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Hortense Djodjome Sel

LE CHAGRIN D’AMITIÉ (1)

octobre 25, 2013 7:08 Publié par

Mirande Adoumey parcourait son luxueux appartement de la chambre principale au salon, et du salon à la cuisine, sans vraiment savoir ce qu’elle recherchait. Elle soupirait bruyamment à intervalles réguliers d’environ cinq minutes et son cœur se serrait dans sa poitrine en pensant à Livia. Elle souffrait au point même où la douleur devenait presque physique. A cette heure tardive de la nuit, ce paisible quartier résidentiel de Cocody-ambassades semblait plongé dans un sommeil profond et seuls les aboiements lointains de chiens dans le voisinage répondaient aux questions qui ne quittaient plus ses lèvres. Pourquoi Livia lui imposait une telle souffrance ? Pourquoi une telle trahison de sa part ? Et pour la trente-six millième fois, les larmes lui montaient aux yeux. Elle avait tellement de regrets, tellement de choses qu’elle préférerait effacer de sa mémoire. Elle aurait voulu prier pour obtenir un peu de paix dans son âme, mais elle se sentait tellement indigne de s’adresser à Dieu. Ce même Dieu qu’elle avait ignoré et défié ces dernières années. Ce même Dieu auquel elle n’avait pas eu recours pour obtenir ses trois villas, comment oserait-elle à présent s’adresser à lui ? C’est vrai qu’elle n’avait pas eu à se mettre à genoux dans une église pour devenir propriétaire de cet appartement, ainsi que de sa Porsche Cayenne couleur rose bonbon, et encore moins de ses deux somptueuses boutiques de luxe sises à la galerie sainte Cécile au Vallon, entre autres possessions. Non, Mirande n’avait pas eu besoin de réciter des dizaines de chapelets à la vierge Marie pour être embauchée comme chargée de la clientèle V I P chez Petrolium International Bank, 2 mois seulement après l’obtention de sa maîtrise en anglais. Tout cela, elle le devait aux Hommes et non à Dieu. Oui, elle le devait bien aux Hommes, à tous ces hommes riches qu’elle recevait dans son bureau au siège de ladite banque au plateau, le centre des affaires. Ces hommes qu’elle séduisait grâce, non seulement à sa beauté physique, mais aussi à tous ces talismans et autres huiles mystiques dont elle s’enduisait le corps et qui avaient le pouvoir de rendre tout homme qui posait le regard sur elle, prêt à lui offrir tout ce qu’elle désirait. Beaucoup d’entre eux étaient prêts à payer rubis sur ongle pour voir nu son mètre 80 en forme de Guitare espagnole étendu dans leur lit. Des hommes pleuraient à genoux les mains chargées de liasses de billets de banque rien que pour palper son imposant postérieur à la fois rond, ferme et rebondi. À beaucoup de ses hommes, elle avait offert l’objet de leurs fantasmes et ils avaient été plus que généreux en retour .

Des années durant, elle avait mené à la baguette son petit monde, faisant entrer dans sa vie qui elle voulait et se débarrassant des plus encombrants. Elle, la reine de la manipulation, comment avait-elle pu être aussi naïve…. Le pire était que six mois plus tôt, elle avait subi une ablation de l’utérus suite à des complications liées à une grossesse. Cet enfant, elle l’avait désiré de toute son âme. Bien que Mirande fût persuadée que le mariage n’était pas fait pour elle, son horloge biologique lui avait réclamé un bébé. Ces riches amants étaient bien sûr tous mariés et les célibataires de sa génération qui osaient lui faire la cour étaient selon ses propres termes, de cupides  » crève-la-faim  » qui voyaient en elle l’ascenseur magique pour grimper l’échelle sociale. Déterminée malgré tout à s’offrir un bébé, elle avait fini par prendre la résolution de se faire mettre enceinte par Jude Arnold un jeune stagiaire de 7 ans son cadet. Arnold Amony avait une plastique qui lui aurait bien valu la première place au concours de beauté masculine « Bagnon Côte d’Ivoire « . C’était le genre d’homme qui faisait rêver des femmes de tous âges. Sous ses costumes coupés prêts du corps, l’on devinait aisément ses muscles séduisants. Il était pour mademoiselle Adoumey une proie facile car elle surprenait souvent le regard plein de désir du jeune homme sur ses rondeurs féminines. Elle avait définitivement porté son choix sur lui après s’être rendue compte lors d’une opération de don de sang à laquelle avaient participé tous les employés de leur entreprise, que Jude Arnold Amony était donneur régulier de sang. Celui-ci avait fièrement exhibé sa carte de donneur sous le nez de ses collègues :

– Moi j’ai l’habitude, disait-il en rigolant.

– Tu as donné ton sang il y a à peine un mois, alors tu ne peux participer aujourd’hui, lui avait dit le laborantin censé prélever son sang.

Pour Mirande, il y avait donc très peu de chance que Jude Arnold soit infecté par une quelconque maladie grave. Pour mettre son plan à exécution, il lui avait suffi de proposer au jeune homme de le raccompagner chez lui un vendredi soir après la fermeture de la banque. Une fois en voiture, plutôt que de conduire son stagiaire à la résidence de ses parents à la Riviera Palmeraie où il vivait, Mirande prétexta l’urgence pour elle de changer de paire de chaussures pour prendre la direction de son propre appartement.

– Monsieur Amony, lui avait-elle dit, simulant une douleur aux pieds alors qu’ils empruntaient le boulevard de la corniche, ma paire de Louboutin est neuve et je vous avoue qu’elle me fait souffrir depuis ce matin. Je veux bien vous raccompagner chez vous car de toutes façons, j’ai un rendez-vous à la Palmeraie, mais passons d’abord à mon domicile pour que je puisse mettre des chaussures plus confortables.

– Mais bien sûr Madame ! avait simplement répondu le jeune homme un peu surpris mais heureux de pouvoir découvrir le lieu où vivait sa jolie responsable.

En ouvrant la porte principale de sa demeure, elle lui avait demandé de se détendre en se servant un verre au bar pendant qu’elle filait droit vers sa chambre. Jude Arnold fut impressionné par l’harmonie des couleurs et le mobilier ultra moderne de ce vaste appartement. Il était clair que sa patronne avait beaucoup de classe et de goût. Il s’imagina vivre dans quelques années dans un tel intérieur, en espérant que la banque le retienne à la fin de son stage. Trente minutes s’étaient écoulé mais miss Adoumey tardait toujours à refaire surface, alors Jude Arnold se servit un autre verre de Whisky et s’installa confortablement dans le canapé d’angle. Il mit ensuite en marche l’impressionnante Smart TV fixée contre l’un des murs de la spacieuse salle de séjour. Alors que toute son attention était retenue par un clip vidéo de Usher dans lequel se déhanchait la belle Noémie Lenoir, il entendit derrière lui la voix de Mirande qui lui lança, l’air de rien :

– Je vois que monsieur adore les jolies filles en tenues légères !

Puis, elle ajouta d’un ton qu’elle voulait plus intime.

– Tu me sers un verre ?…

En se retournant, il croyait rêver. Miss Mirande Adoumey se tenait face à lui dans un simple ensemble soutien-gorge et slip en fine dentelle d’un mauve très foncé, ce qui accentuait sa peau claire. Elle avait relâché ses longues mèches de cheveux d’ébène que l’on était habitué à voir retenues en queue de cheval. Jude Arnold fut aussi surpris que gêné, mais décida de ne rien laisser paraître. Après tout, il était bien un homme normalement constitué à qui s’offrait une très belle femme. Hypnotisé par une telle vision, il était incapable de détourner le regard. Sa responsable avança vers lui d’une démarche féline tout en retirant son soutien-gorge. Elle avait une poitrine généreuse qui défiait les lois de la pesanteur. Cette femme était physiquement parfaite et réveillait ses sens d’homme, encore plus que ne le faisait le corps de Cynthia, sa petite amie. Mirande lui prit le verre de la main qu’elle vida d’un seul coup avant de l’embrasser tendrement. Jude Arnold dégageait un léger parfum aux notes musquées et fruitées et ses lèvres étaient douces et fraîches. Le regardant droit dans les yeux, elle commença à le déshabiller tout en lui murmurant :

– Jude Arnold ….. je te veux dans mon lit ce soir… Le jeune homme de 26 ans ne se fit pas prier. Il quitta Mirande le dimanche en début de soirée persuadé d’avoir vécu un rêve.

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