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Josya Kangah

POUR DE VRAI, POUR DE BON

novembre 1, 2014 9:00 Publié par

– Mince, Zebi, c’est trop tard. pfff!

– Tu l’as dit, Zekou! Ils l’ont fait.

– Zebi, jusqu’à quand cela va-t-il durer? J’en ai marre. Marre de tous ces cris, de tous ces déchaînements de haine, de rancœur…

– Il faut dire que tu l’as bien cherché, Zekou. Qu’avais-tu à t’agripper au grand canari familial?

– N’est-ce pas cette même famille qui me l’a confié, ce canari, pour lequel vous me vomissez aujourd’hui?

– Rectificatif, Zekou, arguant que le protecteur du grand canari de la famille posait des actes que tu ne cautionnais pas, tu n’as pas hésité à le lui arracher de force. Tu savais bien qu’il lui restait encore deux lunes avant que le canari ne soit confié à un autre gardien. Nous étions tous présents. Souviens-toi. A l’époque tous ceux qui ont essayé de te ramener à la raison, te convaincre d’attendre ton tour, disparaissaient du jour au lendemain dans la forêt sacrée.

Le grand jour était arrivé, ce jour que redoutaient tous les devins de la famille a fini par arriver. Ils avaient tout mis en œuvre pour convaincre Zekou d’abandonner le grand canari. Les enfants étaient en colère, les jeunes ne réprimaient plus leur rage. Que dire des adultes? Hommes et femmes avaient essayé de contenir leurs rejetons. Mais ce matin là, eux aussi en eurent marre. Marre de voir Zekou s’accrocher au canari sacré alors qu’on aurait dû être au 3ème gardien si on s’en était tenu à la tradition. Ainsi, lorsque jeunes et enfants décidèrent d’en découdre avec Zekou, leurs parents, loin de les dissuader, se joignirent à eux dans un mouvement spontané qui surprit plus d’un.

Acculé de toutes part, Zekou essaya d’envoyer les putois répandre leur odeur nauséabonde dans cette foule déchainée. Il se préparait à célébrer sa victoire quand il vit la foule déchirer le voile de fumée produit par les putois et se diriger tout droit vers la case sacrée dans laquelle il se cachait. Zekou essaya de se dérober, il fit appel à tout les tours de sorcellerie qu’il connaissait. Mais même les djinns* l’avaient abandonné. Il jeta un regard vers son fidèle ami Zebi. Ce dernier lui fit signe d’abandonner. Il voulu faire tonner les tambours parleurs. Mais il était trop tard. La case centrale de la cour avait disparu sous les cendres. La case des tambours parleurs était méconnaissable. Que dire du grenier à deniers? Totalement saccagé.

S’il avait encore un espoir de s’en sortir, il dû déchanter quand les guerriers de la famille se joignirent aux manifestants, non pas pour les calmer, mais pour accompagner le mouvement. Zekou était vaincu et il le savait. Il savait aussi que toute velléité de résistance serait fatale pour lui. Zekou capitula.

Zekou se réveilla en sursaut, éclatant de la sueur qui s’était échappée pendant sont cauchemar. Ouf, ce n’était qu’un cauchemar. Sourire aux lèvres, il jeta un coup d’œil sur le grand canari familial, s’en approcha et murmura:

– Nul ne pourra nous séparer, tu es à moi.

A ce moment précis, Zebi frappa frénétiquement et avec fracas à la porte de la case.

– Zekou, Zekou, ouvre! viiiite! prends tes affaires. Ils arrivent. Dépêche-toi. Ils ne sont pas loin.

Des cris, des chants guerriers, des bruits de pas d’une foule en colère se rapprochaient. Zekou revivait son cauchemar. Il voulu se réveiller. Mais cette fois, il ne s’agissait pas d’un rêve.

– Mince, Zebi, c’est trop tard. pfff!

*Djinns: génies

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Cet article a été écrit par Josya Kangah

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Comments (4)

  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 3 novembre 2014 à 9 h 56 min

    « Acculé de toutes part, Zekou essaya d’envoyer les putois répandre leur odeur nauséabonde dans cette foule déchainée ». Zekou aurait pu trouver mieux. Lol
    Belle métaphore. Je crois l’avoir compris .
    Merci Josya.

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  • Linda N'GUESSAN 5 novembre 2014 à 14 h 36 min

    Ton style a beaucoup évolé. c’est prenant, ca te captive et t’emporte.
    On se réveille en memE temps k Zekou et on est presqu’aussi content que lui de découvrir que c’était justE un rêve, jusqu’à ce que…..
    Délicat clin d’œil à notre très très démocratique république du gondwana.
    Subtil mais simple et surtout transportant….J’adore!

     Reply
  • Josya Kangah
    Josya KANGAH 8 novembre 2014 à 15 h 43 min

    Merci à vous pour vos commentaires.

     Reply
  • Tijo 14 novembre 2014 à 12 h 36 min

    j’aime bien les noms des personnages « zekou et zebi »en tout cas l’histoire est intéressante.
    . merci Josya

     Reply

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