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Nene Fatou

PILE A L’HEURE

novembre 4, 2014 9:00 Publié par

Un coup d’œil rapide à ma montre, midi moins cinq. Ouf! Je suis dans les temps. Hum, causerie de quelques minutes avant d’entrer dans le vif du sujet. Ce que j’apprécie chez eux, c’est leur ponctualité. Vite arrivée, vite servie. Plus que deux pâtés de maisons et nous voici. Le portail est toujours ouvert, signe de disponibilité. Mais par ces temps d’insécurité, il faut faire attention, je vais même leur en toucher deux mots.

Je traverse la cour et me dirige directement vers la salle de séjour. Côcôcô, fis-je, en poussant la baie vitrée, avant de lancer un tonitruant bonjour pour annoncer que je suis contente d’être là. Amandine, ma sœur cadette me répond en riant.

– Bonjour Narcisse! Tchié, tu sais marcher.

– Han bon! dis-je en feignant la surprise. Si elle savait que j’avais tout calculé minutieusement.

-Figure-toi que Maman parlait de toi ce matin, lorsqu’elle a décidé de faire du foufou. Elle disait combien tu en raffoles.

Je bénis intérieurement ma mère. J’aime vraiment cette femme; pas seulement pour les raisons que vous n’allez pas manquer d’imaginer; mais parce qu’elle met tout en œuvre pour satisfaire son petit monde. Pour cela, on ne peut que l’aimer.

– Où est-elle, demandai-je?

– A la cuisine.

– Ok! Dis-je en me levant, je vais lui dire bonjour.

Je la retrouvai en plein partage, entourée de beaucoup d’assiettes.

– Hé Plaisir! (le nom secret  que Maman m’a donnée, du fait que je sois toujours partante pour la  » bectance » ), tu tombes bien.

Je lui plaque un gros bisou sur la joue. Oui. Oui. C’est ce que je vois là. Puis-je t’aider, proposai-je (pour la forme oh! – la dame-là aime tout faire seule, lorsqu’on le  lui permet bien sûr).

– Non, merci. Que Dieu te bénisse! Vas rejoindre ta sœur, j’ai fini, me répondit-elle.

Trente minutes plus tard, nous étions attablées autour du repas ( Hum, j’aime cette ambiance), absorbées par les choses sérieuses. Effectivement je respecte ces moments. Manger avec le couvert naturel – la main (devrais-je dire les doigts) c’est tout un art. Ne faire intervenir que l’annulaire, le majeur, l’index et le pouce. C’est dans cette ambiance très solennelle que Rahil fit son entrée.

-Hé bonjour la compagnie! Elle me jeta un coup d’œil et éclata de rire. Les autres répondirent à sa salutation, pendant que j’étais aux prises avec un bon morceau de queue de bœuf.

– Ma chérie, tu es venue vers la fin; tu ne sais pas marcher, dit notre mère.

– Pour savoir marcher-là, je ne suis pas comme Plaisir. Tchié! Elle, c’est plus que de la télépathie. J’éclatai de rire et fus secouée par une quinte de toux.

– Bois un peu d’eau, dit Maman en me donnant quelques tapes dans le dos. Les yeux remplis de larmes, je lançai à Rahil, tu comprends pourquoi je n’aime pas parler quand « je suis en pleine opération ».

-Or orrrrrr quitte-là , tu exagères, répliqua-t-elle.

– Rahil, t’inquiète, ton plat est dans la cuisine, nous apprit Amandine.

– Mamie oh! ( je l’appelle toujours ainsi quand je sens que je suis entrain d’être rassasiée), y’a quoi comme dessert?

– Ha Narcisse! Même si on dit! s’écrièrent les deux sœurs à l’unisson.

– Ahi, c’est une conspiration quoi? Demandez-moi, en même temps de partir chez moi.

– Plaisir ( je sens que le jackpot va tomber, quand Maman m’appelle ainsi), ne les écoute pas, dit notre mère. Il y a du dêguê au frigo. Amandine, vas chercher…

– Non, l’interrompis-je, laisse, on n’est mieux servi que par soi-même.

– Narcisse, tu as peur de quoi, demanda Rahil.

– Connaisseur connait, répliqua Amandine. Elle a regardé Couleur pourpre*. Je ne fis même pas attention à elles, trop préoccupée par ce qui m’attendait. Ha Maman et ses délices!

Je les retrouvai autour de Maman entrain de deviser. J’imagine sans peine le sujet, à leurs éclats de rire.

– Mais Maman, sérieux, elle exagère. Amandine, tu te rappelles à la Gorge d’Or, lorsque nous avions fini de manger, tchiéé, Narcisse se baisse sous la table. Je lui demande ce qui se passe. Rien, elle m’a répondu en souriant, je passais la main sur les pieds.

– Rahil, je me souviens de la tête que tu avais eue. Tu regardais la belle jeune dame, assise à côté, sanglée dans son très chic ensemble tailleur, coiffure impeccable , avec ses  » considérations villageoises », comme tu aimes à le dire. Je n’ai pas pu bloquer le fou-rire qui me gagnait. Et vous m’y avez accompagnée.

– Ha! Fit Rahil, quelle idée de vouloir toujours tomber à pic.

– Laissez Plaisir tranquille, ordonna Maman.

– Maman, laisse-les! Est-ce-que je les calcule même?  Hum! Je finis ma tasse, lançai-je en jetant un coup d’œil à sa montre-bracelet, et je file; je reprends le service dans quarante-cinq minutes.

– Narcisse, quand est-ce que tu nous invites à manger chez toi, demanda Amandine.

– Amandine, faut bien préciser deh, le plat du jour, préparé le même jour; pas des « couchés-réveillés », dit Rahil en éclatant de rire. L’hilarité les gagna toutes.

– Plaisir, ne les écoute pas, fit ma mère, pliée de rire.

Ok! Je dois y aller maintenant. Les filles, c’est quand vous voulez ( elles crièrent de surprise), bien sûr si vous venez cuisiner. Je me moquai en voyant leur mine découragée. Je fis la bise à sa mère.

– Je t’aime Mamie et merci pour le repas ; que Dieu te garde en bonne santé et longtemps parmi nous. Bye les filles, on s’appelle pour coordonner.

– Attends Narcisse, je n’ai pas de caisse ce midi;  Peux-tu me déposer au bureau, c’est sur ton chemin, demanda Rahil.

– Maman, j’ai ma revanche sur celle qui aime être déposée.

*La Couleur pourpre (The Color Purple) est un film dramatique américain de Steven Spielberg  sorti en 1985 et inspiré du roman du même nom d’Alice Walker paru en 1982 et récompensé par le prix Pulitzer, avec Whoopi Goldberg.

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Cet article a été écrit par Nene Fatou

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Comments (6)

  • Mireille Silue 4 novembre 2014 à 15 h 05 min

    J’aime bien l’atmosphere de convivialite qui se degage du texte. A un moment je crois que tu as mis la narratrice a la troisieme personne « Ok! acquiesça Narcisse. » Je n’ai pas bien compris les souvenirs a la gorge d’or non plus. A part ca ca fait plaisir de lire une scene de famille « quotidienne ». Bonne continuation Nene

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    • Nene Fatou 10 novembre 2014 à 12 h 07 min

      Merci Silué! Dans certaines contrées, notamment « chez nous », lorsqu’on se nettoie les mains après le repas, au lieu d’utiliser le torchon ( pour se sécher les mains), on se les passe sur pieds. Celui qui accomplit cet acte  » tombe toujours à temps pour un repas », d’où l’expression  » savoir- marcher ».

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  • Nene Fatou 10 novembre 2014 à 12 h 10 min

    Sorry, il fallait lire … on se les passe sur les pieds… en passant des orteils au talon. Et j’avoue que je suis friande de cette pratique. RIRES. Merci!

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  • MamCoul 13 novembre 2014 à 12 h 16 min

    La convivialité, l’harmonie et l’amour. J’aime bien. Je te souhaite bon vent dans l’écriture et espère un jour « dévorer » tes romans comme je le fais pour les autres….

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    • Nene Fatou 18 novembre 2014 à 12 h 25 min

      Merci MamCoul. Et à bientôt inchAllah!

       Reply

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