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MONSIEUR PØCKPÄ

Tapé Dos

septembre 10, 2014 1:11 Publié par

Rokia s’assit nerveusement sur son lit en ruminant un je-sais-trop-quoi de Sénoufo. Elle était tour à tour furieuse, degba*, anxieuse et elle avait de quoi l’être : Kassem, son mari ou le plus démocrate des goujats de notre système solaire la trompait….

Oui, mais avec QUI ?

Maïmouna !

Il lui fallait un verre d’au, de l’aspirine, des somnifères, quelque chose de fort, du whisky, de la drogue ? Du …

Comment était ce possible ?!

M-A-I-M-O-U-N-A

Ces huit lettres singulières s’inscrivirent dans ses pensées et l’image d’une jeune fille qui ne semblait ne lui vouloir que bien lui vint aussitôt à l’esprit. C’était Maïmouna…

La petite souillon qu’elle avait « ramassée » à Korhogo. Elle l’avait blanchie, nourrie, vêtue, instruite. Elle en avait fait une femme du monde et lui avait même trouvé mari. Après toutes ces choses merveilleusement pensées que Rokia avait entrepris pour elle, c’est ainsi qu’elle la remerciait ?

Rokia ne savait que faire et elle pensa un moment qu’elle allait sombrer dans la démence. Elle écrirait à Stephie Joyce pour demander conseil… En attendant, cette Maimouna n’aura pas intérêt à se trouver en travers de son chemin parce qu’elle en ferait de la pâté pour chats !

*****************************************

DRRrrrrrriiiiiiiiing ! La sonnerie du téléphone tira Rokia de ses éprouvantes réflexions. Visiblement contrariée par cet appel inattendu, elle lança un « Tchrouu » aussi bruyant que pétri de rage en jetant un œil sur le combiné qu’elle décrocha à la quatrième sonnerie. C’était Naïm, le mari de Maïmouna.

-Tu es  informé ?

Rokia respira profondément. Elle aurait voulu que Naïm lui téléphone en des circonstances autres que celles-ci et ne consommait envie aucune de parler de cette histoire mais elle n’avait guère le choix.

-Ici, les nouvelles ont tendances à aller vite et tu le sais. A ma descente du bureau, ma mère s’est empressée de me vomir tout ça à la figure. J’essaie de garder mon calme mais nenni. J’en suis encore à l’état de surprise…

-Je suis rentrée plus tôt aujourd’hui. C’est comme ça que je les ai surpris. Et tiens toi bien dans notre chambre conjugal ! Si tu les avais vus ! Maïmouna montait ton homme comme un cheval.

-Ils auraient pu se payer une chambre d’hôtel ! Si j’avais été toi, je crois que je les ai aurait broyés .

-A ce propos, ton petit mari est aux urgences…

-Qu’est ce qui s’est passé ?

-Je lui ai juste rappelé que « Chargeur de Rokia, ça peut pas charger Maïmouna. »

-Comme dans la chanson.

Rokia renfrogna un fou rire. Kasseem en avait eu pour son compte et c’était bien fait pour lui. Quand à Maïmouna, ne pouvant supporter plus longtemps la honte que lui incombait son nouveau statut de raseuse, elle jugea qu’un retour à Korhogo s’imposait à elle. Elle plia bagages et s’engouffra sans adieux dans le premier autobus en partance pour le nord. Le voyage se fit sans troubles jusqu’à ce qu’un passager dont le siège avoisinait le sien allume son Ipod…

Il ne fallut pas moins de trente secondes pour entendre jouer Tapé dos de Magic System. Les paroles semblaient avoir été déformées :

‘‘…voila Maïmouna en qui Rokia a mis toute sa confiance Dja-dja c’est elle qui allait taper dans son dos..’’

Maïmouna qui croyait entendre Asalfo la dénoncer remonta très haut les cols de sa chemise et se cloua les yeux loin, très loin. La honte lui allait si bien…

*Degba: terme du jargon abidjanais exprimant la déception.

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Comments (2)

  • KABA Kouda 25 septembre 2014 à 10 h 42 min

    Kiakiakia… Bref et concis!!! Je ne savais pas que la honte pouvais aller à quelqu’un

     Reply
  • tana valery 14 octobre 2014 à 13 h 09 min

    Très drôle. « …………si tu tapes dans mon dos je vais taper dans ton ventre « 

     Reply

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