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Josya Kangah

Le dernier rêve…

février 27, 2015 11:39 Publié par

Steven était sur son 31 comme on le dit. Il ne voulait pas rater cette occasion en or que lui offrait la vie. Il ne demandait que ça depuis si longtemps.

Quand son téléphone sonna et qu’à l’autre bout du fil une charmante voix lui fixa un rendez-vous pour le lendemain à 10h pour un entretien dans cette entreprise, il n’en crut pas ses oreilles.

Steven Konan avait décroché avec brio son diplôme de fin d’études dix ans plus tôt. Major de sa promotion,  ses professeurs voyaient en lui une perle qui n’aurait pas tardé à trouver un emploi. Hélas, d’années en années, il voyait ses espoirs s’envoler alors que  »M. Succès »  ne se faisait aucune peine pour poser ses valises chez tous ses condisciples d’autrefois. Alors ce soir là, quand il raccrocha, il prit un stylo et une feuille et se mit à préparer cet « entretien de la dernière chance ». Avec une minutie de maître Shaolin, le jeune trentenaire révisa chaque point de son dossier qu’il allait défendre le lendemain. Il avait l’habitude des entretiens et avait appris au fil de ses nombreuses tentatives à anticiper sur les questions des employeurs. Quand il s’estima fin prêt, un large sourire illumina son visage et il se mit à rêver.

Le lendemain donc comme convenu, après avoir vérifié que tous ses dossiers étaient  complets, il se mit en route. Il était sur le point de sonner à la porte de Josy’Art International Prod Agency quand une voix familière à sa conscience tourmentée l’interpella.

« Steven, Steven, réveille-toi. Il est 8 heures et tu dors encore ! Fainéant va ! Tu ferais mieux de sortir te chercher du travail au lieu de polluer l’air des gens ! tchiiiiip ».

Steven venait de comprendre qu’il était plongé dans un rêve et sa petite sœur chez laquelle il avait trouvé refuge venait ainsi de l’en extirper.

Il poussa un long soupir et maudit ce moment. Il s’en voulait de ne pas pouvoir travailler, ne pas pouvoir prendre en charge sa famille. Il était triste pour sa sœur Ariane qu’il voyait trimer chaque jour à vendre des beignets pour nourrir son époux, ses 5 enfants et lui-même son grand frère Steven.

Elle faisait tant qu’il aurait voulu que son rêve soit réalité pour tirer sa sœur de ce « Sicobois » insalubre.

Steven s’en voulait. Il s’en voulait d’être celui pour lequel son père avait refusé de scolariser ses deux sœurs. Il s’en voulait de ne pas être à la hauteur de tous les sacrifices consentis par ces dernières pour que lui, réussisse et prenne en charge la grande famille. Il s’en voulait d’avoir vu Sarah mourir parce qu’ils n’avaient pu réunir les 5.000f que réclamait l’infirmier du CHU dont on disait pourtant les soins gratuits. Il s’en voulait de voir Ariane, sa petite soeur, accepter de se marier avec ce goujat qui ne la méritait pas, parce que lui, Steven, était incapable de trouver du travail malgré ses « gros » diplômes.

Plongé dans ses réflexions, il n’entendit pas sonner l’objet aux allures de relique qui lui servait de téléphone. Une fois de plus, Ariane, d’une voix qui transpirait l’exaspération attira son attention sur l’objet qui grimait encore.

Quand il se résolut à décrocher, une voix fluette lui annonça qu’il avait rendez-vous le jour même à Littéraction, une organisation internationale qui œuvrait pour la vulgarisation de la littérature et qui avait des bureaux dans le monde entier. Il s’y rendit avec beaucoup d’espoir car il avait foi en ses aptitudes et était prêt à défendre son dossier. A son arrivée, une femme très courtoise l’installa, l’informa de la durée de son attente puis quand arriva le moment fatidique, elle le dirigea vers le bureau où l’attendaient les membres du comité de direction.

Steven venait de réussir avec brio tous les tests auxquels il avait été soumis. Il était arrivé comme un chômeur déprimé par dix ans de galère, il ressortait avec le poste d’assistant manager pays avec la perspective de reprendre le poste de son patron qui, lui, était promu au poste de manager régional. Il allait enfin sortir Ariane et sa famille de cet endroit malfamé, refaire la tombe de Sarah et lui offrir une sépulture digne de ce nom.

Il en était là lorsque le bruit de son téléphone le sorti de cet autre rêve. Il se vit encore dans cette pièce insalubre où il vivait avec Ariane, sa sœur et sa famille. Une grande tristesse l’envahit. Steven en avait marre de toujours rêver de cet emploi qui semblait le narguer depuis dix ans ; dix ans de peine, de galère, de souffrance. 35 ans, pas de femme, zéro enfant, aucune perspective d’avenir. Chaque jour il rêvait. Il rêvait toujours plus. Il n’en pouvait plus.

Ce jour là il en eût marre ! Il se leva, se dressa fièrement et dit « Moi, Steven KONAN, je vais réussir aujourd’hui.»

Il alla se préparer puis quand il fut prêt, entreprit de sortir de la maison. Les cris qu’il entendit dehors l’y emmenèrent plus vite que prévu. Un accident venait de se produire sur la voie principale qui traversait le quartier. Une rutilante Mercedes venait de renverser Ariane et trois de ses enfants, les tuant sur le coup.

Un homme en sortit. Il reconnu Steven KONAN, ce brillant jeune homme dont il était en train de feuilleter le dossier quand il perdit le contrôle de son véhicule. Steven avait déposé un dossier dans son entreprise deux jours plus tôt. Convaincu que ce jeune homme avait le profil qui lui correspondait,  Monsieur Kouassi Bilé, PDG de Livresque Entertainment, était au téléphone avec son assistante à qui il demandait de contacter Steven KONAN pour la signature d’un contrat avec effet immédiat quand l’accident arriva.

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Cet article a été écrit par Josya Kangah

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Comments (7)

  • MONSIEUR PØCKPÄ 27 février 2015 à 14 h 06 min

    J’ai lu… et la chute est d’un paradoxe… ah là là !

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  • Myka Diarra Coulibaly 11 mars 2015 à 13 h 41 min

    Manmi je suis très heureuse que tu prend ton temps a écrire et c’est avec enthousiasme que jai commencé a lire et c’est avec une peine que jai fini cette lecture chapo l’artiste si ton oeuvre devrait être étudié dans les écoles je parie que tous coulerons des larmes

     Reply
  • Licka choops 12 mars 2015 à 23 h 44 min

    j’adoreeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee c’est tout ce que j’aime maccabre à souhait poignant là ou il le faut comme il le faut. Bravoooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo

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  • Alanda 7 novembre 2016 à 9 h 03 min

    Chapeau , ton talent brillera

     Reply

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