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HOPE

RAMENEZ-LES !

juillet 7, 2014 11:14 Publié par

Il est 22h. Après le dîner, la vaisselle et l’heure d’étude, je suis exténuée. Mais je me résous à faire ma prière avant de m’endormir. Je n’oublie jamais de la faire. Allongée sur ma natte, je dis : « Seigneur, merci pour cette belle journée que tu m’as fait voir. Merci pour cette faveur que tu m’accordes de faire des études ici. Merci pour ma mère que tu protèges et que tu consoles de mon absence. Merci pour l’amour que tu maintiens entre elle et moi. Tu le sais nous sommes les seules survivantes de cette famille divisée par la mort de papa. Merci de ce que tu protèges mes frères même s’ils ont choisi de devenir des délinquants face à la pauvreté. Je n’excuse pas leur geste Père, je sais que tu n’aimes pas le vol. Mais… Bref, merci. Protège moi tout au long de cette nuit. Amen»

Je suis debout depuis 4 heures du matin et installée devant mon étal de tomates depuis 5 heures. Je dors très peu. La maison est si vide sans mes bien-aimés. Mon mari nous a quittés depuis 10 ans déjà et mes jumeaux sont partis deux ans après la mort de leur père. Je prie tous les jours pour eux et pour ma fille. Surtout elle… Elle est mon seul espoir d’un jour abandonner ce commerce exténuant et enfin avoir une vie digne. Que Dieu la rende encore plus intelligente. Je l’aime tellement.

Je vais en hâte vers ma classe. La cour est vide. Je suis la seule qui a pris du retard apparemment. Et pourquoi est-ce si silencieux aujourd’hui ? Le ciel est si beau, si bleu. Pourquoi les oiseaux ne chantent-ils pas ? Peut-être que tous les professeurs se sont entendus pour faire un contrôle aujourd’hui. C’est le seul remède pour faire taire tout une école de 300 jeunes filles. Je souris. Je maîtrise mes cours de la première leçon à la dernière. Ma mémoire ne me trahit jamais.

Je n’ai pas assez de clientes ce matin. Elles passent sans s’arrêter. C’est comme si j’avais la peste. Leur regard est hostile. Elles détournent toutes le visage à chacune de mes sollicitations. Il est 10 heures et je n’ai vendu que  3 petits tas. Un sommeil léger s’empare de moi. Je vois ma fille, elle me sourit. Je sursaute. J’ai un mauvais pressentiment. Le stress m’envahi. Je transpire. Je ne sais pourquoi. Seigneur, mon cœur… je me sens mal.

J’arrive dans ma classe. Il n’y a personne. Il y a un rassemblement et je ne le sais pas ! Je vais me faire punir ! Je cours vers le hangar des rassemblements. Elles sont toutes là. Assises, par terre. Où sont les professeurs ? Où est le directeur ? Moussa le gardien discute avec ces hommes en tenue. Il y a-t-il un coup d’état militaire ? Un état d’urgence ? Qui sont ces gens ? Qui a fait quoi ? Pourquoi ces armes ? Pourquoi personne ne parle ? Un homme me saisit violemment et me pousse à terre vers mes sœurs. Un autre arrive et leur fait signe. Ils nous bousculent pour qu’on se lève. Ils nous embarquent dans des jeeps délabrées et crasseuses. Un homme me sourit en se passant la langue sur les lèvres. Je détourne le regard. On nous emmène, loin de l’école. Mon rêve s’éloigne. Je ferme les yeux. Je pense à toi Maman.

 Pour l’amour de Dieu…

Ramenez-nous nos filles…

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Cet article a été écrit par HOPE

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Comments (3)

  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 8 juillet 2014 à 12 h 11 min

    J’ai dû relire le texte pour me rendre compte de l’alternance des prises de « paroles » des personnages. Le texte est vivant

    Le temps d’un instant je me suis replongé dans la peau de cette mère à qui le pressentiment à faire dire  » mon cœur… je me sens mal », a ce jour elle continue de souffrir encore, une souffrance atroce. Le temps d’un instant je me suis remis dans la peau de cette fillette qui comme plus de 300 autres voit ses rêves s’envoler. Et le temps d’un instant et même le temps d’après je me suis dit que le monde est cruel.
    Mais nous, qu’avons-nous fait ? #BringBackOurGirls. Juste un slogan mais est-ce suffisant ?

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    • M.C AGNINI
      M.C AGNINI 31 juillet 2014 à 18 h 47 min

      Les autorités ont elles réagit de façon conséquente ?
      Toujours aucune nouvelles des gamines après plusieurs mois.

       Reply
  • KABA Kouda 10 juillet 2014 à 14 h 15 min

    Waou!!! Réussir à dépeindre ce drame en si peu de mot en concentrant tous les sentiments …
    C’est juste Waou!!!

     Reply

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