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Marc-Henri Ettien

LE RITE DE L’ANNEAU (2)

septembre 12, 2012 1:00 Publié par

Du jour au lendemain, plus rien ne l’aguichait chez une femme. L’incursion dans le monde de l’homosexualité avait, pensait-elle, été stimulée par des romances hétérogènes sans relief.

-Les hommes et les femmes ne peuvent que se décevoir. Différents, pluriels, ils sont gauches les-uns envers les autres. Qui, mieux qu’une femme, peut pleinement cerner, anticiper et combler les besoins affectifs d’une autre femme ? Et qui mieux qu’un homme pourrait comprendre un autre ?

Serge l’avait regardé avec répulsion.

-Arrête un peu  ton délire ! L’amour justement se nourrit de contraires. D’ailleurs, pour qu’un couple d’homos fonctionne, il faut apparemment qu’un des deux hommes simule le rôle de la femme. La femme est incontournable !

-Oui mais, tu sais  aussi jusqu’où une femme peut  frustrer un homme !

« Frustrer un homme ». Carole avait pu lui répondre ainsi parce que Serge lui avait avoué –  à mots à peine couverts –  son insatisfaction. Elle s’était  résolument engouffrée dans la brèche :

-Je ne peux jamais me refuser à un homme que j’aime. Jamais.

*    *   *

Plus tard, sur un lit de malade, à l’article de la mort, Serge devait tout avouer à Sophie. Elle était restée de marbre. Impassible. Le mal dont il souffrait évoquait une affection pulmonaire. Mais rien des prélèvements effectués n’avait laissé apparaître la moindre trace d’agent pathogène. Les symptômes – fièvre au long cours, toux, amaigrissement, sueurs nocturnes – avaient conduit à  la prescription d’une radiographie du thorax. L’image avait effectivement révélé des atteintes, mais les diverses  méthodes de diagnostic mises à contribution, examen direct d’échantillon d’expectoration, test de sensibilité aux antibiotiques,  n’avaient laissé paraître le moindre microbe.  Contre ce mal inconnu au bataillon, le médecin avait tenté, à l’aveuglette,  un traitement à la rifampicine. Signes encourageants les premières semaines et patatras !  L’adversaire  flou, avait frappé, sec. Serge,  lucide, avait bien perçu l’embarras du médecin,  par-delà les assurances, toutes convenues, qu’il tentait de donner.

Par un effort surhumain,  il le répéta  à Sophie :

-«  nous sommes sortis ensemble, je te prie de me pardonner ».

Serge  poursuivit, stoïque, la confession.

-Ça s’est passé, il y a trois ans. Quand elle était de passage, chez nous. Je n’ai pu résister. Je te demande pardon.

Une quinte s’échappa de la gorge desséchée du malade. Elle prit, pour la première fois, la parole.

– Combien de fois ?

– Une fois, une seule fois, je t’assure !

-Et comment ça s’est fait ?

Il ferma les yeux.

-Comment ? … Elle ne t’a rien demandé avant ? », reprit-elle.

Serge faisait peine à voir, exsangue, sous ses draps immaculés. Sophie détourna le regard. Le tremblotement de ses mains la bouleversait.

 -Elle te l’a dit ? Carole t’a tout dit ?

Sophie fit non de la tête, puis posa calmement sa question :

-Est-ce que cette nuit là, Carole a demandé  ton annulaire ?

Il ne répondit pas. Ils éclatèrent en sanglot. Sophie connaissait bien le rite de l’annulaire. Une vieille pratique par laquelle leurs mères avaient jadis fait d’illustres victimes.

 *    *   *

Il s’était exclamé, avait juré. La proposition lui avait semblé baroque.  La jeune fille riait aux éclats, rayonnant d’une clarté énigmatique. Mais à ce stade, Serge  n’était déjà plus maître de lui-même. Dans cette chambre d’hôtel  aux murs lambrissés, il avait déjà revêtu, à quelque chose près, l’uniforme des heures du bois d’Eden. Carole, elle avait conservé un dernier rempart. Triangle inversé au delta  de l’enfer somatique. Elle lui  avait fait ordre de s’agenouiller, s’était tenue, triomphale, face à lui. Elle avait ensuite retiré calmement, lentement, lestement, le dernier bastion de civilité.  Puis lui avait soufflé de s’investir en elle, de l’annulaire gauche. Il avait alors  souhaité, naïf, retirer son alliance avant.

-Ça peut te faire mal…

Elle l’avait interrompu, net :

-Ah non, surtout pas ! Ça fait partie du jeu.

Il s’était exécuté, excité par l’originalité de ce qui lui  avait semblé être un divertissement érotique. Mais elle ne jouait pas, elle officiait.  C’était le  rite de l’anneau.

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Cet article a été écrit par Marc-Henri Ettien

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Comments (10)

  • Shannen Rimphrey
    Sanogo Raissa 12 septembre 2012 à 15 h 39 min

    Waouh! j’espère bien qu’il y’aura une troisième partie car le rite de l’anneau me laisse un peu perplexe!
    Très beau texte que j’apprécie même si je le trouve parfois entrecoupé, haché!

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  • Mivek DK 12 septembre 2012 à 15 h 39 min

    Un peu trop flou pour moi. Quel est le but du rite, parce que tu peux pas nous laisser comme ça, sans explications!! si????

     Reply
  • josya kangah 13 septembre 2012 à 9 h 35 min

    un goût d’inachevé à mon avis. trop de questions sans réponses.

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  • kouahoun koffi 14 septembre 2012 à 15 h 09 min

    il faut que tu nous livres la suite.

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  • Precious 18 septembre 2012 à 17 h 34 min

    La suite stp

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    • Marc-Henri Ettien
      Marc-Henri Ettien 18 septembre 2012 à 19 h 59 min

      Precious, la suite vous la voulez pour quand ? lol

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      • Marc-Henri Ettien
        Marc-Henri Ettien 19 septembre 2012 à 11 h 24 min

        Eh bien Mivek, Josya, Kohoun et precious la suite je vous l’offre en 3 autres épisodes ! ne décrochez pas !

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  • Mivek DK 19 septembre 2012 à 15 h 57 min

    on attend les épisodes donc. en tout cas, belle plume.

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  • Yah Damou 22 septembre 2012 à 10 h 14 min

    moi j’aime bien, s’il nous dit tout maintenant ça sert plus à rien de lire. mon frère bravo, belle plume, persévère!

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  • Licka choops 23 février 2013 à 12 h 04 min

    j’ai bien aimé cette deuxième partie sous toutes ses formes, j’aime ton style tu en dit peu mais exprime beaucoup! je passe à l’épisode suivant

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