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Mélissa Guéi

LE BONUS DU BONUS (1)

janvier 24, 2013 11:57 Publié par

C’était un vendredi soir. Il devait être entre minuit et une heure du matin. L’obscurité très épaisse s’éblouissait de temps à autres devant les phares de quelques somnambules. Le calme était souvent percé par des cohortes d’adolescents débarquant dans de grosses et insolentes cylindrées parfois louées parfois volées, ne leur appartenant jamais. Pas loin du night-club, dans un noir total, s’établissaient pour 10 000 francs l’unité, des fausses cartes d’identité. C’était le seul moyen d’échapper à l’humiliation contenue dans le geste impitoyable du body-guard signifiant: « Tu rentres pas ici! ». Une soirée de plus, une soirée comme les autres. Quels que soient l’âge et le genre, l’extravagance était l’unique dresscode. Le thème de chaque soirée orientait les fantaisies: Hollywood; Titanic; Babi la Joie; Champs Elysées; Éléphants 225; Le maquis est rouge; JCD … BONUS! était dans le top 5 des lieux chics de Babi. Pour son ambiance, ses serveuses… Mais aussi pour « Le bonus ».

La boite était divisée en deux. Dans la première partie, c’était une ambiance identique à celle des  autres nights-clubs mais dans des dimensions écrites en majuscule. Le domicile de la joie. La résidence de l’effervescence. Lieu incontournable, ambiance incomparable. Humeur déjantée. La fête avait toujours une nouvelle définition. Rien qu’une demi heure passée dans ce lieu changerait à jamais votre conception du plaisir. Là on ne parlait pas de « choco », « chocolaté » et consort. Il n y avait que des « personnes chics ». Animée par Dj Khaled, cette partie était selon Style mag, le point le plus fréquenté par les teenagers durant 2011 à Abidjan. La seconde, plus calme, était pour les « babatchè ». Droit d’accès: 30 000 francs qui donnait automatiquement droit à une flûte de Champagne Perrier. C’est là qu’on accordait les bonus. Ozalaka champagnes et cigares! Un cadeau était livré chez chaque client qui louait un salon et qui s’offrait 3 bouteilles de champagne ou plus: une somptueuse demoiselle. Au BONUS!, on les appelait « kibibi ». Pour une nuit. Pour satisfaire tes envies. A toi. C’était réellement ce qui attirait les gens. Il y avait aussi, dans cette seconde zone, le dj le plus en vogue du moment. David Guetta! « Il était né pour ce métier, il te faisait des mix comme personne d’autre, des atalakus incomparables, il scratchait les mains levées, sa voix était soporifiquement puissante, son charisme était unique, il était craquant, il était croquant… » C’est ainsi qu’on le décrivait dans le milieu. Et ce soir encore, il était là. Merveilleux comme toujours. De sa voix envoûtante  il appelait, comme pour inciter à la consommation, les belles demoiselles, les kibibis, prostituées de mère, serveuses de père… Aguichantes, provocatrices, sexy, suggestives, enivrantes, … Comme dirait l’autre, « de vraies absorbatrices de revenus ». Elles étaient lactées. Elles étaient des tablettes de chocolat. Fondantes comme du Kinder. « Lapantes » comme du Nutella. Moelleuses comme du Lindt. Succulentes comme du Ferrero Rocher. Ozalaka lapé-tué… C’était le deuxième anniversaire du night club. Aucun vrai lifeur ne pouvait se permettre d’être absent. C’était presque obligatoire, impérieux. A Midi première, c’était devenu un refrain: « Evénement à ne rater sous aucun prétexte », parlant de cette soirée. C’était la crème de la crème à la crème nappée de crème. Un diaporama de stars: le top 50 des plus populaires de l’années, les artistes les plus à la mode, les incontournables, les inconditionnels, les humoristes, les danseurs, les plus grands, les plus riches, les plus fanfarons, les plus extravagants, les plus sobres, les plus sympas… Tous les échantillons étaient représentés. Tous. Arsenal de mélodies: Coupé décalé, zouglou, youssoumba, rnb, rap, wôyô, electro, salsa,… Tout. Fontaine de boissons alcolisées: du champagne, de l’armagnac, du bourbon, du cognac, du rhum, de la tequila, de la vodka… Tout. Arc en ciel de beautés. On aurait dit qu’il y avait un casting pour un film hollywoodien. Tout le monde était sur son 31 voire son 35. C’était juste hallucinant. Aucun mot ne pouvait prétendre transmettre fidèlement l’ambiance qui y régnait. On assistait à un extrait du film « Le bonheur ».

David Guetta appelait. « Et voici, mesdames et messieurs, nobles et honorables invités. Eh oui, veuillez recevoir, distingués, agréables et magnifiques spectateurs du BONUS!. Ovations, pour le prix gagnant, la fille aux hanches aussi souples qu’un roseau, aux yeux aussi profond qu’un puits, au teint de lait, à la taille olympique. Si la Côte d’Ivoire est un beau pays, cette fille est un site touristique. Si l’Afrique est un paradis sur terre, cette fille est une merveille mondiale. Le genre de fille qui, en un regard, vous fait oublier tous vos soucis. Elle arrive. Dans la mythologie grecque, Hélène, fille de Zeus et de Tyndare, était considérée comme la représentation de la beauté féminine. Celle qui arrive a détrôné Hélène. Elle n’est plus loin. La panthère d’Abidjan. Elle rôde, elle arrive. Qui l’aura ce soir? Qui donnera le prix fort? Qui? Qui? Qui s’en ira avec le prix gagnant? »

Je fis donc mon entrée, après cette « humblissime » description. J’avais mis un bustier éclatant de la collection  » Qui n’aime pas seins clairs? » de Yodé le Sirop. Un bustier rouge mettant en valeur mon balcon qui était plutôt bien fleuri et dessinant mon allure guitaresque. Hautes de 15 cm, mes aiguilles Louboutins amplifiaient mon déhanché laissant apercevoir combien de fois mon postérieur était fascinant, énorme et digne d’une awoulaba confirmée. Ma micro-jupe noire, souffrait de plaisir au contact de mes cuisses claires. J’étais la préférée, le bonus suprême  Je n’équivalais pas à 3 bouteilles de champagne. Encore moins à quelques cigares mexicains. C’était après une sorte de vente aux enchères que le plus offrant pouvait disposer de mon habileté. Ce soir, encore, des hommes avides de sensations fortes, allaient déposer des centaines de millier de francs pour m’avoir dans leur lit, rien que pour une nuit. Ce soir, c’était l’anniversaire. Les mises commençaient à 200 000 francs et évoluaient par tranche de 50 000 francs. Ce n’était pas trop: j’assurais la contrepartie. Je maîtrisais la chose. C’était mon domaine de prédilection. J’avais tout laisser pour m’y consacrer entièrement. J’y prenais un grand plaisir et en plus, je gagnais bien mon pain quotidien. Entre 400 000 et 600 000 le mois selon les périodes, c’est ce que le BONUS! me versait. Je bénéficiais régulièrement d’avantages en nature, outre cela, de la part de mes généreux partenaires d’un soir qui en voulaient plus: voiture, bijoux, vêtements, règlement de mon loyer, voyages,virement bancaires … 550 000! Une fois… Deux fois… 600 000! Une fois, deux fois, trois fois! Adjugé! Le contrat de location était signé. De cet instant jusqu’à 6h30, j’allais lui appartenir.

C’était un monsieur plutôt âgé. Je lui donnais environ entre 45 et 50 ans. Il ne buvait pas d’alcool, il avait offert toutes les boissons qu’il avait achetées aux jeunes gens assis juste à coté de lui. Ceux ci, sans trop comprendre pourquoi, les avaient acceptées en le couvrant de mots écorchés par l’ivresse. Ça devait être des bénédictions ou des remerciements. Ce monsieur, mon propriétaire d’une nuit, ne buvait pas. Apparemment, il tenait à rester sobre. Par contre, il fumait comme un dragon. Cela faisait à peine 10 minutes que j’étais assise près de lui et on était à son cinquième cigare. Je me demandais comment il respirait! Ses poumons devaient être calcinés, le pauvre. Il ne me parlait pas, me regardait à peine. On aurait dit qu’il éprouvait une certaine honte. Pourquoi? Je n’en savais rien…

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Cet article a été écrit par Mélissa Guéi

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Comments (5)

  • valdo 24 janvier 2013 à 13 h 06 min

    j’aimé ce moment de lecture et attend la suite

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  • valdo 24 janvier 2013 à 13 h 18 min

    Oups! Désolé pour la coquille lire plutôt : j’ai aimé ce moment de lecture 😉

     Reply
  • Licka choops 24 janvier 2013 à 13 h 20 min

    C’est pas son père jespere? lol on attend la suite et bienvenue melissa

     Reply
  • Josya Kangah
    josya kangah 28 janvier 2013 à 18 h 15 min

    vivement la suite

     Reply
  • Bamba 31 janvier 2013 à 11 h 46 min

    une très belle disposition à la description.

     Reply

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