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Heidi

POURQUOI CERTAINS ENFANTS ONT DE VILAINS PRÉNOMS?

avril 29, 2013 9:25 Publié par

Il était une fois un village qui s’appelait Andou M’batto. C’était un petit village d’eau, situé entre Bassam et Alépé, au sud de la Côte d’Ivoire. Les habitants vivaient heureux dans cette contrée. Tous sauf Sobie, une douce femme qui pleurait chaque matin au bord de la rivière SeySey. Sobie était la femme du pêcheur le plus valeureux de la région. Elle était aimée et choyée par son mari Akou, qui lui ramenait de gros poissons. Les plats de Sobie étaient les plus savoureux et les plus riches grâce à la brillante pêche d’Akou. Chaque fois qu’ils recevaient des invités et des étrangers, ceux-ci repartaient repus et satisfaits de sa cuisine. Ils félicitaient toujours chaleureusement Sobie. Certains parents éloignés venaient même de loin pour savourer les délicieux plats de cette gentille femme. Le couple était admiré par tous pour leur bonté et leur générosité.

Mais Sobie était triste, très malheureuse car elle n’avait pas d’enfant. Akou la consolait de son mieux mais ne pouvait rien à leur malheur. En effet, Sobie était tombée enceinte 3 fois déjà. Elle avait accouché de 3 beaux enfants successivement. Cependant, le nourrisson mourrait le 3ème jour de sa vie sur terre. Odjé, le fils ainé, était décédé d’une diarrhée. La jolie Olanna avait succombé à une fièvre. Le calme Oboué était mort déshydraté en dépit de tous les efforts de la famille et des guérisseurs. Sobie était désespérée. Elle ne mangeait plus au grand dam de son mari et malgré toutes les paroles bienveillantes et rassurantes de sa mère. Un jour, sa mère malade la fit venir à son chevet et lui dit: «Sobie, ma fille, ma douce fille, ton temps viendra. Le temps de la joie, le temps des rires de ton enfant viendra bientôt. Sois forte, sois courageuse! Je t’aime mon enfant. La persévérance est la source des bénédictions. Retourne chez toi et sois heureuse. » Sobie ne répondit pas. Elle hocha simplement la tête. Seuls ses yeux trahissaient sa tristesse. De retour à la maison, elle reprit courage et se promit de déjouer la mort. La mort ne lui prendra plus aucun bébé. Elle aima fort son mari et tomba enceinte à nouveau. La grossesse se passa bien. Sobie était belle et épanouie, forte des paroles encourageantes de sa mère. Un soir de pleine lune, Sobie accoucha d’un beau bébé. Akou vint voir le bébé, tout émerveillé et heureux. Il prit tendrement la main de sa femme et lui murmura au creux de l’oreille: « Cette fois, nous allons tromper la mort, elle n’emportera pas notre beau bébé. Nous allons faire croire à la mort que nous ne tenons pas à ce bébé, qu’il n’est pas précieux. Nous allons donner un vilain prénom au bébé, un prénom qui éloignera définitivement la mort de notre foyer» Sobie réfléchit à la suggestion. Les fois précédentes, ils avaient choisi les prénoms en respectant la tradition, la lignée patriarcale. Odjé, le premier né avait porté le prénom du père d’Akou. Olanna, celui de la grand-mère car c’était leur première fille. Quant à Oboué, il fut l’homonyme de l’oncle bien-aimé d’Akou, hélas pendant trois jours. Or, toute idée pour sauver son bébé était la bienvenue. Elle acquiesça donc et trouva excellente cette proposition. «-Quel nom allons donc lui donner ? répondit Sobie, toute enthousiaste et reprenant espoir. Il faut trouver un nom très insignifiant. -Nous pouvons choisir Ngogo. Cela veut dire ‘banane’. Et nous détestons tous les deux la banane. -Aaah pouffa de rire Sobie, c’est un ridicule prénom ! Qui voudra d’une banane ? Quel drôle de prénom ! » Le 3ème jour arriva. Ngogo n’était pas malade. Il buvait son lait avec un bon appétit et faisait des sourires à ses parents. Le matin du 4ème jour, Sobie se leva péniblement et se dirigea vers le berceau du bébé, très angoissée. Son mari vint la rejoindre. Tous les deux se penchèrent sur le berceau. Ils n’entendaient pas le bruit de la respiration de l’enfant endormi. Toute tremblante, Sobie souleva délicatement le bébé, et le prit dans ses bras. A ce moment précis, Ngogo se réveilla et pleura très fort. Soulagés, Akou et Sobie sourirent et remercièrent Dieu. Ils avaient eu la force de persévérer. Ngogo avait échappé à la mort. Ce serait le fils le plus choyé d’Andou M’batto. La famille accueillit d’autres enfants plus tard et ils vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours. C’est depuis ce jour qu’en pays M’batto, les parents donnent des prénoms insignifiants au nouveau-né lorsqu’ils ont perdu précédemment plusieurs enfants sans raison valable, cela afin de tromper la mort. Voilà pourquoi il faut toujours garder espoir, être bon et persévérant. Voilà pourquoi aussi il ne faut pas se moquer d’un prénom africain au sens ridicule, il est souvent chargé d’une histoire.
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Cet article a été écrit par Heidi

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Comments (7)

  • Josya Kangah
    Josya KANGAH 29 avril 2013 à 13 h 01 min

    au delà de la morale de l’histoire je trouve que ce texte est un formidable appel à la tolérance.

    Merci Heidi

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  • Sadjee 29 avril 2013 à 17 h 00 min

    Hourra!!!Heidi nous fait ENFIN l’honneur de sa plume. J’ai lu avec beaucoup de plaisir , ce conte. Tu arrives, par des mots très simples, à faire passer des émotions, à décrire les saveurs, à planter un décor…bravo, Heidi, tu as un talent magnifique de conteuse!

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  • Licka choops 29 avril 2013 à 17 h 15 min

    ton texte est simple et a une bonne moralité. Mais ce qui me touche le plus est hors de ton texte, dans ta description perso « maman de coeur » il est marqué, je trouve cela très beau et l’on comprend mieux ton texte

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  • Heidi 29 avril 2013 à 20 h 39 min

    Merci pour les encouragements!
    C’est grâce à la communauté des 225 nouvelles, et à la saine émulation qui y est developpée que j’ai pu me lancer 🙂
    .

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  • caissta 29 avril 2013 à 21 h 06 min

    J’adore ! Texte bien écrit qui emporte avec une moralité bine à l’africaine !

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  • SAS
    sas 30 avril 2013 à 0 h 25 min

    Depuis que j’attendais du heidi! Je pense que ta plume a les élans de tes critiques; simple, subtile et intéligible. L’idée dans le texte d’une laideur (le nouveau prénom) comme subterfuge pour en chasser une autre (La mort voleuse de nourrisson) m’a fait tout à la sourire et réfléchir. Peut-on extrapoler la simplicité du conte et y voir un principe…? Merci

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  • Heidi 30 avril 2013 à 14 h 39 min

    Merci Caissta!
    Merci Sas, ta question est difficile. Je me suis inspirée d’un cas réel pour construire le conte. J’ai essayé d’utiliser des images simples et compréhensives pour un jeune public. Mais on peut toujours extrapoler lol :)!

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