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Farapie

RETROUVAILLES

janvier 17, 2013 10:22 Publié par

Lumière tamisée, ambiance suave, hôtesses sexy toutes de rouge vêtues, annonçaient les couleurs de la soirée spéciale « Amour » que Sonia avait organisée dans son antre, le « Luxury bar ». C’était la fête de saint valentin et à l’instar des autres commerces du plaisir charnel de zone 4, son établissement s’était transformé pour la circonstance. Le ton était ainsi donné aux amoureux, même factices, de se retrouver et l’occasion toute trouvée pour faire marcher un peu plus les affaires ! Je fis mon entrée au bras de Didier, bel apollon, semblable aux mannequins des magazines de mode. Il arrivait fraîchement de Paris et confia à Sonia qu’il voulait se détendre un peu. La gérante me chargea de le faire dépenser au maximum. En contrepartie, je recevais dix pourcent de sa consommation. Je sortis le grand jeu, du moindre cheveu aux orteils pour l’allécher. Ma robe profondément échancrée et mes accessoires clinquants étaient entre autres les puissantes armes de séduction que j’avais déployé rien que pour emmener mon cavalier à miser énormément. Comme récompense, il remportait le droit de disposer de moi selon ses envies pour le reste de la soirée. Le marché semblait lui convenir, pour preuve, il avait laissé à Sonia un joli pourboire pour m’avoir de manière exclusive. C’était plutôt bon signe ; j’allais sûrement me faire plein de sous avant de rentrer ! La soirée avait débuté depuis longtemps, la lumière assez intimiste du bar m’autorisait à distinguer des ombres en train de s’amouracher dans les salons garnis de liqueurs et autres spiritueux. La piste de danse quant à elle, permettait de voir des êtres tendrement enlacés essayant de se laisser guider par des slows maintes fois entendus. Pour cette soirée, les strip-teaseuses avaient abandonné les bars de fer, pas question de s’entortiller autour d’une tige glaciale, elles devaient aguicher les rares hommes venus en solo ou du moins ramener des mâles capables de cracher du cash ! Je jetai un coup d’œil furtif à mon cavalier, il m’avait l’air tendu. J’essayai d’entamer une discussion avec lui : -Le cadre te plait ? -Oui -Tu m’as l’air ailleurs, lui dis-je en l’effleurant tout doucement. – Dis-moi, pourquoi tu fais ça? m’interrogea-t-il en me dévisageant. -Pardon ? Fis-je surprise. -Je n’aurais jamais cru que tu finirais ainsi. Tu étais si brillante à l’époque !

Je me braquai un instant, interrogeant ma mémoire mais elle ne semblait pas savoir de qui il s’agissait : -Qui es-tu ? Que me veux-tu ? -Je suis Didier Kassi, nous étions dans la même classe de troisième au collège moderne de Bouaké en 2000. -Le gros Didier ? questionnai-je l’air taquin dans une voix étranglée par la gêne. -Oui c’est bien ça. Je suis là pour toi, me dit-il d’une voix rauque.

Je rajustai mon décolleté tout en m’éloignant un peu avant de continuer : -Tu as bien changé ! Et comment tu as su où me trouver ? -Sonia est ma cousine, je lui ai dit que je voulais une fille pour ce soir et c’est en feuilletant le catalogue du bar que j’ai aperçu ta photo, j’ai tout de suite demandé à te voir. -Ha bon ? -Oui et j’ai payé le prix fort pour t’avoir, gloussa-t-il.

Cette phrase de Didier me glaça les veines. Il était hors de question pour moi de terminer dans le lit de celui qui fut dans le temps, le souffre douleur de la classe. Je me souvins de toutes ces fois où il me supplia de sortir avec lui, sans succès. Je prenais même un malin plaisir à l’humilier devant tout le monde. N’eut été cette fichue crise de 2002 accompagnée de la faillite de l’entreprise de mon père, je ne serais pas devenue la danseuse principale de ce bar à strip-tease , encore moins la jeune fille qui était forcée à présent de tenir compagnie à cet homme ! La vie prenait vraiment sa revanche sur moi.

-J’ai réservé dans un grand hôtel. J’espère que tu seras à la hauteur de ta réputation ! me dit-il en portant son verre de champagne à sa bouche. -N’y pense même pas, pour rien au monde je ne coucherai avec toi, répliquai-je presque en colère. -C’est bien ça ton travail, non ! Depuis quand une prostituée est pleine de scrupules ? J’ai payé et je mérite satisfaction ! -Ecoutes Didier, je te rembourse l’intégralité de la somme que tu as versée si tu veux, mais il n’est pas question pour moi de quitter ce bar en ta compagnie ! -C’est toi que je veux Nina et rien ne me fera changer d’avis.

Sur ces mots, je sentis une lourdeur traversée tout mon être, un peu comme si mon corps n’obéissait plus à mon cerveau. Les derniers sons émis par Didier me parvenaient difficilement et ma vision devint floue. Le lendemain matin à mon réveil, j’étais étendue dans mon plus simple appareil, sur un lit que je ne connaissais pas. J’avais l’impression d’être passée sous un train tellement chaque articulation de mon corps souffrait terriblement de la veille. La veille ? Que s’était-il passé exactement ? Ma mémoire me menait inlassablement à un trou noir lorsque j’essayais de trouver réponse à cette question. Mes yeux encore englués par la fatigue et le sommeil parvinrent à distinguer sur l’oreiller une liasse de billets accompagnés d’un mot ; « Merci pour cette nuit de folie, la somme devrait suffire.

Ps : je me suis permis d’immortaliser ces instants passés ensemble ! ».

A ce moment là, tout me revint d’un coup ; je me souvins de Didier, de ses paroles puis de ce verre de champagne qu’il m’avait servi avec tant d’élégance…Le verre de ma perte ! Ensuite, il eut le sourire complice de Sonia alors que nous quittions le bar, mes appels au secours à peine audibles, le trajet en voiture, l’hôtel et le reste. Violée ? Je n’en avais aucune idée, mais je ne me rappelais pas lui avoir dit oui non plus ! S’était-il protégé ? Était-il seul ? Autant de questions parcouraient mon esprit alors que j’essayais tant bien que mal de m’enfuir de ce lieu, le lieu du crime ! Je rentrai immédiatement chez moi, nettoyer les moindres parcelles de mon corps qui avaient été explorées à mon insu avant de me rendre ici pour porter plainte. Voilà monsieur le commissaire ma déposition.

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Cet article a été écrit par Farapie

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Comments (7)

  • Skyrocket
    Skyrocket 17 janvier 2013 à 10 h 43 min

    Très belle histoire comme d’habitude. J’aurais bien aimé connaître la suite, mais je vais laisser mon imagination s’en charger.

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  • Manu Manuh 17 janvier 2013 à 15 h 25 min

    Encore une histoire à l’eau de rose!

    Quelle est la morale de cette histoire?

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  • Farapie
    Farapie 17 janvier 2013 à 16 h 01 min

    Merci Sky; Manu c’est la première fois qu’on me dit qu’une histoire de viol est une histoire à l’eau de rose! Mais bon, à travers cette histoire j’ai voulu faire comprendre au lecteur les risques que comporte » le plus vieux métier au monde » et aussi amener chacun d’entre nous a bien traiter son entourage vu qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Par ailleurs je voudrais souligner qu’au delà d’apporter une morale, une histoire peut distraire tout simplement. Merci d’avoir pris quelques minutes pour me lire et au plaisir de te revoir sur les pages de 225nouvelles .

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  • Manu Manuh 17 janvier 2013 à 16 h 22 min

    Cette histoire n’a pas de véritable originalité. Elle ressemble étrangement à la micro-nouvelle « Sombre Noel » de Marshall Cedric Kissy. Celle de Kissy est un drame, mais la tienne semble une histoire à l’eau de rose. Quel est le principal champ lexical de ce texte? La réponse va de soi.

    Navré pour mes remarques réservées, mais sincères.

    Je suis impatient de lire tes prochains textes. Bon courage.

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  • Farapie
    Farapie 17 janvier 2013 à 16 h 37 min

    Pour toute réponse je dirai que ma nouvelle est bien à sa place dans la catégorie drame. Ressemblance avec la micro-nouvelle de Marshall? Je viens de la relire et au delà du fait que c’est une micro-nouvelle, l’héroïne ne travaille pas dans un bar comme celle de mon histoire. Je dirai donc pure coïncidence! Merci pour tes remarques, elles sont les bienvenues!

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  • licka choops 18 janvier 2013 à 18 h 34 min

    comme toujours j’ai eu bon repas grace a toi lol j’aime ce genre d’histoire.
    et manuh ne prete pas trops d’attention a ce qu’il dit c’est « monsieur j’ai un avis sur tout et je commence a etre lourd. »
    bravo

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  • Farapie
    Farapie 22 janvier 2013 à 9 h 40 min

    Merci Licka!

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