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Yehni Djidji

PROMENADE DANS « LE JARDIN D’ADALOU » DE JOSETTE ABONDIO

octobre 10, 2013 10:56 Publié par

L’Association point de lecture, à travers son café littéraire, a permis au public féru de littérature de faire une petite promenade dans le livre « le Jardin d’Adalou » de Josette Abondio, paru aux éditions Les Classiques Ivoiriens. C’était le Mercredi 09 Octobre 2013, au Musée d’arts contemporains de Cocody, qui s’impose petit à petit comme le sanctuaire de la culture à Abidjan.

Gaston, professeur déchu devenu détrousseur de cadavres en temps de guerre, « fétiche représentant toute la laideur de l’espèce humaine » pour employer les termes de l’auteur, fait la découverte insolite d’une petite fille bien vivante près d’une femme massacrée au Libéria. Contre toute attente, cet homme vil et cynique, puisant sa subsistance de la souffrance des autres, la recueille et prend soin d’elle comme sa fille tant bien que mal. S’il meurt tôt, l’auteur n’en a pas fini avec la fille, Espéranza, qui va de misères en misères tout au long du roman, son chemin croisant la route d’êtres qui n’ont bien souvent d’humains que  l’apparence. En filigrane, un mystère arrimé à son passé et à sa famille biologique.

Le jardin d’Adalou aborde le thème de la guerre sans toutefois verser dans la critique. Ce sont plutôt les conséquences de ce fléau sur les victimes qui sont mises en exergue et plus encore les conséquences sur les femmes. La femme: un autre thème majeur développé dans l’oeuvre. La femme et ses challenges quotidiens, sa quête de réalisation, d’affirmation, sa lutte constante pour avoir le droit d’exister et d’être maîtresse de cette existence. Les lecteurs l’ont remarqué, Josette Abondio fait passer ses personnages féminins par des souffrances atroces. Pour l’auteur, c’est malheureusement la réalité dans toute son horreur. La femme a toujours été un outil de promotion de l’homme, un jouet sexuel, un rebut de la société. Le viol des femmes, qui se retrouve également dans le roman, est devenu banal alors qu’il constitue une arme de destruction massive de l’avenir de tout un pays.

« La femme violée peut être enceinte au moment du viol. Elle peut contracter une grossesse après. Quelle éducation cette femme traumatisée, martyrisée donnera à cet enfant? » soulignait une participante.

La religion a aussi été mise au banc des accusés, principalement les religions révélées et leurs mythes judéo-chrétiens. En effet, en affirmant que la femme a été fabriquée à partir de l’homme, qu’elle a été celle par qui le péché est entré dans le monde en consommant le fruit défendu, elles justifient et légitiment même les souffrances infligées à ce genre en formatant les esprits. Malheureusement, les femmes également ont fini par croire en leur infériorité et sont souvent plus farouches pour barrer le chemin à celles qui osent vouloir « faire comme les hommes ». Josette Abondio le montrait déjà dans sa première oeuvre « Kouassi Koko, ma mère » parue en 1993.

Pour plusieurs intervenants la vision judéo-chrétienne de la divinité justifie toutes les souffrances et les tares de l’humanité. Il serait donc intéressant, en plus de toutes les améliorations apportées aux chartes sur les droits de l’homme, de demander aux religieux de revoir leurs mythes. L’Afrique aurait beaucoup à apporter sur ce point de vue. Si le continent a perdu la bataille culturelle et qu’il s’est vu imposer des dogmes et doctrines venus d’ailleurs, il est temps, face à l’échec manifeste du pôle Nordique de croyances, de chercher dans cette culture piétinée et reléguée à un rang inférieur, l’essence de sa grandeur.

Des écrivains et/ou passionnés de littérature ont rehaussé cet événement de leur présence,  Koffi Koffi (initiateur de la rencontre) Henri N’koumo (Directeur du livre), Josué Guébo (Président de l’association des écrivains de Côte d’Ivoire), Foua Ernest de Saint Sauveur, Wêrê wêrê Liking, Flore Hazoumé, Charles Pemont, Sosséhi Roche…

Rappelons que « le jardin d’Adalou » est finaliste du prix ivoire pour la littérature africaine d’expression francophone, promu par l’Association Akwaba Culture. Il est disponible en librairie à 4000 F CFA.

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