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Brook

LE CLASSIQUE…

octobre 13, 2012 6:36 Publié par

Je le regarde esquisser un sourire malaisé qui laisse entrevoir timidement ses dents grillées. Il se gratte bêtement la tête sans rien dire. Moi, les mains aux hanches, le regarde sans expression sur le visage. Je suis indifférente maintenant. Moussa ne me surprend plus. Trois plaquettes d’œufs au lieu des deux que je l’avais envoyé acheter. Et à ma question de savoir en quoi deux pourraient se confondre à trois, ce jeune illettré malgré lui, sourit. Et de la plus vilaine des manières qui soit, comme si son « charme » aurait pu faire passer sa bêtise. C’est mon Boy. A mon service depuis deux ans, j’en suis encore à lui apprendre les ficelles de son propre métier. Qu’il n’ait suivi aucune formation, ne justifie en rien qu’il soit aussi incapable de remplir une fonction aussi banale: Boy. – Je vais finir par renvoyer ce Boy, marmonnai-je en rejoignant Alexandre dans les fauteuils après avoir rangé mon paquet d’œufs en cuisine. – Si tu es convaincue de trouver mieux, ne te gêne pas. Mais je te le déconseille, rétorquait l’homme en tripotant la télécommande. – Pourquoi ? – D’après toi… – Oooh tu sais on peut en trouver de pareil! – Je n’en suis pas sûr mon amour.

Alexandre souriait malicieusement en se levant. Comme il était beau, torse nu, pensai-je. J’adorais me réveiller les matins à ses côtés. Jamais je ne regretterais de l’avoir connu. Il avait apporté avec lui, des couleurs dans ma vie. J’avais pourtant mis longtemps à lui céder. Merci Seigneur d’avoir fait de nos hommes, des êtres aussi persévérants. Je ne serai pas là, aujourd’hui à contempler chaque muscle de son corps, teint noir ébène, luisant sous les rayons du soleil qui pénétraient par la fenêtre de notre salon. Il savait que le voir se pavaner dans la maison avec juste une petite culotte sur lui me rendait folle. Il ne se privait donc pas de me faire cadeau d’un si beau spectacle. J’aurais aimé faire pareil. Mais le poids des quatre grossesses que j’avais supportées ne me rendait pas aussi fière de mon corps. Et pourtant l’homme de ma vie-car c’était bien le cas-prenait un plaisir non caché, à l’explorer de ses doigts délicatement rugueux ces soirs où nos corps se découvraient. En effet avec lui chaque ébat était le lieu d’une découverte. Il m’arrivait de rire en pleurant. Les émotions se confondaient tant je n’arrivais plus à savoir où j’en étais. Mais mon bonheur de lui avoir ouvert mon cœur ne se limitait pas qu’à ses qualités au lit. J’en étais tombée amoureuse pour sa simplicité, son intelligence, son humour et son dynamisme. Déjà à l’université, il faisait partie des meilleurs, s’il n’était pas le major de promotion. Et même après nos études, il se montrait très efficace, de sorte à monter les échelons très vite dans l’entreprise où il avait fait son stage. J’étais en admiration. Mais à l’époque je m’étais déjà amourachée de Oscar, son ami. Ils se ressemblaient beaucoup. Aujourd’hui les choses ont pris leur ordre naturel. Comme on dit à Abidjan « quand c’est pour toi, c’est pour toi ». J’étais donc à Alexandre. – Je t’aime, murmurai-je en le regardant ouvrir les rideaux de la baie vitrée. Il se retourna en souriant. Je tressaillis. Je fondis même. Mesdames, ressentez vous ceci pour votre époux? Cet amour-collège? – Je t’aime aussi Pierrette. Il m’avait entendue. Je me levai et courus presque vers lui, le serrant pas le bassin. J’ai honte de bénir le fait que mes enfants aient tous pris leur indépendance. Mais c’est si bon d’avoir la maison pour nous… – Pierrette! Cria Alexandre.

Je sursautai me retirant de lui.

– Qu’est ce qu’il y a? Sans me répondre, il courut aux escaliers. Je lui reposai ma question en haussant le ton. Je ne comprenais pas ce changement de comportement. Moussa fit irruption dans le salon pendant que Alex montait les escaliers pour rejoindre la chambre. Il ne m’avait pas répondu. – Qu’est-ce que tu fais ici macaque, m’énervai-je. J’étais déjà assez déroutée par l’attitude de mon homme. – Monsieur est arrivé. Sa voiture vient de garer dans le parking de la cité. – Qu’est-ce que tu racontes? Quel Monsieur? – Ton mari Madame! – Mais…Sors! Descends le trouver et décharger ses affaires. Retiens-le le plus longtemps possible! Qu’est-ce que tu attends? Vas-y!

J’étais perdue. Alex avait dû voir la voiture par la baie. Oscar était rentré plus tôt que prévu. Le temps que je puisse réaliser le drame, Alexandre était déjà dans le salon, habillé, prêt à disparaître. – Moussa est descendu au parking le retenir. Va-t-en mon amour. Tout va bien. Après un baiser rapide, il prit la porte non sans lâcher un mot. – Je te l’avais bien dit. On a besoin de Moussa. Je tremblais encore. Je n’en revenais pas. Le lit, les parfums, mon corps…Les traces de Alexandre devaient disparaître. Je courus dans la chambre. Dix minutes plus tard, Oscar était là. Il était parti pour deux semaines. Et une semaine après il est là. Le salaud! Me trouvant dans la chambre, il me sourit avec une tendresse qui m’exaspérait. – Tu m’as manqué mon amour, susurra t-il Je l’étudie du regard quelques secondes. Je force un sourire assez convaincant et lui prend sa valise.

Décidément, celui qui a dit qu’on n’ épouse pas son vrai et grand amour, avait bien raison.

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Comments (7)

  • Tanya Gourenne
    Tanya G 13 octobre 2012 à 20 h 27 min

    J’ai bien aime, La chute etait inattendue et le texte tres divertissant. Au plaisir de te relire.

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  • NOFOU 15 octobre 2012 à 11 h 28 min

    bien écrit, surtout j’aime le  » ai-je » que tu aimes si bien utilisé pour parler de toi, Moussa est bien utile a quelque chose comme tout être humain c’est la morale de l’histoire au delà de tout

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    • Brook
      Brook 15 octobre 2012 à 22 h 29 min

      Merci! le « ai-je »

       Reply
  • Licka choops 23 octobre 2012 à 20 h 04 min

    on n’imagine meme pas ce déroulement super belle histoire bien écrite et encore très belle j’adore bravo

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  • Angie Larson 5 novembre 2012 à 18 h 34 min

    bravo! super texte! vraiment intéressant!

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  • Heidi 20 février 2013 à 21 h 36 min

    « Quel Monsieur?
    – Ton mari Madame! »
    Ah ça, tellement amoureuse qu’elle oublie son existence. D’ailleurs, a t-il existé? Brillant texte, bien ficelé. C’est vrai que c’est un classique…mais si bien raconté que ça en devient original.

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