About Author

Tanya Gourenne

L’ATHEE (2)

juin 3, 2014 2:20 Publié par

Rentré chez moi, je contemple mon modeste appartement avec une appréciation renouvelée. Jamais mes murs décrépis et mon vieux canapé ne m’avaient parus si beaux. Il faut dire qu’on nous donne un salaire de merde au boulot. Comment ils veulent qu’on vive décemment avec ça ?! (Mon sang commence à chauffer) Et cette vielle peau de Pauline qui m’emmerde pour ajouter à la déjà -merde… (Je me souviens qu’elle va me ficher la paix dorénavant. Mon sang se refroidit.) Ah, qu’il fait bon d’être chez soi ! Une petite brise venant du balcon me caresse le cou. J’ai bien mérité une bonne sieste. Je m’installe dans une chaise longue sur la terrasse. Je ferme à peine les yeux quand j’entends une voix. Saperlipopette ! C’est quoi ça encore ? Je suis pourtant seul dans cet appartement. Mes tympans encore martyrisés par le groupe musical de la MCSSRCCD doivent me jouer un petit tour. Je vais vérifier quand même, et comme je le disais, il n’y a personne.

–       J’existe bel et bien, dit une voix douce.

Je l’entends de manière limpide. Je regarde à gauche, à droite, en haut, en bas, derrière, devant. L’heure est grave. Je suis le seul témoin oculaire du début de ma folie. J’entends des voix ! Plutôt, une.

La voix : Tu n’es pas fou, et ceci n’est pas un rêve.

Moi : C’est une blague alors ?

La voix : Non plus.

Moi : C’est bien ce que je disais. Il n’y a personne. J’entends une voix. La voix de quelqu’un qui n’existe pas me parle et je lui réponds . Je suis fou.

La voix : J’existe.

Moi : Donc il fallait que tu me rendes fou pour prouver ton existence ? Comment veux-tu que je te crois maintenant que je suis fou ?

La voix : J’existe.

Moi : Ah, faut aller exister ailleurs, moi je suis fou !

La voix : ….

Moi : Allô ? Vous me recevez ?

J’ai attendu 2-3 minutes, je ne l’ai plus entendue. Elle est partie. Ouf ! J’ai bien cru que j’étais devenu fou. Je peux siester en paix.

……………….

J’ai siesté, puis dormi comme un ancien pauvre devenu soudainement riche, si riche qu’il ne sera plus jamais pauvre. Le sommeil fut plus que doux, en bon français on dit douillet. Vous voyez, même mon vocabulaire est devenu riche, si riche que…Merde ! Il est 7h40. Je suis en retard pour mon boulot de merde ! Ça veut dire que je suis encore pauvre, si pauvre que je dois supporter ces avares qui m’exploitent comme un chien pourri. Et Dieu, qui ne vient à mon secours et qui n’existe pas ! Je fais comment pour arriver au boulot moi ? J’ai dû sacrifier mon nouveau billet de 5000 pour prendre un taxi. Qu’entends-je pendant mon trajet ?

    –  J’existe. J’existe. J’existe. Viens à moi.

Orrrhhhhh ! De grâce ! J’ai assez de problème ce matin ! Mais elle ne s’arrête pas. Incessante, résonnante, encombrante. Je secoue la tête comme un malade pour la faire cesser. Le chauffeur me regarde d’un œil bizarre, tentant d’évaluer mes facultés mentales. J’ai l’air d’un fou. Je ne suis plus donc seul à le savoir. Il s’empresse de me larguer de son taxi une fois ma destination atteinte. Mais elle ne s’arrête pas… Actuellement, mon visage est très serré. Je secoue la tête  avec violence, je me bouche les oreilles. Je vais bientôt péter un câble… Tout le monde me regarde avec étonnement. Quoi ? Ils ne m’ont jamais vu ? Si un se trompe pour m’énerver plus que raison, ils vont voir ma folie ici ! Mais elle ne s’arrête pas…

Quelqu’un : Monsieur Tano, qu’est ce que vous avez ?

Moi : TAIS-TOI ! FOUS-MOI LA PAIX ! Je te dis que je suis fou. Laisse-moi tranquille !

Je m’adressais à la voix. Sauf que, mon superviseur s’adressait à moi. Le service de sécurité m’a évacué des locaux. Je ne rêve pas. Je suis même très lucide à cet instant. On m’a RENVOYÉ. Tout ça, c’est à cause de toi la voix !

La voix : Tu reconnais enfin que j’existe.

Moi : Je viens de me faire renvoyer à cause de toi, et tout le monde sait que je suis fou. Je fais quoi maintenant, hein ?

La voix : Viens à mon service.

Moi : Je dis, je suis fou.

La voix : Justement, moi je guéris les fous.

——————–

Avant, j’étais athée. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, je suis pasteur. Riez, riez si vous voulez. Mais de manière spirituelle bien sûr.

(FIN)

Tags :

Classés dans :,

Cet article a été écrit par Tanya Gourenne

Previous Post Next Post

Comments (1)

  • Mireille Silue 30 juin 2014 à 23 h 13 min

    J’espere juste qu’il ne va pas afficher des gouts de luxe comme ceux qu’il critiquait. J’ai aime lire cette courte serie mais la fin me laisse sur ma faim. Bonne continuation Tanya.

     Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

L'auteur

Tanya Gourenne