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Josya Kangah

LE BAL

juin 11, 2013 11:00 Publié par

Voici un bon moment que je suis dans cette satanée position.

Je l’avoue, j’en aurais préféré une autre si j’avais pu choisir.

Ces défilés autour de ma couchette, ces chants, ces danses m’épuisent.

J’aurais tellement voulu me lever et leur crier haut et fort de se retirer.

Hélas, ils ne m’entendraient pas si je le faisais.

Alors, je les regarde parader…

Tiens, cette jeune fille par exemple, oh elle déploie des efforts surhumains pour se faire passer pour une de ces européennes au teint blafard. Elle a même poussé le vice à aller jusqu’à se faire charcuter par un de ces charlatans qui se disait chirurgien. Résultat ? Un beau teint couleur « bébé lézard », un visage étiré à tel point qu’il pourrait éclater à tout moment. Et ses pieds – que dis-je – les deux brindilles qu’elle a fait façonner à la place des magnifiques jambes qu’elle avait…

Laissez moi vous le dire; j’ai presqu’envie de rire à la voir se tortiller comme elle le fait mais il paraît que dans la position que j’occupe en ce moment, on ne peut rien ressentir ni exprimer. Alors je reste là, inerte obligée de la regarder, elle, de le voir, lui, de ne rien pouvoir faire…

Je crois que je ne vous ai pas encore parlé de lui !?

Désolée de cet impaire  je le corrige sur le champ.

Lui, je ne sais pas grand-chose de lui. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il vient une fois en passant, m’adresse un large sourire puis s’éloigne. Lui et « madame lézard » sont très complices. Ils sont assortis d’ailleurs il est aussi jeune qu’elle, a les lèvres noircies par je ne sais quoi et les yeux en permanence rouges. Je les vois souvent deviser en me jetant des regards furtifs.

Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe. En regardant les gens défiler devant mon berceau et tous les cadeaux qu’ils offrent je me dis que c’est un moment de joie.

Cependant, en repensant à tous les efforts déployés par « madame lézard » et son complice pour me faire disparaitre quand ils ont appris que je ferais bientôt partie de leur vie, en me remémorant toutes ces méchancetés débitées envers mon innocente personne, en…non je ne peux pas croire que moi l’enfant indésirable, « inavortable », le gâcheur de la vie de « madame lézard » et « monsieur yeux rouges » mes « parents » je suis l’objet de tant de joie. Alors j’assiste dubitative à ce bal des hypocrites.

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Cet article a été écrit par Josya Kangah

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Comments (15)

  • ANGE DJOKE 11 juin 2013 à 15 h 21 min

    impressionnant et très joli . et bien on dira que vous êtes doué !

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  • Sadjee 12 juin 2013 à 17 h 22 min

    Hello, Josyah, c’est ton premier texte ici, je crois? J’aime bien le texte, la description des personnages, et la chute. Tu as beaucoup de potentiel, je t’encourage à l’explorer!

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  • Josya Kangah
    Josya Kangah 13 juin 2013 à 16 h 54 min

    Merci Ange.

    Sadjee, c’est effectivement mon premier texte publié ici.
    Oh tu sais, je suis une éternelle lectrice je préfère ne pas rivaliser avec des talents tels que toi, Armie et les autres. C’est donc avec plaisir que je vous lirai…

    Merci Sadjee

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  • BEMA 15 juin 2013 à 11 h 45 min

    Très interressant ma chère,vraiment felicitation

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  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 15 juin 2013 à 17 h 34 min

    L’incertitude de la chute de l’histoire liée à toutes les questions qui trottinent dans l’esprit lors de la lecture donne un rien de suspense à la limite stressant à ce texte. Bravo!

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  • Angoran 16 juin 2013 à 14 h 45 min

    merci beaucoup Carine j’avoue que tu as de l’expérience continue comme ca et tu verra . j’attend de lire ton deuxième texte. bisou

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  • kouame 17 juin 2013 à 18 h 23 min

    bravo,c’est une très belle réflexion,surtout les images que tu utilise pour peindre les évènements.chapeau.

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  • Heidi 18 juin 2013 à 8 h 55 min

    Bienvenue Josya de ce côté-ci de la force. Le narrateur, enfant, bébé, ça me parle… Je suis sensible à ce genre, ces émotions. Ton texte est limpide et touchant. Il est bien écrit et incisif, dans la forme et dans le fond, avec de belles descriptions. Tu devrais vraiment continuer sur ta lancée. Au plaisir de te relire 🙂

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  • Josya Kangah
    Josya Kangah 18 juin 2013 à 12 h 32 min

    Merci Heidi, et à vous tous pour vos critiques éclairées.

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  • missshineejo 19 juin 2013 à 17 h 10 min

    J’aime ton texte Josya , les métaphores mais surtout la chute . un texte simple mais bien écrit . Bravo. Et bienvenue parmi nous 🙂

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  • Marshall Kissy
    Marshall K. 20 juin 2013 à 13 h 18 min

    La chute me plaît.
    Mais attention aux virgules ! Alors j’assiste dubitative à ce bal des hypocrites. (j’assiste, dubitative, …).

    Aussi, dans « j’ai presqu’envie » , j’ai découvert dans un ouvrage que « presque » ne s’élide jamais. Sauf dans l’expression « une presqu’île ». ex: il est presque ivre.

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  • Mafricana 10 juillet 2013 à 12 h 34 min

    Bravo Josyah c’est beau et très prometteur. Bien écrit! Je suis cependant intriguée par une phrase du narrateur « Et ses pieds – que dis-je – les deux brindilles qu’elle a fait façonner à la place des magnifiques jambes qu’elle avait ». La formulation laisse penser que le narrateur a vu ses jambes avant, ce qui me semble peu probable puisque c’est un bébé.

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  • Adje Valdo 17 juillet 2013 à 12 h 38 min

    Merci Josya pour ce moment de lecture.
    @Mafricana, Pour donner une réponse toute simple à ton inquiétude, le bébé, déjà, dans le ventre de sa mère, selon certaines traditions africaines aurait la faculté de voir, de sentir le monde extérieur. nous sommes en Afrique ooo 🙂

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  • Ambela B. 23 août 2013 à 6 h 17 min

    Felicitations Josya. C’est tellement bien écrit et cela donne envie d’en lire d’autres.

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  • yanaxelle 9 septembre 2013 à 21 h 53 min

    je trouve qu’il y a un peu trop de mot méchant à l’intérieur surtout venant d’un bébé!? qu’en sera t-il alors quand il va grandir parce qu’il parle de ses parent là!
    toute fois, c’est très intéressant car nous comprenons que l’avortement est mauvais et que la venue d’un enfant est un don de dieu et une grâce

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