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Josya Kangah

LE CONTRAT

août 22, 2013 4:01 Publié par
«Tu n’es que le fruit d’un contrat!» Voici les mots qu’ils m’avaient jetés au visage. Maman, tu es partie. Papa, tu n’es plus. Cinq ans après, cette douleur comme un glaive me transperce le cœur et me déchire l’âme. Vous avez vraiment fermé les yeux à jamais. Je suis Marie-Dominique  KAMI, étudiante, 21 ans. Comme vous avez pu le comprendre, j’ai perdu mes parents depuis maintenant cinq ans. A l’époque, j’étais mineure et mes aînés ont fait la promesse de rester unis pour le bonheur de tous et de chacun. Aujourd’hui plus que jamais, je me remémore ce moment douloureux que fut l’enterrement de mes parents. En effet, mes frères et moi avons reçu une visite assez particulière ce jour. Une personne venue gâcher la si belle harmonie dans laquelle nous vivions. Lui : « bonjour, je suis avocat, je viens de la maison d’assurances. Vos défunts parents ont souscrit a une assurance-vie avant leur décès, alors je suis là pour vous faire signer les documents qui vous permettront d’entrer en possession de votre dû.» Sans le vouloir, cet homme frêle, de teint noir d’environ un mètre quatre-vingt, la trentaine, venait de semer en cette si belle famille, la graine de la discorde. Son sang ne fit qu’un tour, Marie-Michèle KAMI, 28 ans, teint noir, 1m82, ma sœur, bondit de son fauteuil pour manifester bruyamment sa désapprobation. « Attendez, monsieur, nous n’allons quand même pas parler de gros sous devant les enfants. Jusqu’ici, mon frère Fabien-Marie et moi avons toujours pris soin de notre petite famille sans que Marie-Dominique n’ait à décider quoi que ce soit et ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer.» « Elle a raison. Marie-Dominique, laisse-nous s’il te plait», ajouta notre grand frère Fabien-Marie, la trentaine révolue. « Non, elle doit rester. Elle est aussi concernée par les documents que je dois vous présenter.» objecta l’avocat. « Ecoutez monsieur, vous n’êtes pas ici pour nous apprendre à gérer notre famille. Alors mêlez vous de ce qui vous regarde. » Conclut Fabien-Marie. «Mais, le monsieur a dit que nous étions tous concernés. Pourquoi voulez-vous que je sorte ? C’est vrai que vous m’avez toujours protégée mais je suis majeure maintenant, et je souhaite être associée aux décisions qui me concernent.» Dis-je «beh voyons, maintenant que « madame » a grandi, elle se croit tout permis. Dois-je te rappeler que tu n’as pas le même statut que Marie-Michèle et moi et que de ce fait tu n’as pas ton mot à dire? Et, au lieu de nous remercier de nous être occupé de toi durant ces cinq dernières années, tu oses te dresser contre nous. Quelle ingratitude !» me jeta Fabien-Marie à la figure. Dieu, que le monde est cruel ! Mes aînés venaient ainsi de me rappeler toutes les méchancetés que j’ai vécues lors de mon enfance. Mes parents voulaient un troisième enfant, ma mère n’y arrivait pas. Ils décidèrent de se rendre dans cet orphelinat. Dès qu’ils me virent, ce fut le coup de foudre. Plus les moqueries étaient intenses, plus mes parents m’aimaient. Je croyais cette époque enterrée. Et voilà que mes propres frères venaient rouvrir cette plaie du passé. Que c’était douloureux ! Plongée dans mes pensées, ma sœur me bouscula et me cria : «Toi, l’adoptée, qui es-tu pour oser parler dans cette famille, tu n’es pas ma sœur. Remercie papa et maman de t’avoir sorti du trou dans lequel tu vivais. Tu n’as rien à nous réclamer. Et retiens une bonne fois pour toutes que tu n’es pas des nôtres. Tu n’es que le fruit d’un contrat » hurla Marie-Michèle. Contrat, ce mot résonnait inlassablement dans ma tête alors que je parcourais la ville presque nue, cheveux ébouriffés,  criant à tous ceux qui rencontraient mon chemin : « Tu veux un fruit ? Contrat, fruit d’un contrat.»  

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Cet article a été écrit par Josya Kangah

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Comments (8)

  • Licka choops 22 août 2013 à 20 h 06 min

    Tchieu une famille de marie, lol belle histoire le fond est bon, mais l’auteur aurait du mieux nous faire vivre cette histoire. Il y’a beaucoup d’émotion logiquement dans ce genre de situation et j’ai pas pu les voir. Bonne continuation

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  • kamso 22 août 2013 à 20 h 19 min

    Très intéressant ce texte.Il est bien écrit.Si c’est un essai,je dirai qu’il est réussi.Bravo Josya.Continue sur cette lancée

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  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 27 août 2013 à 16 h 00 min

    Émotion au rendez-vous. Ce que j’ai aimé par dessus tout c’est la chute de l’histoire qui laisse s’étaler le pan d’un voile qui cache la compréhension de chacun :
    «  »Contrat, ce mot résonnait inlassablement dans ma tête alors que je parcourais la ville presque nue, cheveux ébouriffés, criant à tous ceux qui rencontraient mon chemin :
    « Tu veux un fruit ? Contrat, fruit d’un contrat.» » »

    Tout est dit sans être dit . . .

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  • ( Amir ) Cissé Youssouf 6 septembre 2013 à 7 h 32 min

    Très émouvant comme texte. Tout laisse à croire qu’il est le fruit d’une très grande inspiration. Bravo à toi jeune dame. Je compte sur toi pour desormais etancher ma soif de la litterature, la vraie litterature. Mouac

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  • Josya Kangah
    Josya Kangah 7 septembre 2013 à 22 h 02 min

    Merci à vous tous pour vos commentaire.
    Rendez-vous est pris pour la prochaine histoire.

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  • Josya Kangah
    Josya Kangah 8 septembre 2013 à 15 h 24 min

    Merci à vous tous pour vos commentaires.
    Rendez-vous est pris pour la prochaine histoire.

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  • yanaxelle 9 septembre 2013 à 21 h 40 min

    l’histoire est belle car elle nous fais comprendre que les africains comprennent difficilement et n’acceptent pratiquement pas les orphelins ou les personnes adoptés. l’argent a toujours divisé les familles quelque soit la composition. la dernière phrase laisse croire que la personne adoptée a sombré dans la folie. elle devrait plutôt en sortir forte et réussir sa vie même après ce rejet familial.

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  • MONSIEUR PØCKPÄ 9 novembre 2014 à 12 h 57 min

    Je te découvre enfin… et je suis surpris ! tu as beaucoup de talent

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