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Guy Erwin

Le testament

octobre 23, 2014 11:10 Publié par

La journée débutait assez bien pour Ismaël. Du haut de son duplex, il regardait le paysage et le trafic qui s’y passait. Cela faisait un bon moment qu’il attendait ce jour qui était pour lui  » le début du commencement  » comme il aimait si bien le dire.

« Ce vieux fou est enfin mort », telle était la phrase qu’il répétait depuis que le soleil avait pointé le bout de son nez. Sa vie prendrait désormais une autre tournure. Il ne serait plus cette personne amorphe, ce moins que rien dont tout le monde se moquait du fait de la crainte révérencielle qui le rongeait depuis son enfance. Il deviendrait ‘’Ismaël le grand’’, une personne digne et respectée de tous. Une personne qui obtiendrait ce qu’elle voudrait rien qu’en claquant les doigts. Il aurait un pouvoir absolu sur tout ce qui est quérable sur cette terre.

Du haut de son duplex, Ismaël ne faisait que rêver à la fortune qu’il devait amasser dans une trentaine de minute et à la gloire que cela lui procurerait.

Son père était très riche. Un homme puissant et connu de tous. Il possédait une dizaine d’entreprises à travers le monde qui lui rapportait d’énormes profits qu’il réinvestissait dans d’autres secteurs d’activités rentables.

 Ismaël n’aimait pas vraiment son père, il le méprisait car celui-ci, en plus de le battre, était tellement submergé par son travail qu’il n’avait jamais assez de temps pour sa famille, particulièrement pour lui, son fils unique. Ce dernier n’ayant pas bénéficié de l’attention de son père, sombra dans la délinquance et finit par arrêter les études.

Ismaël continuait de cogiter du haut de son duplex. Il regrettait ses mauvais choix dans la vie et en subissait maintenant les conséquences. Son père avait voulu faire de lui un ingénieur mais sans succès. Il se débrouillait en faisant des petits boulots par ci et par là. La vie n’a pas toujours été facile pour lui, depuis son départ de la maison suite à une violente dispute entre son père et lui. Il avait été mis à la porte au motif de son refus de finir ses études comme le voulait son père. Cela faisait maintenant dix ans que Ismaël vivait à ses propres dépends. Sans nouvelles de son père car, fier comme il était, il refusait de s’agenouiller sur l’hôtel de la dignité et présenter ses excuses. Mais cela allait changer maintenant car ce vieux fou était enfin mort. Etant fils unique, il allait pouvoir hériter des biens de son père et vivre comme il l’a toujours rêvé.

Il attendait maintenant les avocats de son père qui devaient lui faire la lecture du testament et entamer la procédure afin qu’il puisse entrer en possession de ses biens.

Rien qu’à y penser, il en perdait la tête. Il devenait de plus en plus hystérique chaque minute qui passait. Il regardait sa montre qui indiquait treize heures et trente et une minutes.

– Le temps avance à reculons ou quoi ? se demandait-il.

 Les avocats devaient arriver à quatorze heures et lui, commençait déjà à perdre patience.

Il décida de jouer de la musique, histoire de faire passer le temps. Mais rien à faire, c’était comme si le temps était soudain suspendu. Il essaya de prendre son mal en patience, augmenta le volume de la musique puis se mit à tourner en rond dans la pièce. Il avait comme une brûlure à la poitrine, comme une sensation de manquer de quelque chose. Une sensation d’impatience qui le mena dans un tourbillon de réflexions parsemé de plusieurs idées disparates. Les idées le submergeaient à tel point qu’il prit un siège et s’assit.

Il était tourmenté, déçu de lui et regrettait ses actes. Il était rongé par la culpabilité et s’en voulait de ne pas s’être réconcilier avec son père avant sa mort. Il aurait dû lui présenter ses excuses quand il le pouvait. Cela lui aurait au moins évité l’enfer dans lequel il s’était fourré. La culpabilité le tourmentait et il espérait retourner en arrière et effacer ses actes, mais rien à faire. Rien ne justifiait ce qu’il avait fait. C’était son père et il lui devait respect et admiration. Il essaya de se rassurer en se disant que c’était pour la bonne cause car la nécessité l’y avait contraint. Mais au plus profond de lui, il savait qu’il n’avait pas d’excuses et qu’il devrait payer tôt ou tard.

Le tourment dont Ismaël était victime fit passer le temps si vite qu’il en oublia la visite des avocats. Il fut rapidement ramené à la réalité par une sonnerie. Il regarda sa montre qui indiquait quatorze heures et dix minutes.

– ça doit être les avocats !!! marmonna-t-il en se dirigeant vers la porte d’entrée.

 Il fut surpris, de voir deux hommes très bien habillés et dotés d’une verticalité extraordinaire. C’étaient les avocats de son père.  Il les invita à entrer au salon.

Sans plus tarder, Ismaël étala ses ambitions équestres et demanda à combien s’élevait le montant de l’héritage. Les deux hommes surpris n’eurent point le temps de donner l’objet de leur visite tellement pris de vitesse par Ismaël qui semblait être frappé d’une diarrhée verbale les menant dans un débat unilatéral. Ils écoutèrent le jeune homme pendant une trentaine de minute. L’un d’eux se raclât la gorge puis interrompit Ismaël. Il lui lu le testament de son père et lui fit l’inventaire des biens qui s’élevaient à une cinquantaine de millions.

Ismaël cessa d’écouter après l’évocation de la somme ‘’cinquantaine de millions’’. Il ressentit une joie interne qui vint couvrir la culpabilité qu’il ressentait.

Hélas, cette joie fut de courte durée. Le deuxième avocat prit à son tour la parole et fit part à Ismaël de l’état financier des entreprises de son père. En effet, ce dernier étant endetté et n’ayant pas les ressources nécessaires pour couvrir ses dettes, se voyait contraint de vendre ses biens immobiliers afin de couvrir la totalité de ses dettes qui s’élevait à cinquante cinq millions de franc CFA. Les biens ayant été liquidés, il ne restait plus rien à hériter.

Les deux hommes après avoir compati à la douleur d’Ismaël lui firent des condoléances et prirent congé de lui.

Ismaël resta assis sur son siège, la bouche ouverte, regardant les avocats s’en aller. La culpabilité qui le rongeait rejaillit soudain et il se mit à pleurer. Il était coupable, oui coupable ! Il s’était conduit lui même à sa perte. Rien n’avait changé et rien ne changerait.

Il l’avait fait pour de l’argent mais au final il sortait sans aucun sous. Il ne se serait jamais cru capable d’un tel acte et se demandait ce qui avait bien pu lui passer par la tête. L’agent ? Oui mais ce n’était qu’une infime partie de sa motivation puisqu’il en avait besoin, la haine ? Oui, c’était ça sa motivation. Il haïssait, méprisait, détestait son père. Même s’il savait que son acte était impardonnable, Il s’était rassuré en se disant qu’hériter de l’argent de son père atténuerait un temps soit peu la culpabilité qui le rongeait. Hélas non, cette culpabilité l’anéantissait et s’était empiré lorsqu’il avait su qu’il n’hériterait d’aucun sous.

 Ismaël ne savait plus quoi faire. Il décida de s’enfuir très loin d’ici et refaire sa vie. Il prit un sac, quelques vêtements et se dirigea à la hâte vers la porte. Il fut brusquement  rabroué par des hommes en tenue bleu qui lui mirent des menottes et l’embarquèrent dans leur voiture à sirène.

Ismaël baissa la tête et se mis à couler des larmes. À cet instant il regrettait de toutes ses forces d’avoir assassiné son père.

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Cet article a été écrit par Guy Erwin

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Comments (2)

  • kevin 23 octobre 2014 à 15 h 12 min

    Pas mal, mais à mon avis, ça aurait été plus intéressant s’il avait été montré dans le texte comment la police a su qu’Ismaël était l’auteur de la mort de son père, l’erreur qu’il a commise et qui a été à la base de son arrestation. En général lorsque quelqu’un commet un tel crime pour une question d’héritage, il prépare bien son coup afin d’éloigner les soupçons. Et dans le cas d’Ismaël en tant que fils unique et seul héritier, il est clair que les soupçons allaient être portés sur lui dans la mort de son père car le mobile est là. Raison de plus pour commettre son crime de sorte à ce que les circonstances le mettent hors de cause jusqu’à ce qu’une enquête permette de le démasquer. A part l’arrestation trop facile à mon sens, la démarche n’est pas mal.

     Reply
  • Guy Erwin
    guy erwin 23 octobre 2014 à 23 h 07 min

    merci kevin mais je n’ai pas jugé necessaire d’y ajouter la demarche qui a conduit au crime de peur de faire un texte trop long…
    j’ai cru juger bon de laisser libre cour au lecteur le choix de la demarche
    merci pour la critique

     Reply

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