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Suzaku Fumiko

TU M’AVAIS PROMIS….

août 16, 2013 8:41 Publié par

Les balles n’arrêtaient pas de pleuvoir autour du camp de Farafeni. Les soldats du Front patriotique africain (Fpa) faisait face depuis plusieurs jours, à une violente attaque de leurs ennemis de l’Armée patriotique africaine (Apa). La guerre faisait rage entre ces deux groupes de « patriotes africains » depuis maintenant 20 ans. En jeu, comme toujours, « la défense du peuple, la redistribution des richesses aux pauvres » ou encore, « l’instauration de la démocratie ». Yaya ne se faisait plus d’illusion, Farafeni allait tomber et il ne voulait pas être là pour voir « ces chiens de l’Apa » prendre la forteresse qu’il avait contribué à construire. Il était tireur d’élite au sein des troupes du Fpa depuis 7 ans. Profitant de la pluie qui s’était invitée au beau milieu de ce déluge de feu, le soldat sortit discrètement du camp pour s’engouffrer dans la forêt du Banco qui jouxtait le camp militaire. L’eau et la boue remplissait un peu plus ses bottes. Il n’arrivait même pas à voir un mètre devant lui. Seules les neiges du Kilimandjaro, visibles malgré la nuit et l’orage lui servaient de boussole. Sa Kalachnikov vide de munitions collée à l’épaule, le soldat marchait ainsi depuis 2 bonnes heures. Farafeni allait tomber et Yaya était heureux d’en être sorti. Mais, alors que l’aube pointait le nez, la fatigue, la faim et la soif vinrent tous, comme s’ils s’étaient passés le mot, réclamer leur dû au soldat. Yaya entreprit donc de se reposer dans l’une des nombreuses grottes que la nature avait tracées dans le cœur des falaises de Bandiagara. Il allait poser son arme contre un rocher quand il vit, assis dans la pénombre un homme en uniforme militaire. Ce dernier qui avait vu Yaya en même temps que lui se jeta sur son Ak-47 posé un mètre devant lui. « Kpa-Kpa-Kpa ». Les deux hommes avaient fait feu presque simultanément. Mais rien. Leurs deux fusils vides n’avaient réussi à ne cracher que du vent chaud qui avait déchiré l’air frais de la grotte. Ils n’avaient plus de munitions. Reprenant ces esprits, Yaya sortit de son fourreau de cuir le long couteau qu’il portait et se mit à avancer lentement vers son ennemi qui n’avait pas bougé de l’énorme rocher sur lequel il était adossé. Il portait l’uniforme rouge de ces vermines de l’Apa. Il devait donc mourir. A mesure qu’il s’approchait de l’homme qui demeurait immobile, Yaya sentait la haine submergé ses sens. Il allait le trucider. Ce serait facile car, s’il ne bougeait point de son rocher c’est parce qu’il était blessé. Yaya l’avait remarqué. Il allait frapper son ennemi à la tempe quand celui-ci se mit à fredonner un air funéraire Tswana, il était semblable à ceux que chantent les gens de Molepolole, la région d’où venait sa mère. – D’où connais-tu cet air ? interrogea-t-il alors qu’il avait le bras levé prêt à frapper. L’homme qui avait entre temps fermé les yeux sans doute pour ne pas que cet ennemi soit la dernière chose qu’il emporte en quittant ce monde les ouvrit lentement. -Je suis Tswana. Je sui originaire de Molepolole. Mon nom est Tabhang Ndlovu. A ces mots, Yaya baissa lentement son arme. Le couteau d’un Tswana quelque soit les circonstances ne pouvait gouter au sang d’un autre Tswana. C’était l’une des règles de ce peuple parmi lequel il avait passé 25 années de son existence. Il ne voyait plus devant lui un ennemi mais un Tswana blessé. Aider ce frère était pour lui un devoir. Il rangea alors son couteau et sortit du sac qu’il portait en bandoulière sa trousse de premiers secours qu’il utilisa pour soigner celui à qui il avait voulu donner la mort quelques minutes plus tôt. Les deux hommes se regardaient fixement en silence. Quand Yaya eu finit de faire le dernier nœud du bandage qu’il avait posé sur sa blessure, Thabang se décida à rompre le silence. – Jeune frère, pourquoi te bats-tu ? interrogea-t-il S’il l’avait appelé « jeune », c’est bien parce que Yaya devait avoir 20 ans de moins que lui. Il avait 50 ans mais, en bon soldat, il les portait bien. – C’était dans les premières années du conflit. Je devais avoir 12 ans. Nous vivions paisiblement car la guerre n’avait pas encore véritablement touché notre région. Puis, un matin, des hommes sont arrivés. C’étaient des soldats de l’Apa. Ils ont tous saccagé dans le village. C’était un véritable carnage car nous étions tous des civils sans protection. Ma mère m’avait caché dans un long fut qu’on utilisait pour conserver l’eau de pluie. De là, je l’entendais supplier ces assassins, ces lâches d’épargner mes trois frères qui avaient été tous débusqués de leurs cachettes. Je n’oublierais jamais la phrase qu’a prononcée celui qui devait être le chef d’équipe pour demander à ses hommes d’exécuter ma famille et de mettre le feu à notre logis. La peur avait tétanisé mes muscles. Je pleurais à chaudes larmes mais, Dieu semblait avoir insonorisé ce long tube de fer rouillé qui me servait de rempart face à la barbarie et à la haine. Ils sont partis sans me voir. Depuis ce jour noir je n’ai qu’un seul but, tuer autant de soldats de l’Apa et quand j’ai maitrisé le maniement des armes, je suis remonté au nord, en Côte d’Ivoire pour m’engager. – Alors, tu me tueras ? Interrogea le vieux militaire. -Non. Tu es un Tswana et un Tswana ne peut en tuer un autre quelques soient les circonstances. Et toi, pourquoi te bas-tu ? – L’Apa me traite bien. J’ai de quoi vivre à l’abri et même plus avec ce que je gagne en faisant la guerre. -Alors tu le fais seulement pour de l’argent ? – Crois-moi, il est mieux de se battre pour de l’argent que pour une personne ou même une prétendue cause. La vie est un entonnoir et pour être léger afin de sortir la tête de ce trou, il faut se débarrasser de ses états d’âme, de ses sentiments car cela nous empêche de voir clair et au final on en sort toujours déçu car, l’être humain est mauvais par essence. Je n’ai que trois priorités dans la vie : Moi, moi et moi. Et jusque là, ça me réussit bien. Je suis tombé avec mes hommes il y a quelques heures dans une embuscade de laquelle je suis sorti seul survivant. Mais dis-moi, es-tu certain que tu ne me tueras point ? -Comme je l’ai dis, un Tswana reste un Tswana. Crois-moi, je ne te tuerai pas. Mais, je dois partir. Vos soldats ont infestés la zone et il vaudrait mieux pour moi que je m’en éloigne. – Regarde, fit le vieux soldat en montrant ses galons. Je suis colonel. Personne ne touchera à un seul de tes cheveux. Mes soldats m’obéissent. Tu viens de le dire frère, un Tswana ne peut en tuer un autre quelques soient les circonstances. -Tu as peut-être raison. Mais, je préfère partir. -Tu seras plus en sécurité avec moi. En plus tu es fatigué. Si tu tiens vraiment à partir rapidement, repose toi le temps que ce déluge de feu et de pluie perde en intensité. Je te promets sur mon honneur de Tswana que rien ne t’arrivera. Rassuré par ces mots pleins de sollicitude, Yaya posa la tête contre un rocher et ferma les yeux. Il se sentait en sécurité avec Thabang, son nouvel ami, son frère Tswana. Il avait promis sur son honneur de Tswana de le protéger. Une heure après s’être endormi, Yaya fut tiré brusquement de son repos. Deux solides gaillards, des soldats de l’Apa l’avaient mis à genoux en le tenant par les bras. Autant apeuré que surpris, le jeune combattant se mis à hurler le nom de son nouvel ami, le colonel Thabang de l’Apa. -Je suis là jeune frère, répondit calmement ce dernier qui se tenait debout sur une béquille à l’entrée de la grotte. -Dis-leur, dis-leur que tu es mon frère, dis-leur ce que tu m’avais promis. -Ces hommes, Yaya sont des soldats de l’Apa en guerre contre ton armée. Pourquoi devraient-ils te relâcher ? -Parce que tu as promis de me protéger et de m’aider. Parce que moi je t’ai épargné, rétorqua le jeune homme qui commençait à sentir autour de lui l’odeur fétide de la trahison. – Nous sommes en guerre et retiens que la guerre est fourbe, lâche, traître. La guerre ne connait ni promesse, ni mensonge, ni vérité. Ni justice, ni honneur. En guerre, il n’y a ni vainqueur, ni vaincu juste ceux qui meurent et ceux qui vivent. Et pour vivre, il ne faut jamais, laisser vivant un ennemi, même blessé. Car, c’est de sa balle ou de son couteau que tu pourrais mourir demain. – Mais tu es Tswana comme moi et tu sais qu’on ne s’entretue point, fit Yaya les yeux embués de larmes et le cœur emplit de rage. -Je ne suis point un Tswana. Il ya une vingtaine d’années, j’ai livré mes premières batailles dans la région de Molepolole. C’est là que j’ai appris l’air mortuaire que j’ai chanté. Je ne savais pas que tu étais Tswana. J’ai juste chanté une chanson que j’aimais et cela m’a sauvé. Mon vrai nom est Bakambu Kanté. Tu as peut-être épargné l’un des hommes qui a participé à détruire ton village. Tu t’es laissé guider par tes sentiments et cela va te coûter la vie. Désolé jeune frère, je n’ai rien de personnel contre toi. Mais, retiens qu’un bon ennemi est un ennemi mort. Tu m’as aidé mais tu restes un soldat du Fpa et moi un officier de l’Apa. Maintenant, abattez-le….

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Cet article a été écrit par Suzaku Fumiko

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Comments (6)

  • Tanya Gourenne
    Tanya Gourenne 19 août 2013 à 22 h 55 min

    Contente de te relire Suzaku. J’ai apprecie ce texte. Par contre les indicateurs geographiques pretent a confusion pour ma part. Farafeni se situe non loin de la foret du Banco, je suis tentee de penser que l’histoire se deroule en Cote d’Ivoire. De cette foret, Yaya voit les neiges du Kilimandjaro (qui se trouve en Afrique de l’Est). De meme, le nom Tabhang Ndlovu a des connotations qui rappellent l’Afrique de l’est ou l’Afrique australe. Ce sont des details, certes. Mais l’auteur les a inclus volontairement, d’ou mon interrogation sur leur pertinence. Ces indicateurs (contradictoires?) n’enlevent rien a l’histoire elle-meme, mais je ne vois pas ce qu’ils y apportent.

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  • Suzaku Fumiko
    Suzaku Fumiko 20 août 2013 à 15 h 58 min

    Merci Tanya l’histoire se déroule en Afrique parce qu’on a tous à mon sens les mêmes problèmes. C’est parfaitement volontaire et ca me permet de rêver à un seul pays qui s’appellerait Afrique. Merci

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  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 22 août 2013 à 15 h 11 min

    Récit émouvant, L’aspect imprévisible est plutôt remarquable, contraste entre scène de guerre et naissance d’une grande amitié. Surprise au rendez-vous.

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  • Suzaku Fumiko
    Suzaku Fumiko 22 août 2013 à 22 h 42 min

    Merci à toi

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  • Bee 5 septembre 2013 à 23 h 09 min

    aussi cruel que dans la vraie vie.très réaliste et une fin inattendue,j’aime

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  • Suzaku Fumiko
    Suzaku Fumiko 6 septembre 2013 à 16 h 22 min

    Merci Bee

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