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Christian Loua

PAPA, TU AVAIS RAISON (1)

mars 11, 2014 10:32 Publié par

Voilà une semaine que les appels en provenance de toute part ne cessèrent d’affluer. Le portable de papa ne faisait que de sonner. Tous semblaient être préoccupés par cet évènement. Des voitures, des oncles que je ne connaissais même pas garaient tous les jours devant la porte de la maison. Tout ça, rien que pour me récompenser d’avoir travaillé durement pour mon brevet. Les pluies de billets de banques bigarrés m’accablaient. J’étais aux anges, on aurait dit un rêve qui transigeait les normes du mental, pour ainsi se matérialiser dans mon expérience physique. Un rêve que j’avais toujours pensé qu’il resterait tel. Un rêve qui siégeait depuis jadis dans les tréfonds de mon esprit dégourdi.

En effet, j’étais l’heureux lauréat du BEPC. J’avais obtenu ce diplôme tant mystifié par mes grands frères, parce que tout simplement ils voulaient que nous suivions le rugueux chemin  qu’ils avaient tracé. Ce tout petit papier coloré de valeur, qui décourageait pléthore de personnes à sa quête, telle une rixe infructueuse. Ce petit papier coloré, parce que ne l’ayant pas eu, mes grands frères voulaient assimiler mon chemin au leur. Ce petit papier, je l’avais et moi aussi, je pouvais désormais me comporter comme un grand. À l’image des supérieurs du second cycle qui passaient leur temps à avilir nos mérites. J’étais à présent un des leur.

Tout simplement parce que j’avais mérité ce petit papier, bien que fils de paysan. J’étais déterminé à honorer mes parents, qui eux, ont toujours mis du leur, quant au succès de ma vie. D’ailleurs, ceux-ci étaient toujours fiers de leur progéniture, car, je culminais au premier rang de la classe et de l’école, avec une moyenne qui laissait coi, pour un élève de mon niveau à cette époque.

Le jour de la proclamation des résultats, mon père, au champ, écoutait la diction à la radio des heureux brevetés. Le soir à son retour, quoique que je ne lui fisse point part de mon approbation à mon examen, il me prit dans ses bras et me félicita. Ma mère emplie d’euphorie, laissait libre cours à son enthousiasme, par le biais de pas de danse et de chansons qui exaltaient le nom de son fils, comme le plus intelligent, le plus travailleur et le plus exemplaire de tous les enfants du village. L’aigreur se devinait aisément sur les visages des familles dont le fils n’était pas retenu, et qui ne voulaient pas partager cette joie qui bondait nos cœurs. Nous fûmes deux familles encensées de joie ce jour-là.

Afin d’en aviser les membres de la famille plus élargie, mon père s’endetta au près d’un ami, se rendit dans le village voisin où il y avait une cabine téléphonique et vulgarisa la bonne nouvelle. Le lendemain, tous éberlués ; les grosses voitures ne cessèrent de garer devant notre petite maison. Des tantes et des oncles dont les visages m’étaient étrangers m’étreignirent et avec un sourire me félicitèrent. La joie était à son paroxysme. Tout de suite, une cérémonie inopinée naquit. Le village accouchait de certaines maisons, tandis que d’autres reniflaient de l’antipathie à l’égard de mon succès.

À l’issue de ce premier jour de fête, je collectai la modique somme de 15 000F. Puis d’autres jours succédèrent, avec toujours de belles surprises plus grandes. Et voilà qu’une semaine venait de s’écouler, et nos journées avaient repris l’allure de leurs habitudes. La monotonie et l’ennuie essuyaient toutes les heures qui se succédaient : j’attendais maintenant l’orientation. Pendant ce temps, la vie m’offrait une panoplie de divertissements. Sans m’en priver, je m’abandonnais au courant libre de mon existence. toutefois, les vacances s’intensifiaient et mon ardeur pour les études s’atrophiait. À mesure que le temps coulait, mes amis venus d’Abidjan, qui menaient une vie différente de la nôtre, m’enseignaient d’autres valeurs de la vie que j’assimilais inconsciemment. Plus les jours se succédaient, plus j’avais faim de leur présence. Les valeurs traditionnelles et bienséantes que mes parents m’avaient inculquées cédaient leur place prépondérante aux nouvelles que j’apprenais. Au fil du temps, je me métamorphosais tant sur le plan morphologique que celui de la logique. Ma vision de la vie changeait et prenait une nouvelle allure que moi-même méconnaissait. Les choses étaient différentes. Mes parents pesaient les effets tous les jours, et la guerre contre mon père naissait. Car, j’outrepassais les limites du bon sens et du code familial. À parler du village. Je n’avais d’yeux que pour mes Amis ABIDJANAIS.

L’attente des orientations fut longue. Quelques-uns de mes amis Abidjanais rentraient sur Abidjan pour reprendre les bancs. Toutefois, Richard : celui avec qui je partageais le même niveau, restait encore pour peu de temps. Et donc, nos journées nous voyaient toujours en charmante compagnie. Richard était issu d’une famille très riche et venait pour la première fois au village. Ses habitudes étaient le reflet des fils à papa que la télévision laissait transparaître. Il avait les mêmes aspirations, les mêmes réflexions, le même timbre dans la voix et la même manière de faire. Il était en quelques sortes un « blanc gratté ». Je l’admirais beaucoup, tant pour ce qu’il faisait que pour la vie qu’il menait. Parce que bien qu’étant au village, son père y avait fait construire une des plus belles résidences. Et de surcroit, une maison en brique. C’était comme chez le préfet. Alors, si je partageais le séjour de Richard au village, ce fut dans l’unique perspective de voir son attitude déteindre sur moi. Puisque j’affectionnais celui que je voyais à la télévision. Le temps coulait tel grain de chapelet dans les mains d’un fervent croyant ; et nos vacances étaient rieuses, joyeusement crescendo.

Enfin les orientations parurent et Richard que j’accompagnais personnellement à la gare, rentrait sur Abidjan. Ce fut un coup dur, car mon ami, mon frère, celui avec qui je passais toutes mes matinées et journées, m’avait quitté. Mais seulement pour la bonne cause, et donc je le concevais sans peine grandiose. En partant, il m’avait promis de rester en contact. À cet effet, il m’avait donné un téléphone portable, que mon père s’empressa de confisquer.

La confiance qu’avait mon père en moi était littéralement tombée à zéro. Ma mère était un soutien pour moi et donc mon père lui en voulait de cautionner le comportement maladroit que je faisais poindre à leur égard. Nos relations se dégradaient de seconde en seconde. La teinture de l’enseignement traditionnel, qu’il avait fait germer en moi, disparaissait au profit de celle de Richard que j’avais assimilée inconsciemment, toutefois avec volonté.

Les orientations m’emmenaient au lycée Félix Houphouët-Boigny de Korhogo ville. Mon père opposa un refus catégorique de débourser quoi que se fut pour que j’y aille. Cependant, la chance frappa encore à ma porte. Un oncle qui avait assisté à ma cérémonie de récompense raisonna mon père, après que ma mère lui eut fait comprendre la situation. Il accepta de couvrir mes besoins, tandis que cet oncle m’hébergerait. Ainsi, je mis le cap sur la ville de Korhogo, où j’allais poursuivre mes études.

Le voyage était agréable et savoureux. Bien que la distance fût longue, elle ne m’avait guère épuisée : j’étais vraiment content d’aller étudier là-bas. Même si je préférais par-dessus tout, continuer à Abidjan. La gare de Korhogo nous accueillit de sa chaleureuse ambiance. Retrouver mes bagages à la descente ne fut pas chose facile. Ce bloc de personnes bruyantes, tous avec un seul but, récupérer leurs affaires, formait un mur rigide, qui me séparait du car. Et donc je patientai tranquillement juste à côté. J’étais convaincu de retrouver mes bagages après leur évaporation soudaine.

Cela dit, un taxi en maraude s’approcha, et me demanda : – On va où ? – Non-non, nulle part, répliquai-je.

Je guettais les environs, la périphérie, tout en cherchant celui qui devait venir m’accueillir et m’emmener à la maison. L’attente puis la recherche s’accentuait. Je pensais m’être trompé de gare où de car. Vu que j’avais quitté le village accompagné par mes frères. Je pensais : où suis-je ? C’est ici ? C’est vraiment ici ? Ne me suis-je pas perdu par hasard ? Des questions semblables abondaient sans cesse et perturbaient aisément ma tranquillité spirituelle.

Mon cœur aminci battait la chamade, de grosses gouttes de sueur imbibaient mon vêtement, la panique se saisit de moi. Mes yeux furetaient dans tous les sens. Je ne pouvais m’éloigner, en raison de mes bagages pas encore récupérés. Je transpirais de toutes mes forces, sans pouvoir contrôler quelque chose en moi. Mais à mon grand soulagement, une voix retentit dans les haut-parleurs de la gare : « Si le passager nommé, COULIBALY serge, venu de Ferkessédougou, est encore dans la gare, il est prié de se rendre au poste d’informations ! » Sur ces mots, j’y accourus. Mon cousin m’y attendait. Le calme s’installait peu à peu tandis que nous regagnions ensemble la maison. En chemin, je lui racontai ma mésaventure, et lui se riait de moi. Quel chanceux fus-je !

Mon oncle, sourire aux lèvres, stylo à la main ; m’accueillit très chaleureusement. Un nouveau chez moi ! – Comment a été le voyage ? demanda-t-il. – Très bien, je ne me suis même pas ennuyé malgré la distance. – Alors c’est bien. Tu es ici chez toi. Tous ceux que voici sont tous tes frères et sœurs. – D’accord tonton., répliquai-je avec respect. – Salue-les et va te changer ! – D’accord tonton. Le premier jour à Korhogo fut touristique. Mon arrivée avait coïncidé avec une sauce graine en cuisine. Juste après le festin, nous sortîmes entre frères, faire les cent pas et plus ample connaissance.

Les démarches quant à mon inscription au lycée FHB, s’amorçaient dès le lendemain de mon arrivée. Je n’osais échanger de ma situation avec mon père, même s’il finançait mes travaux. Ma mère était donc ma correspondante auprès de lui. Le début des cours au lycée, me semblait un peu différent. Tout comme un autre monde : les cours se dilataient autant que leur compréhension s’avérait ardue. Je ne comprenais rien à ce nouveau monde si différent. Moi, le plus fort de l’école du village, le plus brillant élève de l’EPP FERKE I, le meilleur des meilleurs, je ne comprenais pas ce qui se passait, je ne comprenais rien…

(A SUIVRE)

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