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Débora Soro

Panel Littéraire SILA 2018: Livre et Nation

mai 19, 2018 7:43 Publié par

La série des panels littéraires du SILA 2018 s’est ouverte le jeudi 17 Mai avec « Livre et Nation ». Sous la modération de Michel Koffi, quatre œuvres littéraires ont été décortiquées par leurs auteurs, panélistes du jour:

Josué Guébo, auteur de « Le blues des oranges »

Dans cette œuvre, Josué Guébo, utilise les oranges pour symboliser les ivoiriens. Il est questions de vives tensions entre deux variétés d’orange. Kossou et Océane sont les deux personnages principaux, ils appartiennent à des variétés différentes. Tandis que Kossou signifie le feu, Océane fait référence à l’eau, autre opposition apparente. L’union de ces personnages montreracependant l’alchimie possible malgré les différences et ouvrira un espoir de réconciliation.

« Dans la rencontre avec ce qui est hétérogène à soi, on perd toujours un peu de soi, l’esprit de sacrifice est alors indispensable » a expliqué l’écrivain.

Pr Jean-Marie Kouakou, co-auteur de « Penser la réconciliation pour panser la Côte d’Ivoire »

Pour le professeur Kouakou, nous ne pouvons plus agir sur le passé il faut se concentrer sur l’avenir. Il y a donc nécessité d’oublier le passé et de dépasser les limites pour parvenir à l’unité. Les pesanteurs ethniques sont lourdes, la relation au pouvoir politique se fait par les ethnies, les régions. Il faut arriver à s’approprier plutôt les valeurs républicaines. Dans une république il n’est pas normal que les regroupements politiques soient basés sur les ethnies. Ce qui devrait primer c’est la citoyenneté. Quand on se dit républicain on s’accorde sur des valeurs de concorde de solidarité, de laïcité, d’égalité, de citoyenneté.
« C’est vous qui allez construire la Côte d’Ivoire de demain. Construisez-la sur la fraternité » a-t-il conclu, s’adressant à la jeunesse.

Désiré Anghoura, auteur de « Montezaut l’honneur de la tribu »

Cette œuvre est la deuxième d’une trilogie sur le pouvoir. Selon l’auteur, la politique organise notre société, elle en est le pilier. Le pouvoir politique est de ce fait vu comme la clé du bonheur et de l’épanouissement, non seulement pour l’individu qui le possède mais aussi pour sa famille et sa région. Dès lors dans la course au pouvoir, l’intérêt des autres et celui de la nation est totalement oublié au profit de ceux personnels. Les femmes au pouvoir pourraient être une solution à cette situation.

« Nous n’avons pas encore essayé les femmes et si nous le faisons cela pourrait peut-être apporter un plus à cette Afrique » a affirmé l’auteur.

C’est pourquoi le troisième livre (en préparation) de sa trilogie sur le pouvoir s’intitule « Madame la présidente » et envisagera cette éventualité.

Jean-Paul Anodin, auteur de « Le prix du Vote »

Le personnage principal de l’œuvre se trouve devant un dilemme, ne sachant à qui accorder son vote pour présider aux destinées de sa nation. Selon l’auteur il faut au lieu de se focaliser sur les individus, analyser plutôt l’esprit qui les anime, leurs façons de penser et leurs visées ultimes pour leurs communautés. Dans les choix que nous faisons, nous laissons certes une bonne partie à la providence, mais la sagesse ne doit pas être pour autant moins présente.

« Même quand on est analphabète, on sait ce qui est bon et qui n’est pas bon et c’est ce bon sens qui doit présider à nos choix» a-t-il insisté.

Le rapport au livre a été abordé à travers la question du concept d’ivoirité. Selon Josué Guébo, l’ivoirité a été caricaturée et instrumentalisée parce que les écrits expliquant le concept n’ont pas été suffisamment lus et compris. Abondant dans son sens, les différents panélistes ont insisté sur la nécessité pour les citoyens d’être suffisamment et correctement informés et cela passe obligatoirement par la lecture.

Les échanges avec le public se sont déroulés dans une succession cordiale de questions et réponses et suggestions. Macaire Etty, Président de l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire, a notamment évoqué la participation des média au processus d’information des citoyens, concluant son intervention de la manière suivante

« Le logo de la RTI est là, mais regardez vous-mêmes, aucune caméra. Pourtant à d’autres types d’évènements ils sont bien présents. C’était la même chose l’année dernière. Au moins s’il y avait des caméras on pourrait s’attendre à voir ne serait-ce que quelques parties des échanges à la télévision ».

« Mettons ça en prière » a répondu le modérateur sous l’hilarité générale.

Un jeune participant a aussi posé la question suivante : «pourquoi les intellectuels développent de belles théories dans leurs oeuvres et une fois arrivés au pouvoir on a l’impression que ce n’est pas les mêmes personnes, tellement ce qu’ils font est éloigné de leurs écrits ? »

Selon le Ministre Affi N’Guessan, présent au panel, l’homme politique doit avoir une vision. Cette vision se construit dans la réflexion et dans la lecture de tous ceux qui se sont penchés sur les questions avant lui et qui peuvent nourrir ses idées. La réalité politique est totalement différente de la réalité intellectuelle. La réalité intellectuelle est souvent détachée des contingences sociales immédiates. L’écrivain écrit par rapport à la manière dont il sent les choses et très souvent ce qui est écrit doit être confronté à la réalité c’est ce qui fait la politique. Face à des réalités diplomatiques, sociologiques, économiques l’homme politique doit s’adapter sinon il n’est plus un homme politique, mais juste un intellectuel. La différence entre l’homme politique et l’intellectuel réside principalement dans la nécessité qu’a l’homme politique de tenir compte des réalités du terrain.

Dans la même veine, Josué Guébo a également souligné que l’homme politique s’inscrit très souvent dans une vision d’ensemble, dans laquelle les décisions appliquées ne viennent pas forcément de lui.

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