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PLAIDOIRIE D’UN COUPLE

octobre 6, 2012 8:00 Publié par

Un avocat: « Un message, il n’a fallu qu’un seul message pour ruiner la journée d’Elsa. Bien entendu il ne s’agissait pas de n’importe quel message, le destinateur n’était pas n’importe qui pour elle et il donnait l’air de lui accorder une importance aussi. Tout le monde sait qu’un message venant de l’être aimé est toujours capable de changer votre humeur de la journée et même de la semaine. Ce message là a su briser ce petit cœur déjà effrité. Comment l’être qui vous procure autant de joie, peut être celui qui procure également autant de peine ? Il aurait dû le lui dire en face, pas dans un message qu’elle lirait juste à son réveil. »

Elsa : « C’est vrai que Bruno n’avait jamais eu assez de tact pour annoncer les mauvaises nouvelles. Celle-là était peut-être urgente selon lui, mais il aurait pu effectuer le déplacement, avant de m’en faire part. Il savait que j’en souffrirais énormément, mais il n’a pas jugé utile de suspendre son voyage d’affaire en Europe pour supporter mes larmes. Cela faisait un mois qu’il était en France pour la compagnie d’architecture pour laquelle il travaillait. Chaque matin, je me précipitais sur le téléphone pour voir s’il m’avait laissé un message car avec son travail, me disait-il, il n’avait pas le temps de me joindre dans la journée. Jusque là, rien dans ses messages ne laissait présager que je n’avais plus de place dans son cœur, aussi, je ne me doutais pas de ce qui m’attendait ce matin. »

Bruno : « Elsa est ma femme depuis cinq ans maintenant. Je l’ai aimée dès le premier regard, et je continue de l’aimer. Lorsque nous avons décidé de rencontrer nos familles respectives, j’ai découvert que le tribalisme n’était pas prêt de disparaître en Côte d’Ivoire. Mes parents, avaient quelques réticences face à ce mariage inter-ethnique  mais je suppose que les quelques années passées en Occident leur ont permis d’avoir un esprit plus ouvert; ce qui n’était pas le cas pour mes beaux-parents. Ainsi, Elsa et moi nous sommes mariés malgré l’avis de ses parents. Depuis ce temps là, elle n’a plus aucun lien avec les membres de sa famille et je m’en veux terriblement d’en être le responsable. C’est avec une grande peine que je lui ai écrit ce message, mais je ne l’ai pas envoyé car je pensais qu’elle avait besoin que je lui annonce cela en personne. »

Elsa : « Je ne pouvais pas rester une minute de plus dans cette maison. Je comprenais pourquoi, il ne me disait jamais que je lui manquais quand il daignait m’appeler, Bruno ne m’aimait plus. Je dirais même qu’il me détestait au plus haut point mais même mon pire ennemi n’aurait pu agir avec autant de méchanceté. Je me suis dit qu’avec la situation, j’aurais pu avoir du réconfort dans ma famille. Peut-être qu’avec la situation actuelle ils oublieront ma faute et me consoleront. J’aurais pu aller me réfugier chez Marcelle ma seule amie, mais en ce moment précis, c’est de ma famille que j’avais besoin. Cette famille que j’ai quittée pour un homme, cette famille qui m’a abandonnée pour une histoire d’ethnie. J’avais, ce jour-là, besoin de ce cocon familial et j’espérais ne pas être rejetée. »

Bruno : « Je venais enfin d’avoir un billet pour rentrer au pays, j’avais essayé maintes fois d’appeler Elsa, mais elle ne répondait pas. Dans tous les cas, ma voiture était à l’aéroport, je n’avais donc pas besoin qu’elle vienne me chercher. Dans l’avion, je cherchais mille et une façons de lui dire ce qui se passait sans la blesser. Je savais bien qu’elle en souffrirait malgré tout mais je ne pouvais rien y faire. »

Elsa : « Ces regards glacials, ce ton si dur de maman, non je ne pouvais plus rester dans ce monde. « Ta place n’est plus ici, va-t-en », m’a-t-elle dit sans me laisser le temps de prononcer un seul mot. Comment une mère, surtout dans cette situation peut parler ainsi à l’être qu’elle a porté neuf mois dans son ventre, et douze mois sur son dos. Personne d’autre qu’elle ne pouvait dire combien je l’aimais. Ce complexe d’Œdipe aggravé a souvent provoqué des querelles entre maman et moi. Elle n’avait pas le droit de me traiter de la sorte, quelque soit ma faute. A elle aussi je lui en veux, et elle aura ma mort sur sa conscience. J’étais déjà à deux pas de me suicider mais là, elle fut la personne qui m’a poussée du haut du pont Félix Houphouët Boigny».

Bruno : « Je venais à peine d’arriver sur le parking de l’aéroport lorsque j’ai reçu ce message de mon épouse. « Rejetée par ma famille, humiliée par cet homme que j’ai aimé plus que tout au monde et qui n’a pas eu la décence de m’annoncer cette terrible nouvelle en face. Bruno mon amour, tu savais très bien que même si je t’ai épousé malgré lui, je l’aimais encore plus que toi. Malgré ces dissensions causées par notre mariage je l’ai toujours aimé. Chaque nuit tu assistais à mes pleurs et tu me réconfortais quand je faisais des cauchemars en hurlant son nom. Je l’aimais plus que toi mais je t’ai épousé car un jour où l’autre je devais prendre mon envol… »

Elsa : « J’ai toujours pensé que les gens qui préviennent leurs proches avant de se suicider n’ont pas vraiment l’envie de le faire en réalité. Lorsque tu préviens quelqu’un avant de poser l’acte, c’est sans doute avec l’espoir qu’il vienne t’en empêcher. Dans mon cas, les deux messages que j’ai envoyés, ne représentaient nullement une main implorant un quelconque secours. Je voulais juste que Richard et maman s’en veulent. »

Bruno : «Sur le pont FHB, j’ai vu une femme qui ressemblait trait pour trait à Elsa, et j’ai senti qu’un drame aurait lieu. J’ai arrêté la voiture au beau milieu de la circulation et mon regard ne pouvait pas se détacher de cette créature qui avait sans doute une idée folle en tête. Mais c’était mon Elsa qui passait de l’autre côté de la barrière. « ELSAAAAAAAA ! ». Il était trop tard, je n’ai pas pu empêcher mon amour de sauter, tout comme je n’ai pas pu empêcher cette voiture de me percuter. »

Un avocat : « Voilà cher ange, pourquoi mes clients sont ici aujourd’hui. Tu ne voudras surement pas d’eux au paradis mais nous avons décidé de porter plainte contre ces fabricants de téléphone à touches tactiles. Il a fallut que Bruno effleure le clavier de son téléphone pour que le message parte, et bien qu’il ait appuyé sur la touche « annuler », il s’en est allé, réduisant ainsi les vies de ces deux êtres à néant. Sinon, comment aurait-il pu annoncer à Elsa que son père était décédé par un simple texto, Elsa qui aimait son père plus que la vie elle même? Nous attendons votre verdict. »

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Cet article a été écrit par Skyrocket

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Comments (6)

  • Farapie
    Farapie 7 octobre 2012 à 14 h 07 min

    J’apprécie ta nouvelle, elle est pleine d’enseignements. Bravo.

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  • Skyrocket
    Skyrocket 7 octobre 2012 à 16 h 49 min

    Merci Farapie.

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  • Mivek DK 18 octobre 2012 à 16 h 52 min

    Wahou, je ne m’attendais pas à une telle nouvelle. pour moi,il voulait divorcer!!! j’aime bien le fait que tu rejettes la faute aux téléphones tactiles.mdrr

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  • Licka choops 4 novembre 2012 à 0 h 27 min

    j’adore super belle plume,belle inspiraation que du bonheur en te lisant bravo

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  • Skyrocket
    Skyrocket 4 novembre 2012 à 14 h 51 min

    Merci Licka c’est gentil

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  • Mady
    macmady 26 décembre 2012 à 0 h 32 min

    Bien pensé…

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