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Christian Loua

PAPA, TU AVAIS RAISON (2)

mars 13, 2014 3:24 Publié par

Alors je proposai à mon voisin de travailler ensemble, afin que je puisse reprendre le fil du train. Ainsi nous travaillions ensemble tous les soirs chez lui. Je demandais la permission pour ce faire.

Arthur, mon voisin, était nanti. Il avait à lui seul tous les répétiteurs dans toutes les matières, mais n’avait pas de moyennes équivalentes à ses attributs. C’était mon seul ami dans la classe, vu qu’il était le seul à me comprendre et à me porter main forte en ma qualité de nouveau venu. Chaque fois que nous étudions ensemble, Arthur avait une bouteille de bière qu’il épuisait à la dernière goutte. Toutefois, il me demandait toujours :

– Tu en veux ?

– Non-non, ça va, répondais-je.

À chaque fois que je lui déclinais une offre, il me regardait avec dédain. Puis l’humeur de notre étude devenait monotone et terne. Sur ce, je rentrais les trente minutes suivantes.

Alors un jour, j’acceptai de partager sa bière. Pour faire montre de ma résistance à l’alcool. Puisque dans son regard, Arthur m’exprimait de l’infériorité. Aussi fallait-il que je lui montrasse mon caractère « garçon ». Et comme par magie, l’éveil, l’envie et l’enthousiasme était au rendez-vous, lors de nos séances. Donc nous prîmes cette habitude de boire à chaque séance d’étude. Cela nous galvanisait.

Au début, les notes commençaient à se rehausser très légèrement. Quoique je ne faisais pas de mention à mon oncle, ni à mes parents. J’avais même coupé tous liens avec mon oncle, mes cousins, cousines et même avec ma mère. Seulement la fin du mois me voyait échanger avec ma mère. Tout allait pour le mieux. Mes moyennes grimpaient lentement, mais sûrement, me disais-je. Nous étions tous les jours ensemble, soit à boire la bière soit à étudier. Au fil du temps, le nombre de bouteilles grandissait et on s’occultait pour boire. Cette vie me ravissait, car, j’y trouvais satisfaction. Je ne dépensais rien, ne faisait rien et je vivais à mon aise tout le temps.

Un jour Arthur me demanda :

– Pourquoi viens-tu à l’école ?

– Pour avoir la connaissance et m’occuper de moi-même demain.

– Quelle connaissance ? Tu sais, le monde a connu de savants penseurs. Ces derniers ont passé toute leur existence à chercher la connaissance, sans pour autant l’acquérir dans son intégralité. Ils sont morts à sa quête. Et toi, c’est cette existence que tu veux mener ? Sans avoir à profiter de la vie jusqu’à la dernière seconde ?

– Non.

– Alors un conseil de grand frère, cherche plutôt l’argent et vis ta vie comme tu le souhaites au lieu de chercher la connaissance. Elle ne te mènera nulle part. Ne vois-tu pas mes parents ? Moi, je ne manque de rien, tout simplement, parce que mes parents ont cherché l’argent plutôt que la connaissance. Buvons !

Le doigt devant la bouche, je cogitais sur ces paroles fortes, fortes et fraîches, fraîches d’une affriolante saveur, celle du bonheur et le miel éternel. Elles ne faisaient qu’appuyer ce que Richard m’avait dit à ce propos. En réfléchissant, je trouvai le caractère véridique de ses dires, et je fis mine d’approbation. Depuis ce jour Arthur était mon MEILLEUR AMI. Il m’emmenait dans les maquis, les bars, les boites de nuit… Comme il le disait  si bien : un ami te fait vivre, sans rien n’attendre en contrepartie.

Ainsi, l’école occupait un rang subalterne, vu que l’argent était maintenant mon point de focalisation. En classe, une fois, Arthur m’interpella et me dit :

– Le prof est ennuyant hein, moi, je vais prendre un pot au dehors.

À peine sortie, je me sentais obliger de lui emboiter le pas. Je ne savais comment ni pourquoi. Mais je voulais le suivre, savoir ce qu’il allait faire ou boire. Comme si nous étions des frères siamois. Puis, je le suivis, sur la permission du professeur.

Voilà que le second trimestre venait de s’achever et j’accumulais 10 de moyenne après voir obtenu 9, au premier. Mais cela ne m’affolait pas du tout. Moi, je voulais être riche maintenant. Plus de connaissances. Ni mon oncle ni mes parents ne savaient mes vrais moyennes. Car j’occultais mes bulletins, prétextant que je ne les avais pas encore, à cause d’un problème au sein de l’école.

Une nuit, nous sortîmes, dans un bar, en compagnie d’autres jeunes promotionnaires. Une conversation fort intéressante semblait occuper Arthur et les autres. Assis dans un coin près d’eux, mes sens guettaient toutes potentielles informations, puis vint le moment où j’entendis le mot « cassa ». Ignorant toute signification de ce dernier, je me referai à mon mentor pour éventuelle explication. Celui-ci me dit ceci :

– C’est se servir dans la caisse des parents. Après tout, ce qui leur appartient, nous appartient également. Alors pourquoi attendre leur mort pour jouir de ces bénéfices.

Pour moi, cela paraissait impensable, et même, pas faisable. En ce sens où c’était à vrai dire du vol. Et mon père bien que nos relations s’étaient enflammées, m’en avait défendu, sous peine de m’attirer la foudre. Arthur était un voleur ? Je n’osai lui poser la question.

Peu de temps après notre petite tournée dans le bar, nous mîmes le cap sur un autre maquis solitaire, pour manger cette fois-ci. Aaaah qu’heureux fus-je !

Avec le ventre bien bourré, nous rentrâmes, et sur le chemin, Arthur lança :

– Alors comment c’était ?

– Bien bien, en tout cas, je suis bien content, et bien rassasié.

– Mais c’est normale, quand tu fais un bon « cassa », tu ne peux que faire des heureux et des rassasiés. Ce qui est bien, c’est que quand tu sais t’y prendre, tu mènes la vie de Crésus. Trop facile !

Cela me fit réfléchir toute la nuit. Ces mots étaient tellement logiques et bien dits, que je ne fermai les yeux de la nuit. Une seule question me hantait : dois-je m’y lancer moi aussi ? Et papa serait-il content de moi si je faisais ça ? Cela ne va-t-il enflammer encore plus nos relations… ?

En outre, je me passais cette phrase d’Arthur : la vie se vit au présent et dans l’instant. Pas hier ni demain. Et je pensais à nos moments réguliers de bonne bière et bon gigot. Ma décision était claire. Le lendemain n’ayant même pas rabâché mes cours une seconde, j’allais, à l’école cependant avec dédain. Mon voisin était là, toujours là avant moi. Malgré que je vivais à cent mètres de l’école. Mais il ne terminait jamais les cours, et moi comme un aimant, je le collais. La belle vie était dorénavant mon leitmotiv. Je m’y investissais de pleins pieds et à plein fouet. De l’argent disparaissait à la maison sans que personne ne sache qui, où et comment il avait disparu. Et moi ma vie resplendissait.

Je m’offrais les objets de mes désirs et tout était si facile et beau. En ce moment Arthur avait raison. J’aimais cette vie. Mes cours étaient subalternes au profit de l’acquisition immodérée de l’argent. Seul moi comptais, en ce moment-là.

Les insinuations de mon oncle, jetaient sur moi un déluge de suspicion. Toutefois, lui, aussi ayant perdu une certaine confiance, me mis en garde. En effet, il ne me voyait jamais à la maison. J’étais sans cesse dehors. Et le plus grave est qu’il avait appris pas un quidam lambda, dans la même classe que moi, que j’étais bien parti pour reprendre mon niveau. Un soir, rentré d’une tournée avec Arthur et quelque peu éméché, je m’évertuai à garder une distance considérable entre nous, pour m’éviter des ennuis majeurs, vu qu’il m’approchait.

– Si tu doubles ta classe ou te fais renvoyer, tu repars au village chez tes parents, m’avait-il fait remarquer d’un ton autoritaire et clair.

Hélas, il était trop tard pour se rendre à l’évidence. Le dernier trimestre tirait à sa fin, et mes jours à Korhogo s’assombrissaient. Je cherchais tous les moyens de fraude pour falsifier mes bulletins. Hélas rien n’y fit. J’étais noyé, le déshonneur de la famille m’incombait désormais. La fin du trimestre n’attendait pas, comme si elle voulait me donner la récompense de mes actes tout de suite. Ne pouvant plus supporter les condamnations de ma conscience, j’avouai toutes mes maladresses en énumérations, à mon oncle qui, les rapporta à ma famille. J’étais une honte pour les membres de ma famille. Délaisser le travail au profit de choses faciles et fugaces : la plus grosse erreur de mon existence.

Les saveurs des vacances, s’annonçaient à l’aube. Alors je n’avais plus qu’à faire mes bagages. Vu que je ne pouvais aller en année supérieure. Mais j’entrepris de remercier Arthur pour tous les moments de bonheur qu’il m’avait fait connaitre. Sur ce, je pris le chemin de sa maison et devant sa porte, je pressai la très luxueuse et belle sonnerie. Un gardien m’ouvrit, il me dit ensuite :

– Arthur n’habite plus ici. Il est allé à paris pour terminer ses études et entreprendre dans les affaires. Il est avec son père là-bas.

– Mais… Mais… Mais, il ne vous a pas laissé son numéro ?

– Son père lui a coupé tout lien de communication, vu qu’il va étudier dans une école de prestige, il ne doit pas être distrait. Ainsi produira-t-il un bon rendement.

– Merci monsieur ! rétorquai-je tout stupéfait.

Il était parti sans même me dire adieu, sans même m’en aviser. Nous qui avions tout partagé à ce jour, nous qui étions toujours ensemble, nous qui faisions tout ensemble. Il était parti sans rien me dire. Je me sentais trahi, comme un gamin. J’avais tout perdu, du début à la fin. Sans broncher ; de chaudes larmes coulaient le long de mes joues abondamment. Tête baissée, je retournai à la maison préparer mon départ pour le village. J’avais envie de mourir sur-le-champ pour fuir l’humiliation là-bas. Assis dans le fauteuil, devant mon sac et mes attributs offerts par Arthur, j’étais nostalgique et furieux. Mais furieux contre moi. J’étais le seul responsable de ce qui m’arrivait maintenant… Et puis je me disais de l’intérieur de mon cœur :

Hélas papa, tu avais raison, je n’aurai pas dû te désobéir. Je n’aurai pas dû suivre les autres aveuglément. Je n’aurai pas dû douter de tes conseils, et voilà qu’aujourd’hui, je suis le contraire de ce que tu as voulu que je sois. Je n’aurai pas dû me disputer avec toi, pour encombrer à vie nos liens. Je n’aurai pas dû partir loin de toi pour assouvir mes désirs impurs. Je n’aurai pas dû boire à la table du diable. Hélas, je suis désolé, désolé pour tout ce que j’ai fait de mauvais. Désolé pour avoir dilapidé tes enseignements. Désolé pour t’avoir déshonoré, non seulement, toi, mais également toute la famille. Je suis désolé de m’être laissé emporté par le destin jaloux, qui convoite mon échec à mon grand dam. Je suis désolé pour avoir réduit à néant tes efforts à mon égard.

Une larme émana de mon œil gauche et me tomba sur les genoux. Je m’y mirais et me voyais en pensant : pourquoi ? Comment… ?

Puis fermai les yeux. Et quand je les ouvris tout était blanc. Je vis un monsieur, très grand. Vêtue d’un costume trois pièces bien blanc. Qui tenait un bâton en main et s’approchait de moi. Mais je ne pouvais rien faire…

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