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Mary Write

LE TÉLÉPHONE DE LA SAINT VALENTIN

février 14, 2013 3:45 Publié par

Ce 14 février allait être parfait. J’avais tout réglé personnellement dans les moindres détails et méticuleusement mis en place un scénario digne d’un conte de fées. Je n’ai pas l’habitude de jouer la carte du romantisme mais mieux vaut tard que jamais. Mes précédentes éditions de la Saint Valentin se résumaient à un joyeux ‘’I love You baby’’ alors que la télécommande confortablement calée dans le coin de ma main droite, je m’apprêtais à faire défiler les chaines du câble à la recherche du meilleur programme de la soirée. Je suis de la vieille école, plutôt anti conformiste, et je préfère surprendre au quotidien plutôt que me focaliser sur ‘’ce jour’’. Mais ça c’était avant.

365 jours passés dans la solitude de mon appartement m’avaient ouvert les yeux sur ce que je désirais au plus profond de moi-même. Tout était si clair dorénavant que je me demandais souvent à quel point j’avais pu être aveugle et risquer de perdre celle à qui je tenais le plus. Le joyeux moine Saint Valentin avait un nouveau disciple et je tenais à gagner dignement mes lettres de noblesse. S’il avait risqué sa vie pour marier des jeunes gens par le passé, je pouvais bien risquer la mienne et faire le grand saut dès ce soir.

Pour être sûr de ne pas me louper, j’avais pris une journée d’indépendance avec le boulot. Je pouvais me le permettre puisque j’avais créé cette société où je travaillais et qui employait aujourd’hui 18 personnes. Nous avions terminé l’année précédente avec un résultat au-delà de mes espérances, fruit de longues nuits acharnées de boulot pour tenir tous les engagements clients. J’aimais bien la pression quotidienne du bureau mais aujourd’hui je voulais définitivement sortir d’une routine qui finirait par m’asphyxier le cerveau et m’empêcher de profiter de la vraie vie, celle faite de petits plaisirs et d’instants de bonheur partagés. Je m’étais même remis au sport depuis un mois car mon corps aussi bien que mon esprit avait besoin de respirer la pleine forme. Tout devait être parfait.

Les images défilaient machinalement dans ma tête. Maryse. Un an déjà que je n’avais pas revu ton visage. Tant de semaines s’étaient écoulées depuis ce jour où tu étais retournée chez tes parents. 6 mois, 6 longs mois avant que tu ne daignes me répondre au téléphone. Aucune explication. Tu avais eu un choc après le décès de ta mère et tu avais pris tes distances pour faire le point. Découvrir des semaines auparavant que j’avais gardé le contact avec mon ex n’avait pas arrangé les choses.

Le scénario avait été plus difficile à comprendre pour moi. Un vrai coup de massue ce soir-là en rentrant du bureau. Arriver à la maison et découvrir que votre bien aimée a pris la poudre d’escampette avec toutes ses affaires dans la journée, sans un mot, sans une explication. Pourtant, je croyais déjà à cette période que tout était parfait.

Depuis, nous avions multiplié les longues heures de conversation. Maryse avait maintenant son propre appartement. Elle avait trouvé un meilleur boulot et refusait toujours qu’on se revoit parce qu’il lui fallait du temps. Mais je sentais qu’elle redevenait celle que j’avais toujours aimée. Elle m’avoua qu’elle n’arrivait pas à m’oublier et qu’il fallait laisser le temps au temps de guérir nos blessures et nous permettre d’apprendre de nouveau à marcher ensemble. Tout serait bientôt parfait.

De mon côté, j’étais patient. Les jours défilaient et nous redevenions complices, amis, confidents. Quand je lui avais transmis l’invitation pour ce 14 février, un nouveau point de départ pour tout recommencer, se relancer et vivre à nouveau ensemble, elle n’avait pas hésité à accepter l’invitation. J’avais envoyé par la suite une carte, un de ces petits jeux que nous partagions par le passé. Dessus, j’avais posé ces mots sur le papier : Pour une fleur, qui se fanera ce 14 février pour devenir une fée. Je tenais à ce que tout soit parfait.

Ce soir du 14 février, je me suis assis à la table de ce somptueux espace que j’avais réservé uniquement pour nous deux. J’avais commis Corinne, une amie décoratrice, à la tâche pour le décorer et le revêtir de rouge, de rose et de blanc. Elle avait fait un travail magique et je m’émerveillais devant l’ambiance câline qui se dégageait des lieux. Des bougies partout, des fleurs aussi. J’étais déjà conquis et j’espérais que Maryse le serait aussi. L’orchestre Yakomin que j’avais réservé pour la soirée distillait cette musique envoûtante à mi-chemin entre le modernisme et la tradition. En cuisine aussi, on s’affairait parce que j’avais composé un menu très spécial, une sorte de tour du monde culinaire, un vrai foodporn. Corinne mon amie décoratrice m’avait trouvé fou et amoureux. Etre aussi exigeant et dépensier pour une seule soirée. Elle trouvait que la magie aurait eu le même effet si j’avais tout organisé dans ma maison. Mais je voulais sortir le grand jeu, pas pour tenter d’impressionner Maryse, mais pour lui démontrer que cette fois j’étais prêt à tout pour ne plus la perdre, la rassurer, l’aimer. Tout était parfait. Plus que quelques minutes avant l’arrivée de Maryse, pour que l’alchimie soit complète et que la soirée démarre effectivement.

L’orchestre venait juste d’entamer une reprise version balafon du titre Xaflaka de Ray Lema sur son album Paradox quand la sonnerie de mon téléphone me sortit de mes rêveries. Je reconnus immédiatement le numéro. C’était celui de Karine, la sœur ainée de Maryse. Mon DIEU, que lui était-il arrivé ? J’eus toutes les peines du monde à presser le bouton vert tant mon cœur battait déjà la chamade. La voix enjouée de Karine me rassura immédiatement et apaisa mes craintes :

Comment vas-tu mon beau ? C’est la nouvelle tantie Karine. Ta femme est avec moi ici. On est à l’hôpital avec ton rival où elle vient de donner naissance à l’instant à un gros garçon. Maryse tenait absolument à ce que tu sois le premier informé vu l’affection qu’elle te porte et tout ce que vous avez vécu ensemble. J’espère que tu vas vite passer nous déposer les cartons de savon et le nounours du bébé ? On ne veut pas les savons kabakrou là hein, tu vois la nouvelle publicité, celle avec beaucoup de jolies filles ? On veut le même savon. Et tu n’oublies pas, nous on est modernes, Rajoute des tablettes pour la machine à laver. Allo Allo Allo, tu es la mon beau ? Hum affaire de réseau, tu vas venir gâcher une soirée parfaite comme ça.

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Cet article a été écrit par Mary Write

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Comments (6)

  • ANGELE KOUAME 14 février 2013 à 16 h 25 min

    JE SUIS EMUE POUR CE FAMEUX TEXTE ET SUIS RESTEE SUR MA FAIM. QUELLE SERA LA REACTION DE CE MONSIEUR APRES CE APPEL RECU?
    MILLE FOIS MERCI DE NOUS AVOIR FAIT REVE.BONNE CONTUNUATION

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  • Licka choops 14 février 2013 à 19 h 10 min

    angele a raison on reste sur notre fin j’aurai plein de choses a dire mais bon je me limiterais a dire que c’est bien pensé

     Reply
  • Sadjee 15 février 2013 à 7 h 54 min

    Excellent, la fin m’a fait bien rire, et tu ouvres la voie à l’imagination: J’aime beaucoup le style limpide,l’humour, et si je n’avais vu le nom de l’auteur, j’aurais pensé que l’histoire était de quelqu’un d’autre.Bienvenue, et impatiente de te relire!

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  • Heidi 15 février 2013 à 23 h 57 min

    Lol…J’adore la dernière phrase!

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  • Marilyne 19 février 2013 à 10 h 10 min

    … j’ai eu mal pour lui

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  • tester 19 août 2013 à 19 h 56 min

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