dit, il n’y a plus d’accord qui tienne.

Lydia eût soudainement mal au cœur et ne reconnaissait plus Lorenzo. Il avait complètement changé en quelques minutes et se foutait pas mal de ce qu’elle ressentait. Elle comprit aussi qu’elle n’avait ni la force ni les moyens d’engager un bras de fer. En larmes, elle tenta alors le tout pour le tout. -D’accord, tu as raison Lorenzo, c’est bien un garçon que tu as demandé. Mais ce n’est pas bien grave, je t’en ferai un après, et même une dizaine si tu veux. Je t’en supplie, ne me laisse pas tomber ! On doit se marier car tu me l’as promis. -Tu m’fais rire toi ! T’as vraiment rien compris ma chère ! Demande à Cisco Côte d’Ivoire et il te fera comprendre que je les ai toutes abandonnées, toutes celles que j’ai croisé avant et qui étaient sensées me donner un héritier. -Quoi ? Qu’est-ce…que…tu viens de… dire ? Ce n’est…pas possible…, Cisco … ! Dans quoi me suis-je embarquée, mon Dieu ? -Heureusement que je n’ai pas encore mis ton nom sur les papiers de propriété du Moody Eburny Groove ! Tu ne mérites pas un tel palace si tu es incapable de me donner un mâle. Mais tu es tout de même une sacrée chanceuse ma cocotte ! Je te laisse cette maison, tu en auras certainement besoin pour ta fille, adieu !

Sur ces mots, Lorenzo Capwell le milliardaire se leva, ne toucha à rien et sortit de la maison, laissant Lydia en pleurs. La jeune fille revint sur terre et se rendit compte que tout était trop beau pour être vrai. Elle avait davantage mal en pensant à la combine de Cisco Côte d’Ivoire, son grand ami, qui connaissait tout des agissements de Lorenzo et qui la poussa dans ses bras. Combien étaient-elles ces pauvres filles qui ont promis un héritier à cet individu et qui ont eu la malchance de mettre au monde une fille ? Elle comprit que Mamie Sylvie avait raison sur toute la ligne. Il faut toujours se méfier de ces milliardaires qui ne jouent jamais franc jeu. Une grossesse non désirée et une séropositivité, tel est le bilan de ce fâcheux malentendu, une expérience sur laquelle Lydia s’appuiera pour donner des conseils à sa fille, le petit miracle de Gboglo Tenor, son numéro 3146.

FIN

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Cet article a été écrit par Hanielophir

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Comments (3)

  • Licka choops 24 janvier 2013 à 22 h 08 min

    Belle fin parce contre j’aime pas l’expression » te marier » c’est trop zarb. Et ce que je retiens de ton histoire c’est que d’abord l’amour de l’argent conduit a la perte et qu’ensuite il faut toujours reflechir avant d’agir et écouter les conseils

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  • Sadjee 25 janvier 2013 à 10 h 33 min

    Belle leçon de vie…bravo pour l’histoire, Hanielophir, qui malheureusement, n’est pas totalement fictive. La pauvreté ou l’avidité nous conduisent souvent à des extrêmes!

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  • Kadija Bangoura 18 juillet 2014 à 2 h 55 min

    La fin etait imprevisible jaime ca 🙂

     Reply

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