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Hortense Djodjome Sel

MES LARMES POUR MA SOEUR

avril 27, 2013 10:25 Publié par
J’ai rencontré Andréa Abié un matin de la rentrée scolaire 1996-1997. Nous entamions la classe de seconde A au lycée « racines » de Divo , ville située à 200 km d’Abidjan. Autant le dire , cette nouvelle venue , belle ,éloquente et sûre d’elle m’a tout de suite agacée . À cette époque , Princia Dadié et moi étions inséparables et Andréa me tapait d’avantage sur les nerfs chaque fois qu’elle venait plaisanter avec « ma  » meilleure amie tout en m’ignorant . Elle avait dû flairer que je ne l’aimais pas beaucoup , intuition féminine sans doute . Un matin de décembre, Andréa Abié arriva en classe particulièrement coquette avec un chemisier blanc qui sortait de l’ordinaire, tant par la légèreté de sa matière , que par la délicatesse de la fine broderie la ornant au niveau du col et des manches . Pendant que presque toute la classe complimentait miss Abié pour son élégance du jour , je la regardait de travers en faisant remarquer à ma voisine Princia que sa « copine  » se permettait de venir à l’école dans le genre de chemisier qui nous étaient interdits , pour la simple raison que mademoiselle était la nièce du surveillant général . j’insistai sur le fait que c’était honteux de la part de monsieur Honoré Agbadou de laisser sa propre nièce se pavaner dans l’école dans le style de vêtements pour lesquels il nous traquait à longueur d’année . Pendant que je parlais ,je levai la tête car je sentis un regard fixé sur moi . Andréa se tenait debout au dessus de moi . elle me regarda droit dans les yeux et me lança au visage la phrase suivante : –  » eh ! toi -là , si tu as des choses à me dire , viens me les dire en face au lieu de rester là à murmurer dans ta barbe !  » . Telle était Andrea , franche et directe . « pour qui se prend cette fille?  » me suis-je interrogée interieurement . Je répliquai alors en martelant un  » je ne t’ai pas adressé la parole « . Cela en ajouta à sa colère , elle était toute énervée mais avant qu’elle ne puisse réagir , Princia intervint pour la calmer et s’excuser à ma place . Décidément ! quelle traitre cette Princia ! Après cet incident , notre amie commune usa de beaucoup de diplomatie a telle enseigne qu’un trio se forma rapidement . Mais attention ! Ce n’était pas toujours facile et je me souviens par exemple qu’un après midi , alors que nous rentrions à la maison, Andrea se moquait de moi pour je ne sais plus quelle énième raison . Mais , au lieu de rigoler avec mes amies , je piquai une colère au point de jeter mon sac d’école par terre tout en l’invitant à se battre . Ah l’adolescence ! Par la suite, J’ai appris à la connaître réellement et a l’aimer sincèrement . Jai découvert une fille intelligente , drôle qui savait rire de tout y compris d’elle même ! Andréa était simple et s’adaptait à toutes les situations . Une fille aux goûts vestimentaires épatants , je dirai même en avance sur son temps . Andréa Abié était sympathique et généreuse, savait donner de l’amour et de l’affection aux autres . Elle était capable de se sacrifier pour ses amis .Toujours sincère et loyale. Andréa Abié ne passa qu’une seule année avec nous dans cette ville de Divo, mais elle devint au fil des années , une grande amie pour princia et moi . Nous ne rations pas une seule occasion de nous voir à Abidjan pendant les congés scolaires et les grandes vacances. Comment oublier son adolescence ? En 2001, j’ai passé 7 mois dans la famille de Andréa à Bouaké ou j’avais été orientée comme étudiante en droit à l’université , après mon baccalauréat obtenu en 2000 . Le temps pour moi d’être admise en résidence universitaire , j’ai découvert que cette fille était adorable parce quelle venait d’une famille formidable . J’ai été accueillie dans cette famille pendant que ma copine elle- même se trouvait à Abidjan pour ses études de comptabilité et gestion . Dans cette caserne de la gendarmerie nationale , Je me suis fait une deuxième famille pour la vie . Chez les Abié , Jetais traitée comme une princesse . Son père le commandant de brigade Abié faustin était fier de moi , sa mère me gâtait avec des plats délicieux et j’ai reçu l’ affection de ses 5 frères et soeurs . Je devint ainsi Tata  » tense  » pour Carla la fille d’ Andréa âgée de 2 ans qui vivait avec nous . Je me sens jusqu’aujourd’hui fille de cette famille . Par ailleurs , Andrea avait aussi été adoptée par ma famille . Je lui fit découvrir FRESCO mon village qui était en fait une petite ville balnéaire du sud ouest de la cote d’ivoire . nous nous sommes aussi rendues en diverses occasions à ZEBIZEKOU dans le departement de GAGNOA d’où étaient originaires son père et sa mère . En mai 2005 ,j ‘etais en maîtrise de droit à l’université de bouaké délocalisée à Abidjan en raison de la crise politique . je vivais à la cité rouge de cocody une résidence universitaire . Un matin ,je révisais mes cours , lorsque celle que j’appelais désormais Tina , parce que c’était ainsi qu’on appelait en famille , passa m’informer qu’elle rentrait chez ses parents à l’intérieur du pays se reposer et se soigner parce quelle était souffrante depuis quelques temps . Environs 2 semaines après son départ , sa mère m’appela un matin pour me dire que la santé de ma sœur ne s’améliorait pas mais que celle-ci désirait me voir , me parler . Dès le lendemain , je mis le cap sur Lakota ville où son père était désormais en fonction et où Andréa était hospitalisée . Le car de la compagnie KS que jai emprunté ce jour- là était a l’arrêt au barrage de Elibou sur l’autoroute du nord quand mon téléphone se mît à crépiter . C’était Franck son petit frère . Il était en pleurs …. – » Horty , Tina vient de mourir  » m’annonça t’il sans ménagement a l’autre bout du fil . Aussitôt , sans me préoccuper des autres passagers du véhicule qui tentaient de comprendre ce que j’avais , je me suis mise a crier et à pleurer à chaudes larmes . » – » Ma sœur viens de mourir  » ai -je fini par articuler entre deux sanglots . Je ne pus répondre aux  » etait elle malade  » ?  » Est – ce un accident ?  » qui fusaient de toutes parts . Pendant que chacun tentait de me dire un mot de compassion , je n’entendant plus rien ….je ne voyais plus rien …. Le chagrin m’aveuglait et me rendait sourde . Je vis défiler sous les yeux tous nos moments d’amitié . mon Dieu ! Carla sa fille de 6 ans venait de perdre sa mère … Le 18 juin 2005 à cinq heures du matin, j’ai assisté impuissante à la mise en terre de ma copine . Il faisait encore nuit . Selon les informations reçues , c’était une exigence de la coutume bété qui voulait que le premier enfant d’une famille à quitter ses frères et soeurs soit enterré avant le lever du jour, histoire de conjurer le mauvais sort . j’ai détesté cette coutume car un enterrement était triste en soi , mais le noir en rajoutait au chagrin et au sentiment de solitude de ceux qui restent . On a dû éclairer le cimetière municipal de Zebizekou à l’aide des phares de voitures présentes . Dire que c’était l’anniversaire de sa petite sœur Marina ce matin là ! J’étais dévastée par la douleur et l’incompréhension . La mort d’Andréa a brisé quelque chose en moi et la mort par noyade de mon propre père le 29 novembre de cette même année n’a rien arrangé . …. Repose en paix ABIÉ CHRISTIANE ANDRÉA EDITH . 7 ans après ton départ , ton souvenir reste vivant dans nos cœurs et dans nos mémoires . Je suis fière que toute ta famille ait reporté sur tes copines et plus particulièrement sur moi , une grande partie de l’amour qu’elle te portait . J’espère en rester digne toute ma vie … Madré ta mère verse souvent des larmes en me voyant et cela me bouleverse profondément . Sache que j’ai recherché dans mes relations amicales avec des filles tes qualités et surtout ta sincérité mais j’ai souvent été désillusionnée ! Repose en paix Tina.
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Cet article a été écrit par Hortense Djodjome Sel

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Comments (13)

  • Sadjee 27 avril 2013 à 10 h 48 min

    Je pleure avec toi,ta sœur…c’est un bel hommage que tu lui rends là…que dire?Ce texte me bouleverse. Bienvenue Hortense, j’espère qu’avec le temps, son souvenir t’apportera plus de joie que de tristesse…j’espère que tu resteras parmi nous, tu as une belle plume.

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  • SAS
    sas 27 avril 2013 à 11 h 30 min

    Ce post me transit de douleur et de tristesse. Beaucoup de courage à son auteur(e), j’espère que coucher cette histoire sur du papier pourra amoindrir ses peines, parce que la littérature donc les lettres est parfois une excellente thérapie pour témoigner donc évacuer. Nonobstant le dernier paragraphe du texte, fasse Dieu l’auteur puisse avoir une ou des amies, non de celles qui pourront remplacer l’être éploré-parce que certains êtres ne se remplacent guère- mais de celles qui pourront encore lui faire vivre une amitié peuplée de gaies émotions… Merci

    Faudrait-il rappeler qu’au delà de l’émotif, à mon sens ce texte est littérairement intéressant, la plume de l’auteur(e) aussi. Au premières heures, la méfiance, les incompréhensions et autres accès mesquins qui caractérisent souvent les futures grandes amitiés. Les digues disparaissent par la suite et l’amitié naît, puis  »l’inévitable déchirure » -cette fois ci hélas trop et trop tôt et trop brusque- Merci!

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  • Licka choops 27 avril 2013 à 20 h 54 min

    j’ai vu le titre en brouillon et j’ai su que derrière il y’avait une histoire poignante. Merci de l’avoir partagé avec nous. Houm a te lire je pense a tant de chose! merci beaucoup ! comme le dit sadjee espérons qu’un jour son souvenir sera mon triste pour toi, il ne sera jamais une joie certe mais une force et une alimentation pour ta plume et reste avec nous Hortense.

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  • Cyrille Gourene 28 avril 2013 à 16 h 01 min

    Très beau texte a toi. Hortence

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  • Hortense Djodjomé Sel 1 mai 2013 à 15 h 50 min

    Merci a tous !

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  • doblé 3 mai 2013 à 17 h 51 min

    c’est très triste ce que tu as vécu très chère,perdre une amie qui étais comme une soeur, ça déchire le coeur, que son souvenir soit comme une inspiration pour toi afin de pouvoir avancer et réussir en tout, car c’est ce qu’elle aurais souhaité!

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  • Anouk Logon 7 juin 2013 à 15 h 45 min

    Histoire bouleversante. Tres belle plume de l’auteur. Continue sur cette lignee

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  • Kouadio Evariste N'guessan 7 juin 2013 à 16 h 01 min

    Histoire très touchante et bien racontée. Une très belle plume digne des plus grands auteurs BRAVO!!!! l’artiste et bonne continuation.

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  • Fatim Tembely
    Fatim Tembely 9 juin 2013 à 19 h 20 min

    C’est tellement touchant..J’en ai eu les larmes aux yeux. On ressent ta douleur et l’on a egalement a travers ton texte une pensee pour tous nos chers perdus.Qu’elle repose en paix.

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  • Ghislain Dagan 25 octobre 2013 à 10 h 37 min

    C’est super comme tu sais ecrire, ton livre sera un success je paris!

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  • Sandrine koffi 25 octobre 2013 à 11 h 29 min

    Derrière ta dleur ma fille,g suis sans mot dvt une si belle plume…ça me rappelle un peu les frasques d’Ebinto

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  • gahélia 26 octobre 2013 à 18 h 28 min

    j’ai deja entendu cette histoire qui m’a été raconté par toi hortense, t’en souviens tu ? mais ce jour là, biensur que c’etait triste, mais je crois qu’aujourd’hui je comprends que ANDREA est vraiment une soeur pour toi. et je suis desolée pour cette douleur, cette tristesse que tu ressens encore….. but, dis toi que LIFE GOES ON et DIEU sait pourquoi il l’a rapélée pres de lui si tot. courage ma grande soeur !!!!!!

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