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Christian Loua

QUE VAIS-JE DIRE A SA MERE

décembre 9, 2013 7:45 Publié par

Stupéfaite, elle était. Ses yeux écarquillés aux extrêmes traduisaient parfaitement sa peur. Mais aussi sa plus grande perte. GRACE n’en revenait pas. Comment cet événement heureux avait pu se terminer de cette façon là. C’était malheureux. Les badauds affairés relayaient l’information telle une trainée de poussière. Le nombre d’affairés allait crescendo. Grâce ne pouvait contenir ses yeux, d’où giclaient d’impétueuses larmes sans consolation. Sa désolation était insondable. Elle était forcenée. A ses côtés, FABRICE, bien qu’immensément peiné, tentait en vain de concilier son esprit perdu à son corps sidéré. Son âme reclus, reclus dans l’inconnu, l’inconnu subtil, le subtil amer.

Le désir de désaltération intellectuelle sonnait et aucun élève d’alors ne faisait la sourde oreille. Cette année scolaire avait été une montagne de labeur inhabituel. Elle se distinguait très nettement. Les grands frères disaient vrai.

Grâce faisait la terminale avec Fabrice et Yann. Ce dernier s’illustrait par son remarquable travail. Le dynamisme de sa production intellectuelle état irréprochable. Il était doué d’une sagacité sans pareille. Puisqu’il avait toujours prit le premier rang parmi les meilleurs de son établissement.

Très bon amis, Yann Fabrice et grâce partageaient tout. Depuis la classe de seconde leur destin les avait unis. Yann était le cerveau du groupe. Courtois et affable, sa mère n’avait que lui, après la mort de son père. L’amour d’une mère prenait là tout son sens.

Les difficultés indéniables de la terminale ne divisaient aucunement leur amitié. En classe comme partout ailleurs grâce regardait l’élite du groupe. Elle l’observait, le considérait, l’admirait, le contemplait, se délectait même de le voir. Bien sur que cela était réciproque et Fabrice le savait. Yann aimait la musique et c’était avec bonheur que grâce l’accompagnait aux différents concerts auxquels il participait. Un soir alors qu’ils revenaient d’un concert, le ciel plus sombre pleurait à verse. Eclairs et grondements étaient amplement de la partie. Ils durent alors s’abriter. Le visage singulier de grâce demandait à se blottir dans les bras de l’autre. Ils se serrèrent, s’étreignirent plus fort à chaque grondement. Yann sentait sa chair. Sa robe légère de soie lui collait, dessinant ainsi les rondeurs appétissantes de son corps. Quel bonheur ! Comment résister ? C’était impossible. Ils restèrent blottis à savourer la volupté exquise de leurs corps affamés. Le ciel criait et tonnait et eux, esseulés, s’embrassaient.

Ce vendredi là, on était le dernier jour de classe. Tous murissaient des projets de vacance et ceux qui présentaient des examens voulaient étancher cette soif d’amusement avant la reprise. La mère de Yann, opposé à leur projet de sortir s’amuser, ne bougeait pas de sa position. Elle s’opposait à toute tentative de persuasion venant des trois. Toutefois grâce, au prix de mille excuses, arrivait à lui faire acquiescer. La mère de Yann avait confiance en elle. Elle lui avait confié son fils, son fils unique. Ce soir là ils allaient sortir, sortir s’amuser, s’amuser pour oublier, oublier leurs souffrances endurées.

Novice des sorties nocturnes, Yann se lassait de toute cette ambiance autour de lui. Mais la soirée se poursuivait. A la fin, les trois amis apparemment lucides sortaient et rentraient tard le soir. A gauche un véhicule, un bruit, sans frein, en accélération tel un avion, une mauvaise manœuvre et il était couché sur le goudron sal. Couché là, de son corps giclait la vie. Fabrice console grâce éplorée, éberluée. Et à elle de lui dire :

–          Que vais-je pouvoir dire à sa mère ?

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Cet article a été écrit par Christian Loua

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Comments (5)

  • JOELLE 10 décembre 2013 à 18 h 52 min

    wahoo! c’est tout ce qui m’est venu à l’esprit après lecture!
    merci Christian Loua

     Reply
  • Pascaline Ahissi 11 décembre 2013 à 8 h 49 min

    là tu m’as bien eu, dans les débuts, je m’attendais à un résultat négatif de YANN à son exam
    et surprise c’est un accident. bravo

     Reply
  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 13 décembre 2013 à 1 h 52 min

    Quelle entrée ! On espère que tu nous gratifieras plus souvent de textes si élégamment écrits.
    « Ce soir là ils allaient sortir, sortir s’amuser, s’amuser pour oublier, oublier leurs souffrances endurées. »
     » Son âme reclus, reclus dans l’inconnu, l’inconnu subtil, le subtil amer. » J’aime bien la répétition des mots. (Excès ?)
    « Le désir de désaltération intellectuelle sonnait et aucun élève d’alors ne faisait la sourde oreille. » Très bien dit.
    Mais, eh oui l’inévitable mais, à un certain niveau en te lisant j’ai senti une sorte de cassure, la fluidité a quelque peu tari.
    « Un soir alors qu’ils revenaient d’un concert, . . . » pas d’impact sur la suite de l’histoire pourtant l’expression « un soir » le fait présager. Exercice de style ?
    En gros ton texte est super et sincèrement je me suis régalé, régalé de te lire, te lire en glissant mes yeux sous chaque mot, mots qui illuminent nos vies, vies qui nous conduisent parfois aux frontières de la mort, mort de l’âme, larmes de tristesse et d’angoisse. Mdr, tu m’inspires vraiment Christian Loua. Merci
    PS; Je suis peu loquace, contrairement à la longueur de mon commentaire.

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  • Christian Loua 13 décembre 2013 à 11 h 19 min

    j’aimerais commencer par vous dire merci de m’avoir reçu au sein de ce groupe. je suis très amoureux de littérature et vos commentaires me vont droit au cœur. MERCI
    quant à vous M.C AGNINI, c’est certes un excès, mais je le fais à volonté. en effet il est question d’une figure de style bien connue: l’anadiplose. je l’aime bien car elle dessine une forme d’insistance, qui laisse transparaitre quelque peu une certaine (petite) émotion par le biais de répétitions. comme l’on a coutume de le dire, chaque auteur tient son style. c’est là, pour moi, un pan de mon style propre.

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    • M.C AGNINI
      M.C AGNINI 13 décembre 2013 à 15 h 40 min

      All rights. Merci pour la petite leçon et encore bravo.

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