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Christian Loua

PLUS JAMAIS CA!

juillet 31, 2014 9:04 Publié par

Au soir du coup, le coup du siècle, celui dont personne ne saurait dire ne pas en avoir eu écho. la compagnie d’une bière apaisait le lourd rhumatisme d’une matinée roide, noire, pleine de fatigue. Les heures couraient dans le sablier de la mort. Comme dans un film d’horreur. On aurait dit des instants, que le sang parfumait tout le pays de ses arômes crus. En particulier les sombres artères qui courent tout le long de KIGALI.

Mes bambins à la maison. Leur image jouait dans mon esprit, mon esprit las d’avoir trop dépensé ses forces, à l’usine du patron DAGOBERT. Ce dernier n’était autre qu’un digne fils Hutu, qui se plaisait à nous employer dans sa petite et modeste entreprise.

Il était de l’avis modéré de ses paires, qui avaient délibérément choisi de faire montre d’une potable clémence, à l’endroit de nous les tutsis. Ainsi son entreprise nous accueillait sainement. Et dans l’enceinte des locaux, le souffle de nos rires montaient faire la joie du patron. Ses amis, par contre, n’étaient guère de son avis trop saint et pieux. Ils le disaient « le saint père DAGOBERT ».

Ce soir là, aux heures blafardes des jours. Pendant que je m’évertuais à corrompre la fatigue de quitter mon frêle corps, une pluie de chants tonna dans l’air. Les chants sourds et pernicieux s’y amusaient. On reçut la visite des tueurs à l’instant. Ils nous disaient « les cafards ». Oui ils devaient tuer les cafards sans aucune pitié. Les uns exhibaient des machettes et les autres des couteaux. Les gens se trouvaient inopinément sous leur table, soit le corps criblé de coups, soit le corps divorcé de ses membres. Ce fut l’horreur, commise par mes frères. A cet instant, dans un coin bien terré, je sentait un séisme dans mon corps. Et là une voix me hurla: fais une prière! Fais une prière! Alors je m’exécutai en ces mots:

Père notre, sauveur des faibles, digne bienfaiteur

De nos instants fatales, de nos matins inconnus.

Je te chante et te parle, viens dans nos cœurs nus,

Germer le met savoureux à la divine senteur.

Ce soir je veux te dire, par mes mots forgés, ma prière.

Je veux te dire, de ma langue: le retour de la paix.

cette chose mystique qui guérit les âmes sans respect,

ceux-là, dont les armes tuent, et me volent ma bière.

seigneur, je t’implore au secours

de ma terre. dans la noble cour

que mes aïeuls ont si bien bâti, viens, viens!

seigneur sors nous de ce cauchemar!

sors ma terre de ce cauchemar.

seigneur, toi mon seul recours

Après ces mots prononcés du lointain terrier de mon cœur, mes yeux s’ouvrirent tard dans la nuit. Le front baignant dans une mare de sueur et  près de ma femme, ma belle femme. C’était la semaine d’avant le massacre. Dans la réalité cette fois.

Mais aujourd’hui, de nos encriers civilisés j’aimerais dire ma douleur, la douleur dont j’ai tant souffert dans cette crise malheureuse, par ces mots : PLUS JAMAIS CA!

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Cet article a été écrit par Christian Loua

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Comments (1)

  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 2 août 2014 à 21 h 40 min

    Triste réalité si poétiquement retranscrite.
    Merci Chistian Loua.

     Reply

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