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Symphonie

REVELATIONS

octobre 23, 2012 10:27 Publié par

Cher Salomon,

Depuis hier tu sais que je suis enceinte. Tu as dansé de joie, tu m’as couvert de baisers et surtout tu m’as fait l’amour comme à une reine. Dans ton entreprise tout le monde sait que je suis enceinte, je le sais parce que ta secrétaire m’a félicitée dans la journée quand j’ai appelé pour te parler. Mais pendant que tu ouvres cette lettre, tu te rends que compte mes affaires ne sont plus dans la chambre et que je suis partie. Alors tu vas te demander pourquoi ? C’est normal, tout allait si bien, dans 7 mois, on allait être les parents les plus heureux du monde avec ce bébé que tu appelles déjà ton trésor. Pourquoi je m’en vais donc, alors que ce matin, je t’ai dit au revoir avec un doux baiser, tu étais tellement heureux. J’ai décidé de t’écrire et de tout t’expliquer.  Je te quitte alors que tu n’as rien vu venir, parce que je suis une bonne élève, j’ai appris de toi, j’ai tout appris avec toi. Tu devrais être fier. Le jour où le docteur  Kpuikpui m’a dit que j’étais enceinte, j’étais tellement heureuse. Tu t’imagines bien que ces dix ans de vie commune durant lesquelles je n’ai pas pu te donner un enfant ou même une fausse couche, ont été dures pour moi. Alors quand il m’a dit que j’étais enceinte, je me suis presque évanouie dans son cabinet.

J’ai toujours pensé que j’étais stérile, je me disais que c’était prévisible. Comme tu le sais j’ai fait deux avortements et j’ai été opérée deux fois à cause de myomes dans l’utérus? J’étais donc sûre que j’étais stérile. Comme je voulais savoir vraiment pourquoi je ne te faisais pas d’enfants, nous sommes allés consulter le médecin, le Dr Kpuikpui. Ah le Dr Kpuikpui, ton cher et tendre ami, ton médecin de famille, les examens ont révélé que je n’étais pas stérile et que toi non plus tu ne l’étais pas. Le médecin m’a encouragé à être patiente, mais j’étais convaincue que j’étais stérile, peut-être était-ce une malédiction, physiquement je n’avais aucun mal mais peut-être que depuis le ciel on me punissait parce que j’avais tué deux êtres humains. Je pleurais les deux enfants que je n’ai jamais eus tous les jours, je les imaginais en train de me juger et me punir parce que je ne les avais pas aimés et gardés. Mais tout ça tu le sais puisque tu étais là, tu étais là durant ces nuits blanches. Tu as été un bon mari pour moi, je l’avoue. Tu avais les mots et les actes pour calmer mes craintes et mes peurs.

J’aurais dû deviner que quelque chose ne tournait pas rond le jour où je t’ai annoncé que j’étais enceinte de deux mois, j’aurais dû. Tu avais attendu cette grossesse toute ta vie et tu ne t’es même pas mis un tout petit peu en colère quand je t’ai annoncé la nouvelle au deuxième mois de grossesse. Avant la joie, tu aurais pu être un peu fâché, un peu triste, je ne sais pas, j’étais sûre que tu aurais aimé aller avec moi faire le test de grossesse. Mais non, tu as juste dansé de joie et on a fait tout ce qu’un couple heureux peut faire ensemble.

Un autre fait bizarre, c’est que depuis que je me suis marié avec toi, je me sens belle chaque jour, même quand je ne m’apprête pas de façon particulière. Je veux dire plutôt que les hommes me trouvaient belle, je ne sais pourquoi. J’ai eu des dragueurs tout au long de nos dix années de mariage et des dragueurs assidus surtout. Je t’en parlais toujours, tu trouvais cela drôle, et rien de plus. Une fois tu es quand même allé jusqu’à me demander si ça m’intéresserait de coucher avec l’un d’entre eux, parce que selon toi, j’avais une façon particulière de le regarder. Bizarre. Il y a eu des grands, des petits, des noirs, des jeunes, des moins jeunes et enfin il y a eu ton frère, Pierre- Elie.

Tout a commencé le 24 Décembre dernier quand tu t’es mis en colère pour une affaire de cuisse de poulet et que tu es allé dormir à l’hôtel. Affaire de cuisse de poulet, vraiment ça n’avait pas de sens. Mais tu m’as quand même laissé seule toute la nuit. Et ce scénario a duré toute une année, tu étais absent, désagréable, ah, si tu savais comme je me suis sentie coupable durant tout ce temps. En ce temps-là si Satan m’avait demandé mon âme en échange d’un enfant, je crois que je la lui aurais donnée. Je pensais que tu me trompais, après j’ai su que tu ne pouvais pas me tromper et que tu ne l’avais jamais fait, certainement tu t’éloignais parce que j’étais une femme au ventre sec, une femme porte-malheur. A partir de janvier ton frère a commencé à venir régulièrement à la maison, trop régulièrement même. Il était si attentionné, j’avais l’impression de te retrouver, mais lui il était plus fou et plus drôle. Je me suis beaucoup amusée en sa compagnie. Mais je me demandais comment il faisait pour avoir autant de temps à me consacrer et comment toi tu faisais pour être aussi occupé, puisque vous faîtes le même travail, vous avez les mêmes responsabilités et en temps normal, le même nombre d’heures de travail. Mais lui il était là, toujours là, surtout quand tu n’étais pas là. Et puis il a commencé à me faire des avances, en réalité il était doux, il me faisait sentir que je lui plaisais sans jamais me faire la cour ouvertement. Finalement ses efforts ont payé, on a couché ensemble, exactement le 17 juillet dernier. C’est arrivé, alors que tu étais en mission à Oslo, je me sentais tellement seule sans toi et comme s’il le savait, il m’a proposé ses services. Je ne sais plus si j’ai accepté, mais à la fin j’étais dans notre lit avec lui. Je me suis sentie si malheureuse après cet évènement et j’avais juré de te l’avouer à ton retour d’Oslo. J’étais prête à subir tous les  châtiments de la terre, après tout je le méritais. Et tu es arrivé ce 19 Juillet avec une humeur et un sourire qui m’a fait perdre toute envie de te raconter mon adultère.  Alors je me suis tue, je te retrouvais encore plus amoureux. Au fait le bijou que tu m’as rapporté est magnifique, mes copines étaient jalouses à en mourir à la vue de ces diamants splendides, mais je ne peux pas le garder, tu le trouveras sur ton bureau.  Je me suis donc tue et la vie a continué jusqu’à ce que je ressente des malaises et que j’aille me faire consulter. Dès que le médecin m’a dit que j’étais enceinte, j’ai couru à ton bureau, tu étais en réunion, alors je suis allée me cacher dans la salle d’eau, la secrétaire n’avait pas le droit de te dire que j’étais là. «C’est une surprise » je lui ai dit. Et c’est dans ton bureau, cachée dans la salle d’eau que j’ai appris que tu n’étais pas le père de mon enfant. Pour la deuxième fois de la journée, j’ai failli m’évanouir. Quand tu arrivais dans ton bureau, je t’entendais remercier ton frère pour ce qu’il avait fait pour toi, mais tu étais inquiet, par ce que je ne te parlais pas de malaise ou de grossesse depuis ton retour. Tu avais peur qu’il faille tout recommencer. Pour toi j’étais une bonne femme, une très bonne femme même, mais une femme trop difficile, aucun des hommes avec qui tu avais réussi à me mettre en contact ne m’intéressait. Tu avais tout essayé, mais rien. J’étais désespérément fidèle, comme si c’est ce que tu me demandais, toi tu voulais me donner un gosse et c’est tout. Je ne comprenais plus rien. Pendant dix ans tu avais placé tous ces hommes sur ma route pour que je couche avec l’un d’entre eux et que je tombe enceinte ? Même ton frère était un de tes pions. Avant de tirer des conclusions bizarres, il fallait que je sache. J’ai donc attendu que vous partiez, j’ai failli pousser des racines dans cette salle d’eau, tu sais, 4 heures avant que tu ne te décide à sortir de ton bureau. Je me suis dirigée directement chez notre cher et tendre médecin, je t’avais dit que je lui plaisais bien. Ça n’a donc pas été difficile d’avoir de vrais informations, un visage de chien battu, quelques menaces, un sourire triste, et il m’a tout raconté.

Lui, il t’avait donné tous les conseils nécessaires, il t’avait encouragé à me dire la vérité, pour lui j’étais une femme compréhensive, je t’aimais et je pouvais te comprendre. Tu n’as jamais rien voulu savoir. En réalité depuis toujours tu sais que tu es stérile, le premier bilan de santé que ta mère t’as fait faire, lorsque tu avais 13 ans l’a montré. Tu n’allais jamais faire d’enfant. Tu as passé toute ta vie à mentir à celles que tu as rencontrées. A certaines tu as dit que tu n’étais pas prêt pour avoir un enfant, à d’autres que tu n’étais pas assez amoureux pour fonder une famille avec elles, autant de mensonges que tu as développés pour cacher ta stérilité et je suis apparue dans ta vie. Tu m’as aimé tout de suite, c’est Dr Kpuikpui qui le dit, et tu ne voulais pas me perdre. Comme tu n’arrivais pas à m’enlever cette histoire d’enfant de la tête, tu t’es imaginé que si tu réussissais à me mettre dans le lit de quelqu’un d’autre, je tomberais enceinte, et on aurait un enfant. Personne ne se douterait de rien, pas même le vrai père de l’enfant. Alors depuis le début tu savais que tu ne serais jamais le père de mon enfant.  Et tu m’as menti pendant dix ans. Finalement je me pose ou plutôt je te pose la question : Qu’est ce qui était vrai dans notre relation ? M’as-tu aimé un jour ? Pourquoi autant de mesquineries pour un enfant ? De toutes les façons tu n’auras pas l’occasion de me répondre, ça c’est sûr. Au moment où tu lis cette lettre, je suis déjà quelque part à des milliers de kilomètres de toi. S’il te plaît, laisse-moi faire une pause, accepte que je te quitte sans faire d’histoires et de scandales, si Dieu le veut, on se verra un jour. Pour l’enfant, ne t’inquiète pas, je saurai m’en occuper.

Je t’ai aimé.

Ta femme adorée, Prunelle.

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Cet article a été écrit par Symphonie

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Comments (12)

  • NOFOU 23 octobre 2012 à 15 h 28 min

    belle inspiration, en des mots simples , tu réussi à faire une histoire formidale

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  • Symphonie
    Symphonie 23 octobre 2012 à 16 h 49 min

    merci Nofou, d’avoir lu et laissé un commentaire

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    • DORIS 27 octobre 2012 à 22 h 46 min

      Ton inspiration pour l’ecriture de cette histoire est vraiment impeccable! Bravo, parce que a chaque developpement, lorsqu’on pense avoir ce resultat, c’est plutot autre chose qui se produit…j’aime bien m’attendre a l’inattendu! bonne continuation. J’attends avec impatience la prochaine histoire

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  • Sadjee 24 octobre 2012 à 13 h 20 min

    J’avais hâte de te lire, je ne suis pas déçue, écriture pleine de sensibilité et histoire qui questionne…j’aime!

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  • Symphonie
    Symphonie 24 octobre 2012 à 21 h 08 min

    Merci Sadjee, je suis ravie d’avoir le commentaire d’un auteur aussi talentueux que toi

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  • Sadjee 25 octobre 2012 à 11 h 09 min

    L’histoire questionne comme je l’ai dit, en la relisant, je me dis qu’après tout, elle l’a trompé…et elle le lui a caché. Elle a donc aussi menti, au nom de quoi ne lui pardonne-t-elle pas ses mensonges à lui? Puisque, comme elle le dit:

    « Tu m’as aimé tout de suite, c’est Dr Kpuikpui qui le dit, et tu ne voulais pas me perdre. Comme tu n’arrivais pas à m’enlever cette histoire d’enfant de la tête, tu t’es imaginé que si tu réussissais à me mettre dans le lit de quelqu’un d’autre, je tomberais enceinte, et on aurait un enfant ».

    Mais c’est vrai que quand même, il a abusé, avec son frère? Humm…ce côté incestueux…En plus, le comportement de Salomon pose le problème de la confiance. N’avait-il pas assez confiance en elle pour lui parler de sa stérilité? Et finalement, il l’a manipulée par amour ou par égoisme? Par amour, ne devait-il pas au contraire tout lui dire dès le début, au risque de la perdre? Dans ton histoire, chaque question en induit une autre, tout en nuance, ce n’est pas tout blanc d’un côté, et tout noir de l’autre…

    Pour finir mon commentaire composé (lol), ça me rassure qu’elle parle de « pause » et non de quelque chose de plus définitif. Parce quand c’est sur « pause », on peut toujours cliquer sur « play », non?lol.

    Encore une fois, bravo,et merci aussi pour tes encouragements.

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  • Brook
    Brook 25 octobre 2012 à 11 h 47 min

    C’est vraiment bien écrit. Bravo!

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  • Farapie
    Farapie 25 octobre 2012 à 23 h 41 min

    belle histoire, pleine de sensibilité en toute simplicité.

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  • Ange Gnaly 27 octobre 2012 à 9 h 44 min

    Vraiment rien à dire. Perfect !

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  • Licka choops 27 octobre 2012 à 13 h 27 min

    moi je comprends le choix du frere, c’est une affaire de sang cela reste en famille,les enfants de mon frere sont mes enfants.Très belle histoire,et j’aime beaucoup ton héroine car l’on voit qu’entre son époux et elle il y’a pas de secret,je veux dire pas de sujet tabour ils parlent de tout ensemble ce qui montre la force de leur couple. si je devais en faire une suite elle reviendrait avec lui
    super belle histoire,facile a lire et très touchante bravo

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  • Steve Yoh-Lemythe 28 octobre 2012 à 10 h 58 min

    Très belle histoire. Style épuré, clair, des mots simples.. même si le nom du medecin me dérange un peu ( » Kpuikpui..??) . Après, la décision de la femme reste discutable, mais c’est aussi le charme de la fiction(??) .

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  • Shannen Rimphrey
    Shannen Rimphrey 12 novembre 2012 à 17 h 27 min

    Moi je penses que son mari aurait tout simplement du lui en parler. même si je suis d’accord avec Sadjee pour dire qu’elle l’a aussi trompé! le choix de la pause est judicieux, sa ouvre l’esprit du lecteur et s’a amène à l’interrogation. j’adore le style d’écriture: simple et épurée. bravo!

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