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Hortense Djodjome Sel

LE CHAGRIN D’AMITIE (2)

octobre 26, 2013 8:30 Publié par

Mirande Adoumey de son côté n’était pas déçue du week-end passé dans les bras virils de son jeune stagiaire car celui-ci se révéla être un amant hors pair.

Dès le lundi matin et contre toute attente, mademoiselle Adoumey prit ses dispositions pour faire muter son amant d’un week-end à l’agence de la Riviera palmeraie, ce qu’elle obtint sans difficulté aucune et en un temps record grâce à ses relations à la direction générale. Elle l’avait éloigné car elle ne voulait plus le croiser. Elle en avait tout simplement fini avec lui. 6 semaines après cette aventure, elle découvrit avec joie qu’elle était enceinte. Cet enfant, elle avait prévu de l’élever seule. Elle était sûre qu’il ne manquerait de rien et qu’ils seraient tous les deux très heureux. Mais au 4e mois de grossesse, lors d’un simple contrôle, elle découvrit le pire. Le fœtus était mort et cela avait entraîné des complications. La suite on la connaissait : elle serait désormais incapable de procréer.

Ce soir, elle se sentait seule au monde et ce n’était pas qu’une impression car seule, elle l’était vraiment ! Si seulement son petit frère Marc Antoine était encore avec elle. Elle se serait réfugiée dans ses bras protecteurs et il aurait eu les mots pour la réconforter comme il le faisait depuis leur enfance. Marc Antoine son unique frère, son cadet de 5 ans, le seul parent biologique qui lui restait après l’abandon du toit familiale par leur père, alors que Mirande n’avait que 5 ans, mais surtout depuis le décès de leur mère il y a dix ans. Marc Antoine l’avait informée il y a quelques mois qu’il la quittait pour vivre seule dans un « deux pièces  » qu’il avait loué et aménagé.

-Mon chéri, lui avait-elle répondu, j’ai conscience que tu es un homme à présent, mais tu as toute ta liberté ici. Tu es avocat depuis seulement 6 mois, tu es jeune et je ne te connais aucune petite amie régulière depuis ta rupture d’avec Alice. Tu peux encore rester avec moi le temps pour toi d’économiser davantage et d’être prêt à fonder une famille …. Pour toute réponse, il l’avait prise dans les bras, l’avait embrassée sur le front avant de lui dire d’une voix calme et rassurante :

– Mon petit cœur – c’est ainsi qu’il appelait souvent son aînée – ne t’inquiète pas, on sera toujours là l’un pour l’autre. Merci pour tout ce que tu fais pour moi. Tu n’auras pas l’impression que je suis parti car je reviendrai tous les jours te taquiner et te faire plein de bisous baveux.

Il avait terminé sa phrase en chatouillant sa sœur ce qui la fit rire en fuyant. Marc Antoine se lança alors à sa poursuite dans tout l’appartement, exactement comme lorsqu’ils étaient des enfants. Le lendemain, en fin d’après-midi, Marc Antoine rangea ses effets dans la BMW série X3 qu’elle lui avait offert le jour de la prestation de serment qui fit de lui un Avocat au barreau d’Abidjan. Elle se mit au balcon de l’appartement situé au 1er étage pour regarder son frère s’éloigner. Mirande était si fière de l’homme qu’il était devenu. Un homme intelligent, tendre, affectueux mais surtout très beau. Marc Antoine était physiquement sa version masculine. Il était beaucoup plus grand qu’elle avec un physique athlétique que rehaussait une face d’ange. Certaines amies et même des collègues de Mirande tentaient souvent de séduire son jeune frère, d’autres la taquinaient à propos des atouts physiques de celui-ci, mais c’est un sujet qui ne la faisait pas rire. Elle devenait menaçante quand il s’agissait de « son bébé ». La seule personne qui était libre d’aller où bon lui semblait avec Marc Antoine et qui avait même accès à sa chambre à toute heure du jour et de la nuit était Livia. Après tout, elle avait été comme leur sœur, du moins c’est ce qu’elle croyait jusqu’à cet après-midi …..

Ce soir, à quelques semaines de son trente troisième anniversaire, tout son univers s’écroulait. Peut-être payait-elle pour tout le mal qu’elle avait fait à tellement de gens, se dit-elle. Avec du recul, et à la lumière des événements de cet après-midi, elle réalisait que la complicité qui l’avait liée à Livia avait quelque chose de malsain, voire de diabolique. Maintenant qu’elle y pensait, Livia avait réussi à la convaincre quelques semaines seulement après leur rencontre de commencer à éviter Laurence et Florence ses copines de longue date. L’argument que Livia lui avait donné était que, elle Mirande était trop belle et trop élégante pour traîner avec des filles ordinaires qui s’étonnaient même que l’on puisse porter sur la tête des mèches de cheveux importées coûtant 300 000 Fcfa.

– Elles sont certes gentilles tes copines et je respecte aussi le fait que votre amitié date du lycée catholique de jeunes filles, mais tu devrais être plus ambitieuse que ça car tu es très belle. Balade-toi dans des endroits chics avec des filles aussi charmantes que toi, cela ouvre plus de portes, lui avait-elle dit avec son plus beau sourire.

A partir de ce jour Livia Memel était devenue sa seule amie proche et son unique conseillère. Mirande avait littéralement bu ses paroles. Elle admirait cette fille si belle mais surtout pleine d’assurance. Elle se souvenait encore comment cette Livia était entrée dans sa modeste vie de l’époque. Livia Memel venait régulièrement voir l’une de ses cousines au campus 2000 à l’université de Cocody dans sa Audi TT décapotable couleur gris métallique. Bien avant qu’elles ne sympathisent, les deux jeunes femmes se croisaient souvent au parking ou dans les escaliers du bâtiment de cette résidence universitaire où Mirande avait aménagé quelques mois après le décès de sa mère. Livia la saluait toujours avec le sourire et la bonne humeur, toujours bien coiffée et vêtue à la dernière mode, ses clés de voiture et un téléphone de dernière génération entre les mains. Malgré sa petite taille, mademoiselle Memel était bien proportionnée et dégageait un charme fou. Elle portait souvent des parfums enivrants qui flottaient encore dans l’air même après son départ du bâtiment. Sa peau très claire était sans aucune imperfection et avait l’air d’être entretenue avec les crèmes les plus coûteuses. Un samedi matin, Livia adressa naturellement la parole à Mirande.

– Bonjour miss, j’aime beaucoup ta coupe de cheveux et j’aimerais me faire la même. Pourrais-tu m’indiquer l’endroit où tu t’es coiffée ou me donner le numéro de téléphone de la coiffeuse ?

– Je suis d’accord, mais c’est difficile à indiquer car le salon est en plein marché de Belleville à Treichville. Il y a plusieurs salons de coiffure et je n’ai pas le numéro de la coiffeuse. Si tu veux, on peut décider ensemble d’un jour où je pourrais t’y accompagner, lui avait répondu Mirande en lui rendant son sourire.

Livia enregistra d’abord le contact téléphonique de Mirande, puis il lui vint une idée :

– Justement j’ai besoin d’une nouvelle coupe pour ce soir, qu’est-ce que tu fais là maintenant ? – Rien de particulier, répondit Mirande. Je vais au supermarché pas très loin d’ici effectuer quelques courses.

– Et si nous allions faire tes courses et qu’ensuite tu m’accompagnais me faire coiffer, je te raccompagnerai ici plus tard. Je promets, proposa Livia.

– Ok, ça marche ! Cela va me faire économiser le prix du taxi ! avait dit Mirande.

Cela fit rire les jeunes filles pendant qu’elles s’installaient à bord de la décapotable qui quitta le campus sous le regard admiratif, voire envieux de plusieurs étudiantes. Chemin faisant, elles discutaient et riaient comme de vieilles copines. Il était clair que les deux filles s’appréciaient mutuellement. Mirande apprit de Livia qu’elle avait, elle aussi, 23 ans, qu’elle terminait un master en économie dans une université privée de la place, qu’elle était célibataire sans enfant et vivait à la riviera 3. Mirande se dit alors que les parents de sa nouvelle amie devaient être riches mais elle comprit que ce n’était pas le cas en entendant une conversation téléphonique que son amie eut avec sa mère.

-Ecoute maman, tu devrais être plus économe ! Je t’ai expédié de l’argent en début de mois, nous ne sommes que le 13 aujourd’hui… Ok  maman, dès lundi je t’envoie ce que tu demandes. En raccrochant, elle lui avait dit qu’elle n’avait pas connu son père décédé trop tôt mais il lui restait encore sa mère qui vivait à Yamoussoukro. Après un tour au supermarché et chez la coiffeuse à Belleville comme prévue, Livia invita Mirande à faire du shopping au centre commercial Cap Sud situé non loin de là. Livia Memel semblait dépenser sans compter, et fit beaucoup de cadeaux à sa toute nouvelle amie. La soirée se termina autour d’un repas au restaurant d’un club privé à Bietry où Livia semblait connaitre personnellement plusieurs personnalités publiques du pays présentes ce soir-là. L’ambiance était conviviale, le repas succulent, et le champagne avait l’air d’être la seule boisson admise en ce lieu. Livia présenta son accompagnatrice à tout le monde et chacun tenait à parler avec elle ou à lui offrir à boire. Ce n’est qu’aux environs de minuit que Livia raccompagna Mirande à sa résidence universitaire.

-Tu as eu beaucoup de succès ce soir ma chérie, dit Livia le sourire coquin et le regard complice alors qu’elle éteignait le moteur de la voiture. Plusieurs hommes présents au club m’ont harcelée pour avoir ton contact téléphonique. Attends-toi donc à recevoir de nombreux coups de fil dès demain. ….

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