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Adje Valdo

SANDY, POUR TOUJOURS

janvier 8, 2014 8:57 Publié par

L’aube du jour illumine le monde, mais ma vie a perdu tes lumières. Ses yeux si familiers, projecteurs intemporels qui, braqués sur moi semblaient me scanner, me mettre à nu. Qu’ils me manquent tes yeux d’africaine, toujours rieurs, toujours éclatants même perdus dans la nuit de Dakar, ils brillaient. Encore la veille, je pensais à ce rire qui m’a fait virevolter à Gorée, île perdue entre un flashback et l’histoire esclavagiste d’un autre temps, Tu semblais avoir traversé tout un monde pour être à cet instant devant moi, comme téléportée pour le juste instant T, celui dont on ne perçoit jamais le sens que bien longtemps après. Tu as su ce jour, redonner des couleurs au passé, édulcorer les tirades esclavagistes de ce guide.

J’ai lu à travers toi Senghor, Sembène Ousmane et aussi, Mariam Bâ …, j’y ai trouvé la beauté du Sénégal, celle qui m’a conquise et inoculé le virus de l’amour de l’Afrique. J’ai parcouru les forêts, les steppes et plaines, toujours à l’affût de ces fauves majestueux, toujours à l’écoute de ces peuples en communion avec la nature et que «nous» jugeons primaires.

Afrique ! Afrique ! Que je t’ai aimée Sandy. Le miel de chaque instant coule encore dans les sillons de ma mémoire. Il ne manque plus que ton sourire dont la chaleur transformait les hivers, en des printemps merveilleux. Que de printemps j’ai eus avec toi. Chaque jour, chaque minute, chaque seconde en était empreinte de ces floraisons et senteurs qui avaient la magie d’apporter des touches de bonheurs dans notre quotidien. J’appris alors que c’était ça l’amour. Elle m’avait rendue visite.

A cheval toujours entre le vieux continent et cette Afrique si profonde, dont je ne compris vraiment jamais ces rites vaudous initiatiques où tu me traînais toujours, à chercher le pourquoi du comment dans le ballet de cauris couchés à même le sol, nous avons dansé à l’unisson sur le rythme des cœurs battant la chamade, sur la cadence de tam-tam endiablés jusqu’à ce que la nuit inocule son venin au soleil.

Déjà deux ans, et Marine a grandi. Elle n’a pas la lumière de tes yeux, ni l’éclat de ton sourire, ni tes cheveux, ni rien de toi. J’aurais tant aimé qu’elle soit le témoin de ton passage dans ma vie, dans nos vies, sur cette terre. Mais le souvenir à cela de fantastique et magique, il fait renaître nos plus grandes aspirations, elles ne meurent jamais, elles sont là, dans chaque souffle du présent, attendant la féconde énergie qui les fera jaillir telles des protubérances du soleil.

Je regarde cet arbre majestueux que tu as fait pousser ici. Un baobab. Faire pousser un baobab en Europe, c’était impossible ! Tentai-je de te raisonner et clignotant un sourire tu me répondis « tout est possible mon Amour », et à force d’obstination tu as réussi à le faire sortir de terre, à lui donner ses premières feuilles, et j’essayais de m’imaginer comment tu y arrivais, comment la vie coulait à flots de tes doigts, de tes paroles. Au fur à mesure que l’arbre grandissait, tu perdais ton éclat et ta force. Tu te mourrais. On eût dit que tu lui avais transmis ta vie, pour qu’il puisse vivre. La médecine moderne n’y put rien, tu me refusas la science de ces laiteuses cauris que tu m’avais maintes fois fait découvrir. Et un soir d’automne, tu partis alors que tous les arbres du voisinage perdaient leurs feuilles, le baobab resplendissait de verdeur.

J’y ai gravé nos noms tout en sachant que tu vis à travers lui.

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Cet article a été écrit par Adje Valdo

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Comments (10)

  • SAS
    SAS 8 janvier 2014 à 13 h 48 min

    Très très et très bien écrit à mon avis. Tout y est bien dit, bien insinué! Bravo Une question juste pour emmerder l’auteur pourquoi pas: la description qui y est faite de l’Afrique ou de l’africain en harmonie avec la nature, un peu mystique… n’est-elle pas finalement un poncif désuet et souvent mal dit et compris?

    Chapeau encore une fois pour le texte, l’un des plus bien écrit, que j’ai lu sur cette plate forme.

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    • Adje Valdo 8 janvier 2014 à 17 h 47 min

      @sas Merci pour ton commentaire qui me va droit au coeur.
      Pour tenter de répondre à ta question: je te concède l’aspect quelque peu réducteur de cette description Mais partant d’un regard non-africain (l’homme qui relate) n’est-elle pas aussi ce qui fait la particularité de l’Afrique? Et partant de là tisser les ponts vers d’autres horizons? Bien triste est de constater que trop souvent nous coupons plus ou moins le cordon ombilical qui nous lie à notre chère Afrique.

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  • Sadjee 8 janvier 2014 à 15 h 39 min

    Pour une surprise…Tu sais déjà ce que j’en pense, je te le redis quand même : TUERIE !!! J’ aime particulièrement le parallèle entre Sandy et l’Afrique.

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    • Adje Valdo 8 janvier 2014 à 17 h 52 min

      Merci @sadjee d’encourager le talent et de m’avoir permis de le publier premièrement sur sa page milles mots, un amour. Ce sont les commentaires qui m’ont donné la force de le proposer sur cette plate forme ci.

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  • Ramona 8 janvier 2014 à 17 h 07 min

    Bellement écrit… J’aime le legs de Sandy, par amour, au baobab, symbole de l’Afrique! Bonne continuation! Congratulations!

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    • Adje Valdo 8 janvier 2014 à 17 h 54 min

      @ramona , heureux que mon texte vous ait plu.

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  • sas 8 janvier 2014 à 22 h 36 min

    Merci pour la reponse, en tous cas le texte est majestueux.

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  • caroline manso-kore 12 janvier 2014 à 23 h 04 min

    Très mélancolique mais beau tout de même! N’Est-ce pas vrai que aimer c’est aussi souffrir? Merci pour ces si belles lignes!

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  • Marshall Kissy
    Marshall K. 13 janvier 2014 à 12 h 50 min

    j’aime ! couleur poétique musicalité voyage alphabétique… 🙂
    merci;;;

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  • Adje Valdo 13 janvier 2014 à 14 h 56 min

    Merci @caroline-manso-kore et @marshall-k d’avoir consacré un peu de votre temps à la lecture de ce texte. Suis ravi que vous ayez aimé

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