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Hanielophir

UN FÂCHEUX MALENTENDU (2)

janvier 21, 2013 8:54 Publié par

« Mais pourquoi a-t-il fallu qu’une telle situation m’arrive? », n’arrêtait pas de se demander Lydia en larmes. Cisco Côte d’Ivoire, qui la rattrapa quelques instants après sa sortie du piano-bar, n’avait pas non plus de mots pour expliquer ce qui c’était passé. En voyant l’état de la jeune fille, il comprit aussi que même un grand verre d’encouragements ne pouvait lui permettre de boire cette terrible honte. Mais il n’avait ni le temps ni le don pour ça. Et en tant qu’un businessman endurci, il était pressé de passer à autre chose. Les enjeux étaient immenses pour lui. En effet, en aidant Lorenzo Capwell à trouver l’élue de son cœur, Cisco Côte d’Ivoire serait absolument remercié par des retombées financières conséquentes, à défaut de se voir confier certaines affaires. Il n’hésita donc pas à demander à Lydia, le numéro de téléphone de Mamie Sylvie. Et alors qu’il pensait que celle-ci ferait la tête avant de répondre favorablement à sa demande, il fut surpris par sa réaction. « Voilà, voilà ! C’est exactement ce que je disais à Mamie! Je lui ai plusieurs fois dit de se trouver un téléphone portable, et qu’il lui sera d’une grande utilité un jour, mais elle ne m’a jamais comprise ! Ecoute Cisco, ma petite sœur n’a pas de numéro mais ce n’est pas grave! Dis à Lorenzo qu’il n’a rien à craindre, demain il la rencontrera sans faute, je m’en occupe ! »

Cisco Côte d’Ivoire, bien que satisfait des paroles de Lydia, n’en fut pas moins étonné. Ce qui le frappa chez elle, c’est ce brusque passage de la tristesse à la joie, matérialisé par un très grand sourire. Il ne chercha pas à connaitre la raison de ce soudain changement et prit congé de Lydia, très confiant que Mamie Sylvie acceptera de rencontrer Lorenzo Capwell, dont le nom seul suffisait à faire frémir toutes les filles. Essayer de tirer quelque chose de positif quand tout semble perdu, telle est la nouvelle approche de Lydia après analyse de la situation. Tout n’était pas fichu pour elle, crût-elle. Même si Lorenzo Capwell a choisi sa sœur, elle profitera forcement du bonheur de celle-ci, étant donné que l’une était très attachée à l’autre. Mais cela ne l’empêchait pas d’être inquiète. Les positions de sa sœur sur certaines choses étaient très différentes des siennes. Mamie Sylvie n’a jamais eu de relations sentimentales avec quelqu’un et s’en abstenait, attendant de terminer ses études avant de s’engager dans les histoires de cœur. Lydia craignait ainsi qu’elle refuse de se jeter dans les bras de Lorenzo, même s’il était très riche, sous prétexte de se conformer à ses principes. Pour éviter que cela n’arrive, elle devait trouver les mots justes pour que Mamie Sylvie comprenne que le grand bonheur était enfin là. Le lendemain matin, à la maison, elle aborda le sujet. -Mamie, as-tu déjà entendu parler de Lorenzo Capwell ? -Le « benguiste » milliardaire ? Oui, à la soirée d’hier, quelqu’un faisait ses éloges dans le micro. -Tu sais Mamie, c’est un gars très puissant et hyper généreux ! As-tu déjà pensé à vivre avec un tel individu ? -Je ne sais pas, sincèrement ça ne m’a jamais traversé l’esprit, je t’assure !

Lydia essayait ainsi de planter le décor afin d’avoir une idée précise de ce que pense sa sœur des hommes riches. Elle trouva ensuite le moment idéal pour tout lui expliquer. -J’ai une très bonne nouvelle pour toi Mamie ! -C’est vrai ça ? Mais de quoi s’agit-il ? Vas-y je t’écoute !

Lydia lui expliqua tout dans les moindres détails et fit comprendre à sa sœur que c’était une perche divine à saisir, car ne se présentant pas deux fois dans la vie de quelqu’un. Elle lui demanda de ne pas réfléchir un seul instant et d’accepter d’être la femme de Lorenzo. Malgré tous ses dires rêveurs, il fallait plus pour convaincre Mamie Sylvie, loin d’être prête à se jeter dans les bras du premier venu, aussi riche soit-il. Sa réponse ne tarda pas. « Non ! Je ne peux pas être la femme de cet homme ! Attends, mais c’est impossible, et mes études ! Et puis, je ne le connais même pas ! »

Cette intervention énerva Lydia qui asséna aussitôt de terribles vérités à sa sœur. « Mais qu’est-ce que tu racontes petite idiote ! Tu m’énerves avec tes airs de sainte nitouche ! Au lieu de prendre conscience de la situation de misère extrême qui malmène la famille comme une malédiction, tu me parles d’études. As-tu pensé à nos petits frères et de nos parents ? Tu as une chance unique de vivre avec un putain de milliardaire et nous sortir du trou. Alors arrêtes de penser à toi seule et fais ce qu’il faut, dans l’intérêt de tous ».

Mamie Sylvie avait toujours l’habitude de s’accrocher à ses convictions, en toute circonstance. Toutefois, elle fut profondément marquée par les paroles de sa grande sœur et ne savait quoi dire. Lydia savait qu’elle l’avait touchée là où ça fait mal. Elle attendit patiemment que l’effet soit total avant de revenir à la charge, cette fois avec moins de virulence dans ses propos. « Voici ce qui va se passer: ce soir, tu auras une rencontre avec Lorenzo Capwell. Sois gentille avec lui et accepte tout ce qu’il te proposera, je dis bien tout. N’oublie pas que tu le fais pour la famille, s’il te plait ! Le bonheur est au bout et pour toujours ».

Sans dire un mot, Mamie Sylvie sortit de la maison et alla s’asseoir dans la cour. Lydia était enfin soulagée car ce silence signifiait que sa sœur avait bien saisi son message. Elle joignit très vite Cisco Côte d’Ivoire au téléphone et lui demanda d’arranger une rencontre pour ce soir, entre sa sœur et Lorenzo. Après les derniers conseils de Lydia, Mamie Sylvie était fin prête pour le rendez-vous. L’aînée accompagna la cadette jusqu’au lieu du rendez-vous et prit le soin de s’en aller avant que Lorenzo n’arrive. Elle se rendit au maquis de Cisco Côte d’Ivoire, là où elle devait attendre Mamie Sylvie après son rencard. Lydia priait tous les dieux pour que tout se passe bien en espérant que sa sœur, parfois très imprévisible, ne pète pas les plombs et détruise tout. Une demi-heure après son arrivée chez Cisco Côte d’ Ivoire, Lydia fut rejointe par Mamie Sylvie. Elle était morte d’inquiétude en la voyant venir et attendait qu’un compte rendu fidèle lui soit fait. Mamie Sylvie se retira avec sa sœur dans un endroit où elles étaient toutes seules. « Explique-moi vite ce qui s’est passé », s’empressa de demander Lydia, toute excitée. La réponse ne tarda pas. -Je ne serai pas la femme de Lorenzo car il ne me convient pas, et ça je le lui ai fait savoir! -Qu’est-ce que tu dis ? Est-ce que tu t’entends ? -Oui, je sais que tu n’es pas d’accord mais je vais tout expliquer ! -Non, il n’y a rien à expliquer, comment as-tu pu faire ça ? Tu n’es qu’une saleté d’imbécile égoïste et écervelée sans ambition ! Mais ça ne se passera pas comme ça, ma chère ! Si tu es née pour souffrir, tu souffriras, mais toute seule! Moi, je vais tout faire pour sauver la situation !

Et sans prendre la peine d’écouter les explications de sa sœur, Lydia s’en alla à toute vitesse rejoindre Cisco Côte d’Ivoire. Elle fit comprendre au manager qu’il était d’une extrême urgence qu’il appelle Lorenzo. Le manager, très déçu, du comportement de Mamie Sylvie, voulait connaitre les détails. Lydia le mit au parfum de son projet. -Appelle-le et dis lui que Mamie Sylvie veut le voir parce qu’elle regrette son acte. -C’est vrai ce que tu dis ? Veut-elle vraiment le rencontrer ? -Non, c’est moi qu’il trouvera ! Il est hors de question que ça se termine comme ça ! Je vais tenter le tout pour le tout pour le récupérer.

Cisco Côte d’Ivoire n’avait, de toutes les façons, rien à perdre. Si Lydia réussissait à le convaincre de rester avec elle, il en tirerait profit. Il entra donc en scène et fit croire à Lorenzo que Mamie Sylvie l’attendait dans son maquis. Le milliardaire ne mit pas de temps pour arriver dans l’établissement. Sur indication de Cisco Côte d’Ivoire, qui l’attendait à l’entrée, il rejoignit Lydia dans un endroit du maquis, pensant toujours aller à la rencontre de Mamie Sylvie. -Bonsoir mademoiselle, mais je vous reconnais ! -Oui, je suis la sœur de Mamie Sylvie et j’ai demandé à vous voir, pouvons-nous nous tutoyer s’il vous plait ?

Lorenzo accepta, prit place aux côtés de la fille et voulut savoir aussitôt ce qu’elle lui voulait. Celle-ci ne passa pas par quatre chemins pour dévoiler ses intentions. « Je sais que ma sœur t’a rejeté, mais moi je suis prête pour toi ! Je te le dis sincèrement, je suis disposée à être ta femme, fais tout ce que tu veux de moi je suis à ta disposition », supplia Lydia. Lorenzo, après l’avoir écouté, essaya de comprendre quelque chose. -Je vois, mais est-ce que ta sœur t’a bien expliqué ce que je veux et ce que je vis ? -Oui, oui, elle m’a tout expliqué et je serai à tes côtés pour toute la vie ! -OK, dans ce cas il n’y a pas de problèmes, tu seras ma femme ! En entendant cette phrase, Lydia fit preuve de stoïcisme pour ne pas exploser de joie. Elle venait de décrocher le jackpot et s’imaginait dans une grosse maison avec toutes les commodités qu’on puisse imaginer. Pendant qu’elle était plongée dans ses rêveries, Lorenzo demanda un verre d’eau à une serveuse et s’adressa, ensuite, à Lydia.

« C’est le moment de prendre mes antirétroviraux », déclara-t-il en sortant des comprimés d’un petit sac qu’il avait en bandoulière. Lydia avait bien entendu ce qu’il venait de dire et perdit aussitôt sa sérénité. -Ces comprimés sont des antirétroviraux, c’est bien ça ! -Oui, c’est bien ça ! -Et c’est fait pour les séropositifs, n’est-ce pas ? -Oui, tout à fait, attends ça te pose un problème ? Lydia ne savait que répondre car elle ne s’attendait pas à ça. Elle trouva tout de même des mots pour sauver la face. -Oh non, ça ne me gêne pas, mais dis moi, tu es séropositif ? -Mais bien-sûr que je le suis, tu ne le savais pas? Alors que tu m’as bien dit que Mamie Sylvie t’avait tout expliqué.

Lydia comprit qu’il y avait là un fâcheux malentendu. Elle n’avait pas prit le temps d’écouter sa sœur après son tête à tête et connaissait à présent l’une des raisons du refus de sa soeur d’être avec Lorenzo. Celui-ci essaya d’être clair sur ce qu’il attend d’elle. « Il faut que tu sois enceinte le plus vite possible car j’ai besoin d’un héritier. Le SIDA a tué mes parents et, malgré ces comprimés, je m’affaiblis de jour en jour. Je ne veux pas mourir sans un héritier c’est pourquoi j’ai besoin qu’on me fasse vite un enfant. Dès que tu le mettras au monde, on se mariera officiellement. Es-tu partante ? ». Lorenzo attendait la réponse de Lydia qui resta de marbre, pendant de longues minutes.

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Cet article a été écrit par Hanielophir

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Comments (6)

  • Sadjee 21 janvier 2013 à 10 h 16 min

    Cette partie est mieux écrite que la première, à mon avis. L’histoire est plutôt surprenante…sauf que je suis un peu mal à l’aise avec le fait de brandir la séropositivité de Lorenzo comme une sorte d’épouvantail. Il y a une suite ou c’est la fin?

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  • KABA Kouda 21 janvier 2013 à 13 h 36 min

    Virage à 90°, toujours facile à lire avec une tournure plutôt surprenante pour cette seconde partie bravo

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  • Skyrocket
    Skyrocket 21 janvier 2013 à 13 h 37 min

    J’aime mieux cette partie comme Sadjee. Je ne m’attendais pas à une suite pareille et l’histoire se lit facilement mais il y a quelques fautes qui se sont glissées dans le texte. Toutefois encore bravo pour cette suite inattendue.

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  • Licka choops 21 janvier 2013 à 15 h 26 min

    oui c’est vrai c’est mieux écrit et aussi surprenant comme tournure. bravo mais tu peux mieux faire, laisse ton esprit te guider lol bravo

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  • Hanielophir
    Hanielophir 21 janvier 2013 à 21 h 03 min

    Merci pour vos encouragements! Je comprends Sadjee qu’utiliser le sujet de la séropositivité afin de mettre un personnage dans un tel dilemme peut ne pas être très cool, mais la décision que prendra Lydia nous permettra de comprendre que ce statut sérologique peut ne pas être considéré comme une fatalité… Ceci pour dire qu’il y a en effet une troisième et dernière partie. Pardon Skyrocket pour les fautes qui se sont glissées, je les traquerai sans relâche les prochaines fois!

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    • Josya Kangah
      josya kangah 23 janvier 2013 à 13 h 40 min

      oh mais ne nous dévoile pas si vite la suite….
      maintenant que tu as tout dit, vais-je lire la troisième partie?
      Affaire à suivre

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