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Mélissa Guéi

LE BONUS DU BONUS (2)

février 1, 2013 11:02 Publié par

-Tout va comme tu veux? Tu veux boire quelque chose? Manger quelque chose? Danser? Sortir?

Il brisa le silence.

-Non, ne t’inquiète pas, tout va bien. Après tout, ici, c’est chez moi! Ne t’inquiètes pas, mon cœur, dis-je avec un sourire léger aux lèvres.

Oups! Apparemment, il n’a pas aimé le « mon cœur ». Cette expression de gêne ou de honte ou de mépris ou de je-ne-sais-trop-quoi refit surface. Mais pourquoi? Enfin. Il avait un accent étranger. On aurait dit un sénégalais. Mais vu comme il était clair, j’avais quelques doutes. Mais c’était peut-être un peulh. C’était un peulh. Ses cheveux étaient frisés. Les traits de son visage étaient fins. L’âge ne lui avait pas arraché sa beauté. C’était un bel homme. Assez particulier comme client mais bon. J’avais eu mes 300 000 francs, je n’allais pas me plaindre. Il ne me caressait pas. Il ne m’embrassait pas. J’étais juste à côté de lui, assise. Je me sentais aussi inutile que la valise d’une souris.

Le show continuait, entre temps. Kashou Cash Money était venue avec Fatim la biscuitée et Inoush la star. Maman Phibou était avec Tantie Bengué. Naïma Dollar était avec Soraya la respectueuse. Kayvon 5 stars enjaillait toute la salle par sa démo de 404, la nouvelle danse à la mode pendant que Corynn Fashion posait aux côtés de Fateemah la gazelle. Eh oui, tout le monde était là. Les plus grands, les plus aimés. Notamment Stunna, ce jeune rappeur qui ne cessait de monter dans l’estime de tous, pour ces textes censés, son charisme inné et son flow posé. Tout le monde était présent. La salle était littéralement en ébullition. Mon client par contre, restait flegmatique devant cette scène. Je commençais à me poser de sérieuses questions. Qui était donc cet homme ? C’était la première fois, en 10 ans de métier, que pareille situation se produisait. En règle générale, j’étais irrésistible. Pourquoi est-ce qu’il ne me regardait même pas? Ou était ce par orgueil qu’il m’avait « louée »? Juste pour montrer qu’il est plein aux as? Mais diantre, pourquoi être désintéressé quand on a payé 600 000 francs comptant? Quand on paie, il faut consommer. J’insistais sur cette consommation car, je tenais à bien exercer mon métier. Pour moi, c’était un métier comme les autres et je tenais à le faire avec le plus grand sérieux. Quand le client paye, il faut le servir. Mais rien. Aucun mot. Plus de regards. La seule chose qu’il m’accordait, c’était la fumée de ses cigares. Je commençais à ne plus supporter ce silence. Je prenais tout ça comme la plus grande foutaise jamais réalisée. Je m’énervais encore plus à chaque fois que je le regardais et qu’il détournait ses yeux rouges. Il m’énervait. Mais il m’intriguait encore plus. Il me fascinait. A côté de cette colère qui montait, se trouvait cette immense volonté de percer le mystère qu’il représentait. J’entrepris donc de l’embrasser. J’attendis qu’il pose deux secondes son cigare. Quand ce fut fait, j’approchai mes lèvres pulpeuses enduites d’un brillant à lèvres parfumé à la fraise. Je savais que mes lèvres étaient appétissantes, excitantes et qu’il ne saurait pas me refuser ce bisou. Lorsque par inadvertance, ses lèvres se retrouvèrent collées aux miennes et que j’allais jouer de mon expertise pour lui offrir le plus beau bisou que toutes les femmes de sa vie, réunies, ne surent lui offrir, il me repoussa.

– Tu veux m’embrasser? MOI? M’embrasser?

– Et qui es-tu, pour ne pas que je t’embrasse? Tu n’es pas un homme? Arrête, tu commences à fatiguer avec ton sérieux. Tu es venu pour ça alors laisse toi faire.

Ça y est. On avait réussi à détourner le regard de toute la foule. David Guetta avait arrêté la musique. Calculatrice, la sœur du danseur Ordinateur avait arrêté de danser. Tout était calme. On n’entendait plus que nous. Murmures, rires au rendez-vous. Certains tentaient dans cette pénombre, de filmer cette scène à l’aide de leurs smartphones. D’autres voulaient intervenir, histoire de « tuer le discours ». Mais c’était un peu tard.

– Qui je suis?

Je sentis dans cette dernière réplique ce même étrange sentiment de honte, mépris… J’avais l’impression qu’il voulait pleurer. Comme si c’était évident que je sache qui il était. Enfin, ce monsieur commençait à me faire peur…

-Viens, on s’en va. Désolé d’avoir perturbé votre soirée mesdames et messieurs. Allez viens, on s’en va.

 Sans trop savoir pourquoi, j’étais persuadée que je devais le suivre. Sous les regards pleins d’interrogations des gens, on traversa toute la boite. Il s’excusa pour la gifle et me prit dans ses bras. C’était adorable. Pendant dix secondes, ce n’était plus ce mystérieux client. J’avais l’impression de tenir quelqu’un avec qui j’avais passé toute ma vie. A quoi tout cela rimait ? Le métier est dur hein ! Cette idée me fit sourire. Il sourit aussi. On marcha deux minutes et on arriva devant sa voiture. Et quelle voiture! En général, cette passion que les gens ressentent pour les voitures me parait inexplicable et inutile. Mais il y a voiture et voiture. Ce monsieur avait une voiture. Et il pouvait en être fier. Je n’étais pas parvenue à lire la marque et le modèle, mais franchement cette voiture était magnifique. Intérieur en cuir, bien sûr. Automatique ? On le dirait. GPS intégré, assistance vocale. Ecrans incrustés à l’arrière des sièges de devant. Ligne téléphonique, ordinateur à bord, WIFI. Distributeur de canettes. Intérieurement, je me dis que cette voiture avait fait un tour dans un garage PIMP MY RIDE. Ou pas.

-« Tu fais quoi dans la vie ? Pour s’offrir une voiture comme ça, il faudrait être friqué-souqué* hein ! ».

C’est un sourire que je reçu en guise de réponse. C’était vraiment un bel homme ! Très charmant. Il avait un air de Lamouchi, l’ancien sélectionneur des éléphants. Mais en plus beau. J’avoue que je commençais à craquer sur lui. […] Ça faisait maintenant trente minutes environ qu’on avançait dans cette nuit noire, plongés dans un mutisme rarement percé par quelques légers sourires inexpliqués qu’on s’échangeait. Le BONUS! était situé aux 2 plateaux. Il m’amena jusqu’à Abobo. Mon ancien fief. Au rond-point, pas très loin de la mairie. Tout était noir. L’endroit était vide. Il n’y avait que des chiens et chats errants. Et quelques enfants de rue qui ne trouvaient pas, soit le sommeil, soit un carton ou une table où dormir. Sa caisse s’imposa chassant par la même occasion, chiens et chats. C’était un peu drôle comme endroit. Inattendu. Inhabituel. On était supposé se rendre chez lui ou dans un hôtel ou un endroit plus respectable prévu pour cette occasion. Mais avec ce monsieur, plus rien ne m’étonnait.

– Nous y voici. Léa, j’aimerais te parler, je t’en prie, me dit-il avec un air solennel.

– Euh comment ça se fait que tu connaisses mon vrai prénom? Qui te l’a dit ?

– S’il te plait, laisse-moi tout te raconter. Ne m’interromps pas. Laisse-moi te dire…

– Tu me fais peur. Ok, je t’écoute. Vas-y parle!

-Merci. Le choix de cet endroit n’est pas fortuit car, je sais que la commune d’Abobo ne t’est pas inconnue. Je sais. Tu y as grandi. Tu y as vécu de très mauvais moments. Je sais. J’y étais aussi. Avec toi. Tu avais environ 16 ans, la première fois que je t’ai vue. Tu étais la jolie nouvelle, l’objet de toutes les attentions. Tu venais de je ne sais où et tu étais désormais enfant de la rue. Des rumeurs disaient que ton père s’était remarié et que ta marâtre t’infligeait les pires traitements. Enfin bref, ce ne sont que des rumeurs et si elles étaient vraies, je ne voudrais pas te faire revivre tout cela. Le temps passe, ces blessures ont dû se cicatriser. Le temps passe. Mais il y a cependant des choses qui ne s’oublient pas. Des choses que même la plus sévère des amnésies ne saurait balayer. J’étais super amoureux de toi, à l’époque. Mais Léa tu ne me regardais même pas. Tu ne me voyais pas. J’avais l’impression d’être invisible pour toi. Tu ne t’en souviens certainement pas. Mais le quatrième jour après ton arrivée, je suis ce jeune lui-même assoiffé, qui t’offrit un sachet d’eau. Tu ne me dis même pas merci, certes; mais j’étais cependant heureux d’avoir pu t’approcher de si près et te parler. Le temps passe. Mais on grandit avec nos identités. Et nos douleurs. Léa, je suis désolé. Je suis navré. A l’heure qu’il est, je donnerais tout pour que tu me pardonnes. Tu dois te demander ce que j’ai bien pu te faire. Tu ne me regardais pas et ça me mettait dans tous mes états. J’étais plus qu’amoureux de toi. Mais mon âge et ma pauvreté m’éloignaient de toi. Tu étais ma seule raison de continuer à grouiller. Mais rien. Un soir, alors qu’il était super tard et que tout le monde s’était endormi, après plusieurs minutes de recherches, je te retrouvai, endormie sur un étal. Je te regardai. Ce soir, plus que jamais tu étais divinement belle. Je suis désolé, Léa. Je te le jure. […] Je suis celui qui t’a arrachée ta virginité. Celui qui t’a violée. Celui qui a détruit ta vie et qui a fui comme le pire des lâches juste après. Celui qui tu détestes le plus au monde. Celui qui t’a injectée dans ce sordide monde du sexe. Je suis ce détestable homme. Mais je te jure Léa, de l’instant où je commis ce vil acte, cet abominable viol, jusqu’à cet instant; la culpabilité et le remord ne m’ont pas laissé une seule seconde. J’avais mis une cagoule, tu ne m’avais pas vu, certes mais je ne pouvais supporter ton regard. Je suis désolé, Léa. Mes remords ne te rendront pas ton passé, ne changeront rien. Je le sais. Mais je suis désolé et je tenais à te le dire. Peu importe ta réaction, je tenais à te le dire avant la fin de mes jours. Léa, le temps passe. Nos douleurs s’effacent, on pardonne, on change, on évolue, nos remords nous tuent… Léa, je ne t’ai jamais perdue de vue. A chaque fois, je me renseignais, je prenais de tes nouvelles. Un jour, j’ai appris que tu avais quitté la rue. Plus aucun lien. Léa, le temps passe, on se perd de vue, on évolue, on change. J’ai grouillé. J’ai grigra. Et Dieu merci, un homme a eu confiance en moi et m’a donné un petit boulot. Mais tu n’étais plus là. De gérant d’un magasin de vêtements au marché, je suis devenu aujourd’hui, propriétaire de la ligne des magasins OS, de location et vente de voitures et de quelques supérettes  […] Invité deux samedis plus tôt, au BONUS!, je te vis. Mon cœur a recommencé à battre. Ma vie a repris tout son sens. Ce fut une véritable bouffée d’oxygène. […] Je viens te demander pardon, Léa. La voiture que tu vois là, je te l’offre. Accepte-la, je t’en prie. Léa, le temps passe, on fait du mal aux gens, on s’en repent, on avance, on a des relations comme ci, comme ça… Le temps passe, Léa. Mais quand on a aimé une fois, on aime toujours. Et mon amour pour toi a connu des virgules, des points virgules, des interrogations mais je t’assure, je te le jure, et s’il te plait, crois-moi. Mon amour pour toi n’a jamais connu de point. La vie s’y est opposée, de mauvais actes, j’y ai posé. Mais Léa, aujourd’hui encore, je t’aime infiniment et plus que jamais. Et ce soir, je viens te demander pardon. Je viens tenter, un peu tard, un peu en vain peut-être, mais je viens tenter de réparer le préjudice que j’ai commis. Je viens te demander pardon, t’offrir mon amour et te supplier d’accepter cette vie stable et joyeuse que je tiens à te donner. Partager avec toi ce que j’ai acquis, t’offrir la vie que tu mérites. Tu dois avoir en trente et trente-cinq ans, j’en ai quarante-cinq. Je t’aime. S’il te plait Léa, accepte d’être mon épouse… « 

Je sentis mes forces et mon esprit m’abandonner. Cela faisait trop d’émotions en même temps. Une cerise sur le gâteau. Une goutte d’eau qui faisait déborder mon vase. Un bonus sur le bonus, comme dirait l’autre…

FIN

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Cet article a été écrit par Mélissa Guéi

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Comments (7)

  • DK 1 février 2013 à 11 h 53 min

    wahou, je ne m’attendais pas à une tel fin. félicitation en tout cas.
    par ailleurs, il y a de nombreuses coquilles dans le texte; merci de bien vouloir les corriger.
    Au fait, j’ai bien aimé  » Il avait un air de Lamouchi, l’ancien sélectionneur des éléphants. » . donc, toi,tu as déjà viré le monsieur quoi!!!!

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  • Licka choops 1 février 2013 à 13 h 15 min

    mdr moi j’aime bien la suite ,mais je voulais une dispute,enfait une réaction de léa euh décrire son trouble face au confidences du monsieur, des interrogations,un refus,parce de merci jusqu’a épouse y’a que lui qui parle! peut etre qu’elle était choquée tu devais nous le dire,nous le montrer. C’est bien penser mais pas assez developpé j’ai l’impression que ta pas voulu faire un truc trop long donc tu as sauté des étapes,parce que franchement avec ce genre de confdence personne ne reste calme,l’amour est là il manque le drame

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  • Sadjee 1 février 2013 à 13 h 52 min

    Totalement d accord avec Licka, j aurais aimé, soit en savoir plus sur les sentiments et émotions de Lea, ou alors, ne rien savoir du tout, ce qui aurait ouvert la voie à l imagination du lecteur…par ailleurs, j aime beaucoup alors la beaucoup ton style d écriture, il est très réaliste, on visualise très bien!

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  • Tanya Gourenne
    Tanya G 1 février 2013 à 15 h 32 min

    « Calculatrice, la soeur du danseur Ordinateur… » quelle geniale inspiration, lol! C’est tellement logique quand j’y pense.
    Le violeur amoureux qui la demande en mariage… Je trouve que la fin est abrupte.

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  • Bamba 1 février 2013 à 19 h 30 min

    il faut effectivement travailler la chute.

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  • Josya Kangah
    josya kangah 3 février 2013 à 17 h 22 min

    Le fait de ne pas savoir les émotions de Léa pendant qu’il parle permet à chacun de s’imaginer à la place de celle-ci. j’aime bien.

    Cependant je trouve le texte du violeur un peu long voire lassant. sinon l’histoire est belle.

    Merci Melissa Guei

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  • Yves-Alain AD John 4 juin 2013 à 10 h 13 min

    C’est très émouvant

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