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Lynda Kamakou

NOEL, MON CALVAIRE

septembre 30, 2012 3:17 Publié par

Ce n´est que plus tard dans ma vie que je compris le vrai sens de noël.  Autrefois noël signifiait pour moi le calvaire. Lorsque j´étais enfant j´avais peur de cette fête car elle me tourmentait. A son approche l´on voyait des guirlandes,des sapins,des jouets à travers toutes les rues de notre quartier. A la vue de toutes ces choses j’avais deux sentiments opposés: la joie et la tristesse. La joie parce que j’aimais bien cette atmosphère de fête qui régnait dans le quartier. La tristesse parce que j´étais consciente que je ne recevrais aucun jouet.

Je savais cela non pas par intelligence, mais par expérience. Le père noël n’était pas un mystère pour les enfants de mon père. Nous savions tous que le père noël c´était notre propre père. Nous ne retrouvions jamais des jouets à notre chevet le 25 décembre. C´était papa qui les distribuait à qui il voulait juste après le petit déjeuner. Pour lui il fallait mériter un cadeau. Apparemment ceci dénotait de la sagesse, mais au fond c’était de la pure méchanceté. Non seulement nous n´avions pas tous droit aux cadeaux, mais aussi aux nouveaux vêtements.

Quand noël approchait papa avait toujours des reproches à nous faire: « Amélie je ne t´ai pas vu toute la journée d´hier. Jean on m’a raconté que tu manges chez les voisins. »

Tout cela n´était que des prétextes pour peut être ne pas avoir quelque chose sur la conscience lors du partage des jouets et des vêtements. Pendant que nos petits camarades étaient très débordants de joie à l´idée de recevoir des jouets et des habits neufs de la part de leurs parent, mon frère et moi réfléchissions à la manière de fabriquer nos jouets. Notre maman voulait bien nous en offrir. Hélas! Elle n´en avait pas les moyens. Il n´y avait donc personne au monde pour nous apporter la joie en  noël.

Les autres jours nous nous confondions aux autres enfants. En noël c´était différent, les enfants se promenaient avec leurs nouveaux jouets et étaient très bien vêtus. Alors, ceux avec qui on jouait habituellement se retrouvaient avec d´autres compagnons parce que nous devenions ridicules. Je n´en voulais pas à mes camarades, mais plutôt à mon père.

Quand mes amis de classe me parlaient de leurs projets en noël, je comprenais aisément que c´était leurs pères qui en étaient les initiateurs. Pour mon frère et moi il n´y aurait rien de spécial. Ce ne serait pas un jour heureux. C´etait le jour le plus triste de l´année. Les jouets que nous fabriquions étaient faits de morceaux de tissus, de petits bois, et de branches de bananiers. Nos jouets étaient essentiellement composés de poupées qui nous consolaient un temps soit peu. Malgré tous nos efforts nos poupées étaient ternes face à celles de nos petits camarades. Pour la noël ce que nous désirions le plus c´était d´être avec nos amis, rire avec eux,danser avec eux. Un rêve simple dont la réalisation était impossible.

Notre maman ne voulait pas nous voir hors de la maison le jour de noël.  Elle ne voulait pas que nous fassions pitié. Elle refusait de nous voir humiliés. Elle préférait que nous restâmes devant la télévision loin des autres enfants.

Pour maman la dignité était un trésor qu’il fallait nécessairement préserver. Elle nous avait appris à dire que tout allait bien quand tout allait mal, à dire qu’on était rassasié quand on avait encore rien mangé. Nous n’étions que des enfants et nous ignorions la vraie signification de la dignité. Qu’est-ce qu’on pouvait faire nous de la dignité de maman ? Franchement rien. Nous voulions seulement nous réjouir aussi comme les autres enfants.

Notre mère pour nous mettre du baume au coeur nous disait que nous mangerions du poulet. Le poulet était la viande préférée de tous les enfants. Aucun enfant ne désirait du poisson ou une autre viande pendant les jours de fêtes. Cependant en noël cette viande nous dégoûtait. Nous n´avions pas assez d´appétit pour nos plats préférés. Un enfant qui ne mange pas un jour de fête c´est pire encore qu’un enfant qui prend une balle pendant la guerre. Nous voulions savoir ce que les autres enfants avaient fait pour mériter un joyeux noël.  En noël mon frère et moi nous nous sentions très seuls. Notre seule famille c´était nous.

A cause de maman nous étions bien obligés de rester devant la télévision. Nous regardions un film sans rien voir ou du moins nous voyions nos petits camarades très heureux avec leurs jouets en main traverser les rues. Nous avions remarqué qu’en noël le temps ne passait pas. Nous faisions plusieurs choses: réviser nos leçons, regarder la télévision, bavarder avec maman et nous coucher. A notre réveil c´était encore noël.  Noël devenait une hantise pour nous. C´était sûrement Dieu qui nous punissait pour toutes les fois que nous n’avions pas été des enfants sages. Si c´était  le cas c´est que Dieu était injuste car tous les autres enfants avaient bien des fois été désobéissants. Non, notre châtiment ne venait pas de Dieu. L´auteur de tout cela était notre père. Nos demi-frères recevaient des jouets, nous rien. Nous étions les enfants de la première épouse qui était méprisée par son mari. La seconde épouse était la femme aimée, choyée, la femme dont les désirs étaient des ordres. Ses enfants étaient donc des princes et nous on ressemblait à des mendiants dans la maison de notre propre père. Rien que pour noël je désirais ardemment être l´enfant de la coépouse de maman parce que ses enfants étaient comblés, tandis que nous on était même incapable de sourire. C´était un malheur, un deuil qui nous frappait.Peut-être que si j´étais née dans une autre famille, je connaîtrais le vrai sens de noël.

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Cet article a été écrit par Lynda Kamakou

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Comments (2)

  • Skyrocket
    Skyrocket 30 septembre 2012 à 17 h 59 min

    Histoire touchante, j’ai bien aimé.

     Reply
  • Symphonie
    Symphonie 1 octobre 2012 à 20 h 58 min

    Lynda Kamakou, l’histoire est bien écrite, très touchante et très simple. J’espère que ce n’est la dernière nouvelle que nous lisons de toi sur 225nouvelles.

     Reply

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