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Raissa Kone

SI SEULEMENT

octobre 1, 2012 7:15 Publié par
La vieille Fatman rangeait ses vêtements dans son sac. Les bruits de mortier et pilon résonnaient dans le coin réservé à la cuisine. Les enfants criaient à-tue-tête dans la rue. Des battements de mains annoncèrent à la vieille Fatman qu’elle avait de la visite. -Djon lô* ? -Né lé* Man ! répondit une voix féminine. Massiami ! – Dô* ! Massiami souleva le pagne qui servait de porte dans presque toutes les maisons de ce quartier précaire d’Adjamé. -Man, tu fais quoi là ? demanda Massiami. -Je range mes affaires. -Je le vois bien…mais pourquoi les ranges-tu dans ta grosse valise de voyage ? -Parce que je dois bientôt partir en voyage ! -Héé Man ! lança Massiami avec un petit sourire. Depuis quand tu dois effectuer un voyage et je ne suis pas informée ? – Je me suis dit qu’il fallait peut être que je parte en voyage. Pour oublier un peu tous ce qui s’est passé ces derniers jours… -Man, je sais que la disparition de grand-père t’a énormément touchée. Surtout qu’il nous a quittés sans être malade. Mais, tu vas partir en voyage pour combien de temps et qui va s’occuper de toi au village là-bas ? -Ne t’inquiète pas pour moi. Je sais encore me débrouiller. J’ai élevé plusieurs enfants je te rappelle. Et la plupart sont encore en mesure de me venir en aide si j’en ai besoin. En ce qui concerne la durée de mon voyage, il sera long…Mais, il y a une faveur que je voulais te demander. -Laquelle ? -La petite Fathim m’a dit de l’emmener. Elle aimerait tellement connaître son village… -Fathim ? Ma Fathim ? Elle t’a dit qu’elle voulait aller au village ? demanda Massiami étonnée. -Oui ! -Depuis que j’ai dit à Fathim qu’elle ne pouvait pas partir en France maintenant, qu’elle devra attendre d’être un peu plus grande, elle me boude. Tu penses que si je lui propose de t’accompagner juste pour une semaine, elle reviendra à de meilleurs sentiments envers moi ? -Je ne peux rien t’assurer, mais je pense que toi-même, ça va te décharger aussi… -Comment ça me décharger Man ! dit Massiami en souriant. Fathim n’est pas une charge pour moi ! C’est vrai que du haut de ses douze ans, elle croit avoir tous les droits, mais bon, c’est l’adolescence. -Si tu le dis… répondit d’une petite voix la vieille Fatman. -Bon, pour moi il n’y a pas de problème Man ! Je lui en parle ce soir et vous irez la semaine prochaine si ça te va ? -Ça me va! Massiami pensait très fort à Fathim qui avait finalement accepté de partir avec sa grand-mère au village la veille. Son mari leur avait mis à disposition son chauffeur et chose bizarre, elle n’était pas arrivée à les joindre ce matin. Elle entendit son téléphone sonner et décrocha l’appel. -Allô ? -Allô ? Bonjour. C’est Mme Touré ? -Oui. Qui est-ce ? -Je suis Dr Assemian. Chef de service du CHR de Korhogo. -Oui ? Je ne vous connais pas… répondit Massiami dont le cœur commençait à battre. -Mme Touré…je suis désolé de vous apprendre la nouvelle de la sorte… -De quoi s’agit-il Docteur ? criait maintenant Massiami. -Mme Touré, il s’agit de votre grand-mère et de votre fille… -Quoi ? Qu’est-ce qui est arrivé à ma fille ? -La voiture a eu un accident à l’entrée de Korhogo Madame… Elles sont mortes sur le coup. -Nooooooooooooooon !!   Massiami accompagnée de son mari étaient dans le bureau du Dr Assemian. Ils avaient pris la route dès l’annonce du décès afin de rentrer assez tôt sur la ville de Korhogo. -Les infirmiers ont retrouvé cette enveloppe sur votre grand-mère, accompagnée de cet agenda. Ça doit être celui de votre fille ! -Merci beaucoup Docteur. Nous avons déjà fait les démarches pour l’enterrement depuis Abidjan. Nous n’allons plus tarder à partir. Merci. Les parents venaient de quitter la maison après les cérémonies. Massiami, le cœur gros, s’enferma dans sa chambre afin de lire les documents remis par le médecin. Elle n’avait pas encore eu le temps de le faire. Elle ouvrit d’abord la lettre de sa grand-mère. « N’Déni, tu lis ce mot parce que j’ai pensé qu’il était de mon devoir de te décharger. La dernière fois quand je t’ai dit cela, tu m’as répondu que Fathim n’était pas une charge pour toi. Je te conseille alors de lire son journal, que j’ai découvert par hasard, en la voyant creuser un trou pour le cacher. Prends bien soin de Souleymane, j’espère qu’il fera ta fierté. » Massiami était très étonnée du mot que lui avait écrit sa grand-mère. Elle n’y comprenait rien…Sa grand-mère avait prémédité l’accident ? Elle ouvrit le journal de sa fille avec empressement. Elle parcourait les lignes écrites de la main de sa fille et ne se rendait pas compte que ses larmes coulaient. Elle crut que son cœur allait s’arrêter de battre. Elle avait mis au monde un être horrible… « Aujourd’hui maman m’a mise très en colère. Elle m’a annoncé que grand-père juge que je ne suis pas assez grande pour aller en France. Je lui ai demandé si elle lui avait dit que j’allais rester avec Férima, ma cousine. Elle m’a répondu que grand-père pense qu’il est trop tôt pour moi d’y aller, qu’il est mieux que je patiente encore quelques années. Il connait bien les parents de Férima, et il n’est pas sûr qu’ils prennent bien soin de moi ! Mais qu’est-ce qu’il en sait grand-père, hein ? Il ne peut pas se mêler de ce qui le regarde lui ? Je suis sûre que s’il n’était plus là, maman me laisserait partir. Il faudrait que je trouve une solution… « Aujourd’hui j’ai dit à maman que j’aimerais faire un gâteau pour grand-père. Elle m’a remis de l’argent pour acheter les ingrédients, toute contente que je ne sois plus fâchée après lui. J’en ai profité pour acheter du poison pour rats… « Et voilà ! C’est fait. Grand-père est mort. Quel soulagement ! Maintenant qu’il n’est plus là, je pense que je vais laisser passer un mois et redemander à maman de me faire partir. Grand-mère m’a regardé bizarrement hier. Elle m’a demandé si grand-père allait me manquer. J’ai répondu oui, évidemment. Mais je crois qu’elle ne m’a pas cru. Elle m’a regardé très bizarrement. Si elle se doute de quelque chose, je crains de terminer la bouteille de poison dans un autre gâteau… «Maman et grand-mère discutaient encore une fois de mon départ. Grand-mère disait à maman de ne pas me laisser partir. Mais, elle veut que je l’accompagne au village. Hum, elle ne sait pas que ce sera son dernier voyage. J’ai fait mon fameux gâteau pour la route. On ne sait jamais…  
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Cet article a été écrit par Raissa Kone

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Comments (7)

  • Symphonie
    Symphonie 1 octobre 2012 à 20 h 52 min

    Raïssa Koné, Quelle imagination! Surprises et intrigues dans une nouvelle facile à lire. J’ai hâte de lire d’autres histoires de vous.

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  • Skyrocket
    Skyrocket 1 octobre 2012 à 21 h 54 min

    J’ai littéralement dévoré cette histoire. Dès le début j’ai pensé à la mort pour les deux mais pas à cette facette de la petite. Bravo!

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  • Raissa Kone
    RAISSA KONE 2 octobre 2012 à 10 h 43 min

    Bonjour Symphonie, c’est une réelle joie pour moi de lire ton post ce matin. Merci, encore une fois merci…
    Je verrai les nouvelles que j’ai en réserve afin de les poster… J’espère qu’elles vont te plaire!! lool Kiss

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  • Raissa Kone
    RAISSA KONE 2 octobre 2012 à 10 h 45 min

    Bonjour Skyrocket,

    Je suis vraiment contente que tu es apprécié la nouvelle. Pour confidence, j’ai eu la chair de poule lorsque j’ai terminé de l’écrire… j’ai été horrifié par l’attitude de la petite Fathim!!!lol Encore une fois, MERCI…

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  • josya kangah 3 octobre 2012 à 12 h 30 min

    au début du texte, j’aurais parié pour l’excision. J’avoue que cette fin inattendue est une bonne idée. Eh oui, les enfants sont tout petits mais ils peuvent ressentir des émotions qui les poussent à commettre l’irréparable.

    Chapeau l’artiste

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  • Farapie
    Farapie 3 octobre 2012 à 14 h 23 min

    j’ai été bluffée par la fin, je ne m’y attendais pas. j’adore ta nouvelle. Bonne continuation.

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  • Raissa Kone
    RAISSA KONE 3 octobre 2012 à 14 h 53 min

    Merci à vous pour ses commentaires.
    Je suis vraiment flattée… rires. Et si on laissait un peu les drames pour une série amoureuse??

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