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Shannen Rimphrey

NOCES DE LARMES (3)

octobre 12, 2012 2:14 Publié par

Le regard posé sur sa sœur, Amina la regardait étendue sur sa couche. Elle avait du mal à vraiment comprendre ce qui se passait chez cette dernière. Elle semblait vidée, apeurée, exténuée…

Dans un souffle presque imperceptible, Myriam demanda à boire. Immédiatement, Amina s’en alla chercher un verre d’eau et le porta aux lèvres de sa sœurette. Elle en bue par petite gorgée. Puis reposa sa tête dans un soupir lasse.

Depuis quatre heures déjà que les contractions avaient commencées. Et l’enfant ne semblait pas vouloir la délivrer. Quatre heures de douleurs à intermittence. Quatre heures que dans la salle d’accouchement où elle avait été admise, le gynécologue l’avait abandonnée, s’occupant d’enfant bien plus pressés à voir le jour. Quatre heures qu’Amina souffrait en silence aux côtés de sa sœur. Idriss était parti en voyage il y avait seulement cinq heures pour les Etats-Unis. Sa mère était à Dubaï pour une thérapie. Quant à leur mère, la pauvre essayait tant bien que mal de retrouver ses filles dans la clinique. A vrai dire, personne à part  Amina, ne pouvait soutenir Myriam dans cette épreuve. D’ailleurs, elle-même avait du quitter en trombe son stand au marché de Marcory pour répondre à la détresse de sa sœurette, Dieu Bénisse l’inventeur du téléphone portable !

****

Aïssata se cramponnait fébrilement à son siège dans l’espoir d’éviter les soubresauts du minicar qu’elle avait pu emprunter pour se rendre au chevet de sa fille. Le véhicule semblait voler sur la route tellement les embardés étaient spectaculaires. Elle ne pouvait s’empêcher de prier Allah le tout puissant. Pour sa fille d’abord, mais pour elle aussi. Des sueurs froides coulaient le long de son échine.

Aïssata ajusta son voile une énième fois avant de se retrouver propulsée contre son voisin de gauche. Les routes étaient mauvaises. Mais en plus, le chauffeur du « badjan » roulait très mal. Ses compagnons de voyage ne cessaient de se plaindre et de rouspéter. Aïssata elle, avait bien d’autres soucis. L’enfant de sa fille avait un mois d’avance. Et de plus, à part Amina, il n’y avait personne pour la veiller et l’assister dans cette épreuve. Ils étaient tous partis. Ah ! Ces riches…

Parfois, Aïssata regrettait quelques peu la vie de sa fille. Elle avait durant longtemps espéré que Myriam bénéficia des bonnes faveurs de ses frères, puis de ses oncles et maintenant de son mari. Mais apparemment la pauvre enfant n’avait pas encore fini avec son lot de souffrance. Aïssata avait espéré qu’une fois mariée à ce jeune riche, sa fille aurait trouvé le bonheur et qu’elle en aurait jouit. Mais elle ne voyait encore rien depuis ces deux ans de vie commune. Finalement, était-ce une bonne affaire de donner sa fille en mariage à ce jeune homme ? Elle ne savait trop qu’en penser ! C’est vrai que sa sœur Adjaratou avait consulté et qu’il y avait eu un mais… à ce mais, il y avait eu des sacrifices faits et donnés. Mais depuis, rien ne se voyait encore. Même si Myriam ne disait mot de tout ce qui lui arrivait, même si elle gardait en elle ses peines et ses douleurs, Aïssata ressentait dans son cœur de mère et à travers le regard de sa fille qu’elle n’était pas heureuse.

C’est à ce stade de ses pensées que Aïssata se retrouva violemment projeter vers la vitre du mini car. Elle eu juste le temps de penser à sa fille avant que le minicar débute sa roulade effrénée dans le ravin.

****

« Je ne t’aime pas Myriam, alors cesse ton cinéma parce que je sais que c’est réciproque ! ». Voilà ce qu’avaient été les dernières paroles d’Idriss avant qu’il ne traîne ses valises pour entamer son voyage. Il est vrai que quelques mois après leur mariage, Myriam s’en était un peu rendu compte. Idriss avait changé. Il n’était plus aussi prévenant que dans leur début et ne semblait plus préoccuper par son départ pour la France où elle devait intégrer son véritable foyer.

Malgré le fait qu’elle essaya de l’en dissuader, il demeurait sourd à ses supplications. De plus, il la considérait comme une étrangère et ne se rapprochait d’elle que pour accomplir son devoir conjugal. Ou devait-elle dire « sa corvée » conjugale. Aucune émotion, aucun amour, ses gestes avaient perdues toute humanité et Myriam avait fini par se sentir comme un tableau que l’on admire une fois en passant et que l’on brandi sous le nez de ses amis.

Les relations avec sa belle mère s’étaient de plus en plus dégradées, tout comme celles avec son fils. Myriam ne comprenait plus rien. Elle était désabusée et, comme elle n’avait pas pour habitude de s’ouvrir à son entourage, elle encaissait la douleur, la déception et la tristesse. Une larme traîtresse coula sur sa joue. Elle se cacha et l’essuya. Il ne fallait pas qu’Amina sache ce qu’elle endurait. Elle devait donner le change. Comme elle l’avait toujours fait. Une douleur violente se fit ressentir. Elle entendit comme un « pop », la poche des eaux venait de se rompre.

Myriam esquissa un piètre sourire. Elle n’avait plus la force de pousser. Elle n’avait plus la force de résister. Elle était trop affaiblie et déprimée pour quoi que ce soi. Et ces douleurs qui ne faisaient qu’empirer… sans s’en rendre compte, Myriam perdit connaissance, laissant une Amina affolée et désemparée.

****

Idriss regardait du haut de sa taille le bébé qui gigotait dans le bain avec un sourire fier. Oui, il était fier de ce qu’il avait accompli. Il avait son fils, son héritier, sa richesse… Depuis sa naissance, Habib ne faisait qu’apporter autour de lui un bonheur et un confort financier indescriptible. A tel point qu’Idriss avait démissionné pour bichonner agréablement cette poule aux œufs d’or. Et il n’avait pas eu tord. C’est vrai, cet enfant avait pénétré ce monde en catastrophe, mais pour Idriss, c’était une catastrophe bienheureuse. Et ce n’est pas sa mère qui dirait le contraire puisqu’elle avait été appelée à un haut poste dans le gouvernement du pays alors qu’elle n’aspirait qu’à être simplement maire de leur commune.

Idriss sourit en voyant autour de chaque poignée d’Habib, les bracelets tachetés hérités de sa mère. Son visage s’assombrit quelque peu à la pensée de Myriam. Il avait atteint son but oui ! Mais au prix d’ultime sacrifice : la mort de Myriam et de sa mère Aïssata.

FIN

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Cet article a été écrit par Shannen Rimphrey

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Comments (2)

  • Sadjee 12 octobre 2012 à 15 h 57 min

    Belle histoire, un peu défigurée par quelques maladresses et coquilles…

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  • shannen Rimphrey 18 octobre 2012 à 13 h 24 min

    Merci beaucoup! désolé pour les coquilles… 😉

     Reply

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