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Ange le paradisiaque

MISSION IMPOSSIBLE!

octobre 16, 2013 12:30 Publié par

La quête du travail a été mon unique entreprise pendant de nombreux siècles. Les nombreuses tentatives vaines n’avaient pas mis de l‘eau dans le carburant de mon espoir. Mon espoir grossissait de jour en jour, même s´il était un ballon plus gros que la terre qu´une minuscule piqûre de moustique pouvait anéantir. Contre les  » PAS D´EMBAUCHE  » fatalistes qui maquillaient mes journées, un appel vint renverser cet amas d´inquiétudes et d´insatisfactions qu´était ma vie. Mon correspondant me dit que j’avais un entretien le lundi de la semaine d´après. Trois fois « lol » ! On ne m’appelait presque jamais, alors j’étais prêt à entendre cette phrase du serveur vocal : « Orange bonjour, rendez-vous à l’agence la plus proche pour remettre votre puce. Votre prix sera le nôtre. Il y a de vrais clients qui attendent ici. ».  Il fallait que je me repose car le lendemain serait un grand jour. J’espérais seulement que les sorciers n´allaient pas, la nuit, me rendre une visite de courtoisie. Le matin arriva paresseusement, c’était de bon augure pour moi qui autant que Malloco le dormeur ne dormais jamais. Je me levai à six heures. Je fonçai me laver. A six heures trente, je m´habillai puis mes pas laissèrent leurs signatures dans la cuisine. Merde ! m’esclaffai-je. J’étais tellement content la veille que j’avais oublié de fermer la porte de la cuisine. Et comme si on les avait appelés, les voleurs étaient venus prendre mes deux seules paires de chaussures. Les économies de toute une année parties dans la nuit sans préavis. Comment allais-je faire maintenant ? Pensai-je. J´étais abasourdi, tétanisé. Je me suis dit en ce moment-là que j´avais peut-être plus de chance de gagner cent milliards de francs au loto que d´avoir un stage de deux minuscules mois.

Après quinze années de réflexion, une idée digne des plus grands génies me vint en tête : utiliser ma paire de chaussures vieille de cent mille réparations et nouvelle légende du folklore des gueux qui attendait ses prochaines funérailles dans sa retraite obscure (derrière la maison). Cette paire méritait vraiment de faire un tour à la morgue. Même mon cousin cultivateur avait refusé de la prendre pour aller aux champs. S’il n’existait que ces chaussures, proféra-t-il, j’aurais marché les pieds nus même sur des épines.

Moi par contre, il n’y avait pas d´épines devant moi, encore moins de cousin hautain. J´étais donc comme Hercule, prêt à affronter les douze odeurs de ma paire de chaussures sale et humide. Aussi étais-je obligé car j’ai les pieds hors norme. Qui aurait osé me donner ses chaussures pour que je les transforme en lambeaux de cuir ou en bateau ? J’enfilai alors mes créatures de Frankenstein pour conquérir, tel Cortez et Minus, le monde.  La veille, j’avais demandé à Moustique mon petit frère (on l´appelle ainsi parce qu´il est maigre et teigneux) une seule pièce de deux cents francs pour compléter mon transport. Il me répondit qu’il n’avait même pas moro cassé (Je m’en fiche si vous ne comprenez pas ! Ce n’est pas moi qui vous ai dit de ne pas apprendre le nouchi). Alors que j´étais prêt à m´en aller, Moustique baragouina quelques mots. Je compris difficilement qu’il avait donné, la veille, cent mille francs à sa copine sans même pourvoir conclure. Suivez mon regard !  À ma question de savoir pourquoi il agissait toujours ainsi, il me répondit : « tes fesses, sont-elles dures ou molles ? ».

Je le comprenais, Nancy  était très belle, aussi belle qu´Abdoulaye WADE à son réveil. Mon argent pour le transport n’était donc pas suffisant. Il fallait que j’emprunte la fournaise ardente qu´on appelle bus pour me rendre à Marcory. Je devais d´abord emprunter un minicar en partance pour Adjamé. Je courais presque. Arrivé au marché, l’eau sur le toit d’une table attendit que je passe par là pour tomber sur moi. J´étais mouillé (comme une poule) de bas en haut. Je me suis dit en ce moment-là qu´a la place de WEBMASTER, je devais plutôt mettre poisseux dans mon curriculum vitae. Retourner ou ne pas retourner, tel était le dilemme. L´apprenti qui vint me chercher avait la solution à mon problème.  Dans le mini car, d´un air stupéfait, je criais intérieurement : « Quoi ! Une voisine ! Trois fois han ! (SVP par politesse, ne dites pas Agbou) » C’était Carine, la fille que j’avais toujours rêvé aborder. J’étais abasourdi. Comment pouvait-elle me voir dans cet état ? Elle me salua. Je n’eus pas le courage de répondre car tellement pressé, j’avais oublié de me brosser les dents. Elle me dit qu’on lui avait parlé de mes prouesses en sciences et qu’elle voudrait que je vienne l’aider pour un exercice de physiques. J’acceptai en faisant un signe de la tête. Avant qu’elle ne descende au carrefour de la Riviera 2, nous échangeâmes nos numéros et elle promit de m’appeler. Enfin une bonne note dans cette journée de merde.

Après le mini car communément appelé Gbaka, le bus. J´étais dans la file ivoirienne (pardon indienne) que formaient les passagers. La place que j’occupais dans la file me donnait l’assurance d’avoir un siège. Le bus quitta la gare nord vers neuf heures. J’étais confortablement assis sur mon siège. Arrivé à Marcory, à quelques arrêts de ma destination, un Blanc… « Quoi ! Pensai-je, un Blanc dans un bus in Ivory Coast ! » Cherchez l’erreur ! Ce Blanc me demanda de céder ma place à une dame âgée. J’ai l’habitude de le faire sans qu’on me le demande. Je suis d’ailleurs toujours le premier à le faire. Mais ce jour-là, j´étais sur les nerfs. Alors je fis sortir un : « Blanc paumé là, quitte devant moi si tu ne veux pas que ton visage devienne rouge comme ton sang que je vais verser. » le Blanc n’arrivait pas à croire qu’une personne comme moi puisse lui parler de cette manière. Il me dit alors que je pouvais garder ma place et me présenta ses excuses.  Enfin mon arrêt me fit sourire. Je fis cirer mes chaussures puis quelques pas plus loin je montai l’escalier du bâtiment. Et me voici enfin dans le bureau ovale. Enfin ! La séance se passa bien à part l’odeur de ma vielle paire de chaussures mouillées qui donnait le torticolis aux narines de mon interlocuteur. A la sortie, tout heureux de ma victoire provisoire, je rencontrai le Blanc du bus. Que faisait-il là ? Renseignement pris, il s’agit du PDG d’une multinationale dont l’une des succursales est celle qui allait peut-être m´embaucher. Mais que faisait-il dans ce bus ? Et la réponse tomba comme un immeuble sur ma tête. Il avait juste aperçu un ami de longue date dans le bus et n’avait pas hésité à l’emprunter pour lui faire la surprise. J´étais désespéré, je ne le croyais pas. Ma victoire s’était transformée en défaite amère. Je pris ma veste et ma honte pour me retrouver quelques kilomètres plus loin chez moi. Le téléphone sonna. Je répondis. Mon interlocuteur dira des phrases qui marqueront à tout jamais mon existence :

 – Monsieur Gaba Théophile, je suis Monsieur Bernard Lechienlaniche (Quoi ? ça c’est un prénom ! A ce rythme-là, son fis s’appellera cacapipi), le Blanc que vous aviez copieusement insulté ce matin. Laissez-moi vous dire qu’on ne m’insulte pas sans y laisser la peau. Les plus chanceux croupissent en prison. Je vous ferai bouffer votre orgueil en tant que votre nouvel employeur.

 Ma réponse ne se fit attendre:

– Cher monsieur, je m’excuse pour le matin mais si c’est pour me dire des conner… Quoi ! Vous avez dit « employeur ». Merci monsieur ! Pardonnez-moi les fautes commises aujourd’hui. Je promets de vous satisfaire.

– Ne vous inquiétez pas Théophile, je comprends, vous avez hérité du sang chaud de vos parents Bété. Je plains le chef du service informatique qui devra vous supporter. Je vous ai à l’œil, une moindre erreur et vous êtes viré. En plus, nous portons tous ici des chaussures fermées sans odeur, pas des chaussures avec une ouverture en bas. Soignez aussi votre hygiène corporelle. Votre travail consistera à ﻼﻞﯖﭫⱵ₥ἦفŧهضمﯦﭮ╔ѠѦ͠o …

A ce moment-là, ma tête faillit exploser car je ne comprenais rien à son langage technique. Et dire que j’ignorais que le langage en entreprise était la langue parlée dans le jardin d’Eden. Pour finir, mon patron débita ces mots :

– Bienvenue à vous chers-lecteurs-pardonnez-moi-ce-fait-mais-je-ne-vous-dirai-pas-le-nom-de-mon-entreprise.

Le jour suivant, le premier mai, j’ai célébré ma première fête du travail (Qui l’aurait cru? Lol !).

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Cet article a été écrit par Ange le paradisiaque

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Comments (3)

  • valdo 16 octobre 2013 à 16 h 48 min

    lol. j ai kiffe*. mort de rire ou presque. Merci pour ce delire* et bravo a 225nouvelles pour cette nouvelle rubrique.

     Reply
  • Marshall Kissy
    Marshall K. 22 octobre 2013 à 17 h 17 min

    Merci de faire naitre, par le biais de ton texte, cette nouvelle rubrique. On espère suivre…

     Reply

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