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Hanielophir

UN FÂCHEUX MALENTENDU (1)

janvier 18, 2013 10:23 Publié par

Une belle occasion se présentait à Lydia pour enfin rencontrer le prince charmant, son prince charmant, le vrai, le genre qui se fait très rare de nos jours.  Pas ces espèces d’adonis généreux en amour et dont le langage à l’élue reste toujours sophistiqué par de belles phrases romantiques. Le prince charmant qui faisait rêver Lydia était plutôt le mec plein aux as, prompt à couvrir sa moitié d’or,  et qui s’apparente de nos jours – pour de nombreuses jeunes filles – à la meilleure assurance-vie qui soit. Elle en avait assez des petits salariés et autres travailleurs, qui faisaient tout un drame quand  il était question de lui donner ce qu’elle considérait comme des miettes. Elle a décidé, désormais, de mettre le grappin sur les grands fortunés, en étant convaincue que le show des « benguistes » lui permettra de taper dans l’œil d’hommes aux comptes bancaires bien fournis.

A Yopougon, l’une des plus bouillonnantes communes d’Abidjan, l’ambiance en vacance connait toujours un pic avec le retour au bercail de ceux qui ont tenté l’aventure européenne, particulièrement au  pays de De Gaulle. On les appelle les « benguistes » et au quartier Selmer, un gros contingent était arrivé. Les locaux savaient bien que plusieurs d’entre eux avaient fait fortune en Europe et chacun faisait ce qu’il pouvait pour être proche d’eux. La soirée des « benguistes » était ainsi organisée pour leur souhaiter la bienvenue.

Lydia a décidé de tout mettre en œuvre pour décrocher l’oiseau rare à cette fête. Déjà la veille, elle l’a passée au marché de Kouté où se déroule une grande braderie, deux fois dans la semaine. Elle y a acheté de nouvelles tenues, du  maquillage, de la pacotille et d’autres accessoires sensés lui permettre d’être « in ». Le matin du jour J, elle s’est rendue dans un institut de beauté d’où elle est ressortie avec de nouveaux faux ongles et faux cils, après avoir fait un tour chez sa coiffeuse préférée. Elle se lança ensuite, pendant deux  heures environ, dans un exercice d’essayage de vêtements, afin de trouver la meilleure combinaison. Lydia n’a pas oublié d’entrer en contact avec Cisco Côte d’Ivoire, le manager du maquis qui accueillera le show des « benguistes » et le concepteur de la soirée. Elle profita de ses bonnes relations avec ce dernier pour qu’une place de choix lui soit réservée auprès des invités de marque. Il l’informa même de la gratuité de la consommation  pour elle et toutes ses copines. Mais il était hors de question pour la jeune fille de se faire accompagner par ses amies de toujours. Elle ne voulait pas prendre le risque de se faire ravir la vedette par l’une d’elles et ne voulait pas s’y rendre seule non plus. Mais ce n’était pas un problème car elle avait sa petite idée en tête.

Issue d’une famille polygamique, Lydia a grandi dans un environnement où elle ne devait que se contenter du strict minimum. Il était très difficile pour la jeune fille de donner le nombre exact de ses frères et sœurs. L’exercice n’était pas moins compliqué pour son géniteur, obligé souvent de prendre une calculatrice pour faire le bon compte, certains de ses enfants étant conçus en dehors du logis familial. Enseignant à la retraite, ce père de famille, avec sa maigre pension,  ne pouvait même plus assurer le repas quotidien des personnes à sa charge. Ses épouses étaient donc obligées de faire de petits commerces de condiments de cuisine afin de  nourrir leurs enfants. Les plus grands, au chômage  pour la plupart, se débrouillaient grâce à de petits contrats de travail. Lydia, après la classe de 3ème et ses échecs répétés au BEPC, était  livrée à elle-même. Elle ne comptait que sur son charme pour réussir dans la vie et quitter le toit familial plein à craquer. A 20 ans, elle avait déjà connu plusieurs aventures sans lendemain et n’en voulait plus. Elle cherchait à se caser dans les bras d’un riche et voulait mettre toutes les chances de son côté au show des « benguistes ». A la maison, elle était toujours en compagnie de Mamie Sylvie, une de ses sœurs et sa meilleure confidente.

Il était déjà l’heure pour Lydia de se rendre à la soirée. Une dernière touche de maquillage et après un bon moment devant le miroir, tout indiquait que la jeune fille était fin prête. Mais avant de sortir de la maison, elle fit une proposition à sa sœur.

-Mamie, peux-tu m’accompagner à cette soirée, s’il te plait ?

-J’aimerais bien mais toi-même tu sais que je ne me suis jamais rendue dans un maquis !

-Je sais, mais juste cette fois ! Tu en profiteras pour découvrir ce qui s’y fait. Ne refuse pas, je t’en prie!

Mamie Sylvie fut contrainte d’accepter cette invitation après une forte insistance de Lydia. Mais ce n’était pas si simple pour elle. Mamie Sylvie, âgée de 18 ans et en classe de 1ère, était une des demi-sœurs de Lydia. Ses études et les activités commerciales de sa mère l’avaient toujours occupée au point où elle ne savait absolument rien de ce qui se faisait dans une telle soirée. Et puis, c’est le genre de filles qui, en plus d’être casanières, ne savaient absolument rien des tendances de la mode. Dans sa garde-robe, on ne trouvait que de grosses robes, quelques morceaux de pagnes et des tee-shirts. Pour cette sortie, elle enfila une grande jupe plissée et un tee-shirt blanc, tellement long qu’on pouvait croire qu’elle avait porté une soutane. A côté de sa sœur, l’écart de style était frappant. Mais ça ne gênait guerre Lydia. C’était au contraire ce qu’elle voulait, convaincue que le contraste qu’il y avait entre les deux permettra à sa beauté et son élégance d’être bien en vue.

Les deux sœurs firent leur entrée dans l’établissement de Cisco Côte d’Ivoire où des haut-parleurs crachaient des décibels « migraineux ». Le manager installa les deux filles dans un salon VIP, là où les « vedettes » du jour prendront place. Mamie Sylvie avait l’air dépaysé et se demanda un moment ce qu’elle faisait en ce lieu. Elle n’était vraiment pas à l’aise et sa sœur le remarqua. Elle essaya de la rassurer mais la communication était nulle du fait du niveau très élevé du son et du disc-jockey qui s’égosillait. Trente minutes après leur arrivée, les premiers invités de marque commencèrent à faire leur entrée. Le disc-jockey les annonçait au fur et à mesure, à la grande satisfaction des personnes présentes. C’était le moment tant attendu par Lydia qui commença à faire quelques manies séductrices au moment de leur installation. Ils arrivèrent avec de grosses cylindrés qui faisaient « baver » plus d’un.

Cisco Côte d’Ivoire prit le micro et donnait des informations sur chacun de ses « benguistes ». Il annonça que celui que tout le monde attendait, le plus beau et le plus prospère d’entre eux était à l’entrée. En effet, Laurent Brou, mieux connu  sous le pseudo de Lorenzo Capwell le milliardaire, le plus puissant de tous les originaires du quartier vivant en France, prenait part à la fête. Ce « benguiste » avait une histoire différente des autres. Son père, parti à l’aventure il y a très longtemps de cela, réussit dans les affaires. Lorenzo vit le jour en France et prit la place de son géniteur après le décès de celui-ci. Il a su assoir une puissance financière à travers une multinationale dont les tentacules s’étendaient dans plusieurs pays européens. C’était la toute première fois que Lorenzo Capwell le milliardaire mettait les pieds au pays. Malgré les grandes ambitions de Lydia, elle n’envisageait pas pêcher un si gros poisson. Elle pouvait se contenter d’un fortuné moins puissant que ce gars-là et capable, tout de même, de la mettre à l’abri du besoin. Lorenzo Capwell le milliardaire fut installé aux côtés des autres « benguistes », sous le regard admiratif de Lydia qu’on remarquait très vite dans ce salon VIP.

Cisco Côte d’Ivoire, selon un deal calé avec elle, vint la présenter à chaque invité de marque en vantant ses qualités humaines. Et comme elle était accompagnée, Mamie Sylvie prenait aussi part à ces civilités. Lydia en profita pour jouer toutes ses cartes de séduction. Jamais, elle ne s’était mise à sourire autant et à prendre des postures pour mettre en valeur toutes ses rondeurs. Quant à Mamie Sylvie, c’était plutôt un véritable supplice pour elle de passer devant chacune de ces personnes. Après ces salutations, Lydia demanda à sa sœur de la suivre hors du maquis. Une fois à l’extérieur, elle informa sa sœur que la soirée était terminée et qu’elles devaient rentrer.

 -Attends je ne te comprends pas ! Rien n’a commencé, les gens viennent à peine d’arriver et tu veux rentrer déjà !

-C’est vrai Mamie mais je n’ai plus la tête à cette soirée ! Excuse-moi de t’avoir déplacée, rentrons s’il te plait !

-D’accord, de toutes les façons je n’étais pas à l’aise en ce lieu donc ta décision est la bienvenue.

Ainsi prit fin la très attendue soirée des « benguistes » pour Lydia. Elle y a passé moins d’une heure de temps, et est rentrée chez elles 15 minutes après l’arrivée de tous les « benguistes ». Avait-elle renoncé à son projet de trouver le prince charmant fortuné ? Point du tout car elle avait tout prévu. En effet, Cisco Côte d’Ivoire devait se charger du reste. Selon le deal, une fois que celui-ci la présentera à tous les « benguistes », il continuera de parler d’elle à chacun d’eux, en vantant ses mérites. Le plan prévoyait qu’elle quitte aussitôt les lieux afin de donner l’envie à un éventuel intéressé de chercher à la revoir. Et pour que ça fonctionne comme voulu, elle devait marquer les esprits en mettant plein les yeux au moment des présentations. Et si l’un des « benguistes » tombait sous son charme, il serait obligé de passer par Cisco Côte d’Ivoire qui arrangera un rendez-vous entre la jeune fille et l’intéressé.

Ce manager était bien connu et avait une grande influence dans le milieu du show-business. Sur son carnet d’adresse, on trouvait les contacts de grandes célébrités ivoiriennes et internationales, ainsi que des personnalités politiques. C’est après plusieurs virées nocturnes dans les coins chauds d’Abidjan que Lydia fit sa rencontre et depuis, ils ne cessent de « collaborer ». Une fois à la maison, Mamie Sylvie est allée directement au  lit. Ce ne fut pas le cas pour sa sœur, accrochée à son téléphone, attendant que le nom de Cisco Côte d’Ivoire s’affiche sur son écran, en appel entrant. Elle était très confiante et était convaincue que l’un de ces riches cherchera à la voir. Son attente fut de courte durée car une trentaine de minutes après, elle reçut effectivement un appel du manager. A la fin de la communication, Lydia était folle de joie. Elle venait de décrocher le gros lot ! Cisco Côte d’Ivoire lui annonça que le grand Lorenzo Capwell demandait à la voir. Il serait tombé sous son charme et désirait avoir un tête-à-tête avec elle, ce soir-là même. Lydia était encore plus heureuse quand Cisco Côte d’Ivoire lui fit savoir que Lorenzo l’informa de ce qu’il cherchait à se marier et qu’il aurait trouvé la perle rare en sa personne.

La jeune fille se rendit très vite dans un  piano-bar, non loin du lieu de la soirée des « benguistes », où l’attendait Cisco Côte d’Ivoire. Selon le manager, Lorenzo aurait perdu  la tête depuis qu’il a vu Lydia et n’a pas l’intention de repartir en France sans elle. Quelques minutes après, le tout puissant « benguiste » arriva dans le piano-bar après avoir faussé compagnie aux autres. Il trouva Cisco Côte d’Ivoire en compagnie de Lydia et serra la main de la demoiselle. Il prit place à leur côté et posa une question au manager : « Mais où est-elle ? ». Surpris par la question, Cisco Côte d’Ivoire, répondit aussitôt.

-Mais la voici juste devant toi Lorenzo, tu vois comme elle est toute belle !

-Oui, c’est vrai qu’elle est toute belle mais ce n’est pas elle que je veux voir ! Il y avait une autre fille à côté de celle-là, souviens-toi Cisco ! Je t’en supplie, il faut que tu la retrouves pour moi !

Un bon silence suivit ces paroles de Lorenzo. Cisco Côte d’Ivoire était profondément gêné face à Lydia qui n’en revenait pas. Lorenzo Capwell le milliardaire n’était pas là pour elle mais pour Mamie Sylvie, sa petite sœur et ses drôles de fringues. Cisco Côte d’Ivoire avait compris son erreur et tenta de mettre les choses au clair.

– Si je comprends bien Lorenzo, tu demandes à voir l’autre fille qui était avec Lydia, celle avec la grosse jupe ringarde, c’est bien ça ?

-Oui, oui, c’est elle Cisco ! Je n’ai jamais vu une telle beauté mon Dieu ! Je donnerai tout ce que j’ai pour qu’elle devienne ma femme !

Tout le monde comprit alors que la présence de Lydia n’était rien d’autre qu’un fâcheux malentendu. La jeune fille a également compris jusqu’à quel point elle s’était gourée dans ses calculs. En invitant sa sœur à cette soirée, dans le seul but de valoriser sa joliesse, elle n’avait aucune idée du gros risque qu’elle prenait, à savoir se ridiculiser. En effet, bien qu’étant très belle, elle était totalement  passée inaperçue à côté de la beauté naturelle de Mamie Sylvie, fortement mise en valeur par l’absence de maquillage et autres artifices d’embellissement. Lydia fut triste de constater que tous ses préparatifs, ses chichis et manières n’ont servi à rien.  Elle sortit du piano-bar le cœur complètement meurtri et fut rejoint par Cisco Côte d’Ivoire. Le manager, bien que désolé pour elle, devait lui demander le contact téléphonique de Mamie Sylvie et arranger un rendez-vous entre cette dernière et Lorenzo. Mais Lydia acceptera-t-elle facilement de le lui remettre ?

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Cet article a été écrit par Hanielophir

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Comments (5)

  • Licka choops 19 janvier 2013 à 8 h 41 min

    Je ne sais pas si c’est mon esprit qui est trop habitué a ce genre d’histoire mais j’ai pas eu besoins de finir de lire pour comprendre. l’intringue fait vivre une histoire et la tienne manque justement de ce sel, l’idée est superbe mais pas bien developpée.
    J’oubliais akwaba à toi. Et pardon si mes commentaires ne sont pas ceux que tu attendais pour une première fois mais ici je pense etre la plus gentil à ce niveau lol.
    Pour la suite sérieux surprend nous fait un truc auquel nous n’allons pas penser.
    Moi je ne sais pas faire les descriptions des endroits toi si mais trop de descriptions tuent les descriptions et ennui parfois alors courage pour la suite je suis contente que tu sois avec nous.

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    • Kadija Bangoura 18 juillet 2014 à 2 h 38 min

      Exactement…. jai compris toute lhistoire des qu »elle a demandé a sa soeur de laccompagné et des larrivée de « lorenzo » jai su quil tomberait sous le charme de cette derniere. En fait je pense que les auteurs veulent tellement nous surprendre quils racontent des choses quils considerent comme imprevisible ce qui nest pas le cas pour nous lecteurs puisquon se dit que ce nest pas un conte de fée et que donc lydia ne finira pas avec lorenzo, ce serait trop banal sinon

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  • Skyrocket
    Skyrocket 19 janvier 2013 à 14 h 17 min

    Licka parle trop donc elle a déjà tout dit. J’ai également deviné la fin de l’histoire mais je trouve qu’elle est bien racontée et surtout comme je suis une habitante de Yopougon j’ai apprécié le fait que tout se passe dans ma commune. J’espère être surprise par la suite.

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  • Sadjee 21 janvier 2013 à 10 h 07 min

    Hello, Akwaba sur 225Nouvelles!
    Il y a un problème avec les temps du récit, je trouve. Tu alternes passé composé, passé simple et imparfait de façon un peu maladroite, à mon avis, ce qui peut gêner la lecture. Essaie, stp, de retravailler cet aspect.
    J’aime bien la trame de l’histoire, même si je trouve le personnage de « Lorenzo Capwell » le milliardaire, assez idéalisé.
    J’attend de voir la suite, et surtout,bonne continuation!

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  • Hanielophir
    Hanielophir 21 janvier 2013 à 20 h 44 min

    Merci à tous pour vos commentaires! Je trouve vos remarques pertinentes et je m’en servirai pour la suite. C’est vrai Sadjee, quelqu’un de très proche m’a effectivement tiré les oreilles sur l’alternance des temps, je ferai plus attention sur ce point!

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