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MONSIEUR PØCKPÄ

POUR UN MORCEAU DE PAIN

novembre 9, 2014 9:00 Publié par
Ce texte a été écrit à main double par ElenFakhry et MONSIEUR PØCKPÄ Drapée de crasse et de haillons, mon ombre maladroite se dessine doucement sur les murs cramoisis de l’Ivory Plaza, le vieil immeuble où j’ai élu domicile et qui ne tardera à être démoli. L’amertume se fondant sur la langue et le chagrin dans les veines, je fredonne un air de Meiway. Mes sens quant à eux, entonnent un hymne à la nostalgie. Je ferme les yeux… Je revois mon Assinie natale, son air salé, ses cocotiers…Le ballet de tous ces gens qui vont et viennent comme dans un rouleau de vague. Ces moments où tout me paraissait rose, où la notion de besoin n’existait pratiquement pas jusqu’au jour où ma vie s’est embarquée dans un tourbillon au rythme infernal. Ce jour où je perdis les êtres les plus chers que j’avais au monde. « C’est incroyable comme on peut passer en une fraction de secondes de vie à trépas… » Ce jour où Papa prit la décision de se rapprocher de maman, de moi, de nous… l’un des plus beaux jours de ma vie qui fut transformé en cauchemar… Je revois la berline familiale de laquelle  j’étais descendue quelques minutes faire des emplettes pour le pique-nique qu’on avait prévu l’après-midi au bord du lac, froissée comme du papier mâché… Je revois l’enthousiasme se dessiner sur mon petit visage lorsque Maman me chargeait de l’organisation. Ça faisait tellement longtemps que mes parents ne m’avaient pas gratifié de leur présence.  Ça faisait tellement longtemps que je ne les avais pas vu aussi heureux, amoureux… J’étais loin de me douter que ce serait les derniers instants que je passais avec eux… Je revois l’apaisement sur mon visage lorsque j’ouvre la porte. J’aperçois Oncle Richy, le frère aîné de papa avec qui je me sens vraiment proche. Il a la mine renfrognée. Derrière lui se trouvent d’autres membres de ma famille paternelle… S’ils sont là, c’est pour réclamer les biens de Papa. Ils supplient Tonton Richard de me convaincre de m’en aller, et leur laisser la maison. Ma désolation était à son comble. Moi qui croyais qu’ils venaient me consoler, rendre possible le transfert de mes douleurs… Je ne sais à quel saint me vouer. Ma famille, mon sang qui, au lieu de panser mes plaies, les agrandit. Je ne trouve même pas la force de pleurer… Je revois mes affaires réunies en ballot de chiffons qu’on jette dehors. On m’envoie faire plusieurs tonneaux dans les escaliers avant de m’expédier sur le bitume. J’entends la porte se refermer violemment. Seule, je commence à errer dans les rues de ce monde qui me parait tout d’un coup si vilain. Où aller ? Qui accepterait de me recueillir ? À quelle porte frapper ? « Je marche, je marche, je marche. …» Je rouvre les yeux… Le vent de la réalité siffle dans mes narines. Le statut de bâtarde, de clocharde et de mendiante qui s’est peu à peu imposé à moi est bien difficile à vivre parce que à chaque fois que je tends la main pour avoir une petite pièce, c’est du regard qu’on me fusille. On me chasse à coup de pied ou de bâton… ************************************************************** Mon visage est affamé et constellé de sueur. Je n’ai rien mangé depuis bien longtemps.  J’en ai l’estomac qui braille et c’est tout doucement que je me rends à la boutique du coin, pensant y trouver gain de cause. Je m’approche de la grille, je la passe et je trouve le gérant, la mine froncée dans sa forme la plus profonde de contrariété. Ma présence en ce lieu n’a pas l’air de l’égayer. -Bonsoir. -Que veux-tu ? -Comment est ce qu’on t’appelle ? -Ezzedine… -Ezzedine… je n’ai rien mangé depuis 23 heures si tu pouvais me donner quelque chose… -Rien n’est à offrir ici, tout est à vendre ! -Pitié… -Allez ! Maintenant tu dégages ! Tu vas faire fuir les clients ! -S’il te plait… pitié… Je m’agenouille devant lui en le suppliant. De fines perles salées sillonnent mon visage. Je baisse la tête, je tiens un pan de son pantalon. Ezzedine pris au dépourvu , reste un moment à écouter mes pleurs, silencieux. Je relève la tête et contre toute attente, il me nettoie la figure. En s’exécutant, ses yeux fouillent mon visage… Une idée bien méchante commence à germer dans son esprit… -Relève-toi, me dit-il passivement. Je m’exécute. -Je vais te donner quelque chose mais il faudra payer. -Je n’ai pas d’argent. -Il n’est pas question d’argent… -Qu’est- ce donc ? Ezzedine me fait asseoir avant de courir dans l’entrepôt me prendre un morceau de pain beurré. -Ce n’est pas grand-chose, me dit-il en revenant -Ça me va. -Tu es sûre que tu veux ce morceau de pain ? -Oui… -Alors enlève tes vêtements !
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Comments (2)

  • KABA Kouda 27 novembre 2014 à 8 h 48 min

    Dire que ce genre de scène se déroule des millier de fois chaque jour…. C’est triste à mourir!!!!
    Merci de nous rappeler que juste à côté de nous des gens vivent l’horreur pendant que nous détournons juste le regard pour ne rien voir.

     Reply
    • Heidi 28 novembre 2014 à 21 h 45 min

      C est un peu ce que je pense. La vie’la face cachée de la mort.

       Reply

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