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Tanya Gourenne

L’ATHEE (1)

juin 2, 2014 10:09 Publié par

Pauline est encore à la charge. Son harcèlement continu n’est ponctué que de très courts répits. Et dire que je dois me la coltiner 5 jours sur 7 ! Bon sang de bonsoir, fallait-il que je souffre autant au boulot ? Si Dieu existe, c’est sûrement pour me punir. C’est sûrement lui qui instrumentalise Pauline avec ses sempiternels : « Dieu t’a tant aimé, qu’il a donné son fils unique pour que tu sois sauvé », « Donne ta vie à Dieu avant qu’il ne soit trop tard » et le fatidique « Le salaire du péché, c’est la mort »… Fallait-il que l’existence de ce Dieu soit une telle nuisance, un bourdonnement intempestif qui ne manque jamais de gâcher mes journées ? Zut ! La voilà qui arrive.

Pauline : As-tu réfléchi à tout ce que je t’ai dit ?

Moi : Euh…C’est que tu as dit tellement de choses que je ne me rappelle plus…

Pauline : Ce n’est pas bien grave. Je t’invite au culte ce dimanche dans ma communauté.

Moi : (m’apprêtant à lui opposer une fin de non-recevoir) Très alléchant mais…

Pauline : Non, non, non ! Pas de mais qui tienne. Viens, et si tu n’es pas convaincu, je te colle la paix.

Moi : La paix, pour combien de temps ?

Pauline : (avec une mine de résignation) Pour de bon.

Moi : Pour de bon tu dis ? C’est cher payé, mais la paix n’a pas de prix. On se retrouve où et quand ?

……………..

Si j’étais une banane, il y a longtemps que le soleil m’avait grillé ! Il fait chaud on dirait c’est un châtiment ! Déjà que j’ai accepté de porter ma croix pour aller à « la maison du Seigneur », faut pas rendre le parcours plus périlleux ! Ah, elle s’est enfin pointée la Pauline. Une partie de moi avait pourtant prié à qui pouvait m’entendre, qu’elle ne vienne pas, qu’elle soit frappée de grippe et clouée à son lit. Mais non ! Elle est là et bien en chair. Je le savais, Dieu n’existe pas.

Je m’installe à l’arrière de la salle, mais devant l’insistance de Pauline qui nous a dégoté 2 places aux premiers rangs, je me déplace. J’ai une vue imprenable sur la scène, euh…l’autel ou la chaire. Peu importe. Que le spectacle commence et qu’on en finisse.

Ça fait 15 minutes et je regrette encore plus ! Ciel, ils vont m’asphyxier ! Imaginez le concert malodorant des haleines matinales chantant en chœur dans un endroit exigu ! Je ne sais plus où donner des narines. Si je m’étais assis à l’arrière près des portes, je serais en train de respirer l’air frais du dehors. Mais c’était trop demander à Dieu, Il n’existe pas.

Quand ce n’est pas le nez, ce sont les oreilles ! Dieu n’existe pas. Donc si ce n’est pas lui, c’est  Satan qui m’attaque ! Un véritable massacre auditif ce groupe musical ! Il y en a une qui se croit à Star Karaoké et un autre qui ajoute des « ooo » à chaque vocable. C’est la version chrétienne de Magic System ou quoi ? Je ris, je ris. De manière spirituelle bien sûr. Ça ne durera pas longtemps, ils annoncent le racket, ou plutôt la quête. J’ignore royalement le panier que je passe à Pauline. En plein milieu de ce vol organisé, débarque un homme escorté par un imposant service de sécurité. À l’engouement suscité, je comprends que c’est le pasteur. Je n’ai pas pu décrocher le regard de sa montre Cartier (connaisseur connaît), ses souliers italiens en veau velours et ses boutons de manchette plaqués or dont le reflet chatouille mes yeux. Je vous l’avais bien dit, c’est du vol organisé cette histoire. Et comme un voleur vient voler, récolter là où il n’a pas semé, on annonce une 3e quête. Tel que je vois le visage des gens, il en faudra 2 autres (de quête) pour acheter le prochain costume du pasteur. Je ris, je ris. C’est clair, Dieu n’est pas ici—s’il existe.

C’est l’heure du one-man show pieusement appelé prêche. Le bishop-révérend-prophète-président-fondateur de la mission chrétienne du saint salut réservé aux Chrétiens croyants en Dieu (MCSSRCCD) prend le micro pour entretenir les fidèles. « Alléluia ! Alléluia ! Le Seigneur m’a parlé chers frères et sœurs. Il y a quelqu’un ici qui a besoin d’un miracle. Laisse-moi te dire frère, sœur, que Dieu peut faire ce miracle dans ta vie si tu crois. Ce matin, c’est ton opportunité. Pose un acte de foi pour saisir ton miracle. Le Seigneur te regarde ». Comme par hasard, on refait passer les paniers. Le pasteur harangue, harangue et continue d’haranguer, mais les paniers ne s’emplissent guère. J’ai envie de lui dire : « Mon gars, on a plus rien. Faut clôturer le culte les gens vont rentrer chez eux ruminer leur misère ! » Mais l’homme de dieu ne désespère pas. Il scrute l’assemblée et s’arrête devant une femme d’un certain âge. À ses airs, on sait qu’elle a un peu. Ceci expliquant cela, il s’adresse à elle : « Ma sœur, tu es confrontée à une difficulté en ce moment. Tu as tout essayé, rien n’a marché. Tu es fatiguée, épuisée. Le Seigneur veut te décharger, te soulager. Oui, il le veut. Mais toi, qu’es-tu prête à faire pour recevoir le repos ? Il veut te bénir tout de suite, à l’instant même. Il attend juste un geste de toi, un acte de foi. Honore-le avec tout ce que tu as, et il te bénira.» Révélation ou attalaku ? Dieu seul sait—enfin, s’il existe. En tout cas, la dame a payé cash ! Comment échapper à un tel guet-apens ? Il cherche une 2e proie, ses yeux se posent sur moi. Il veut entamer sa litanie mais mon visage hermétique le fait déchanter presto. Tu n’as pas dit tu peux, me dis-je. Le culte est fini. Enfin ! Pauline va me foutre la paix. Quand on parle du loup…

A suivre

Pauline : Alors, tu as aimé ?

Moi : J’ai passé un moment mémorable. (C’est clair que c’était plus divertissant que mon habituel programme télé du dimanche matin)

Pauline : C’est vrai ? Tu viendras dimanche prochain ?

Moi : Absolument pas ! Rappelle-toi seulement que tu as promis ne plus m’embêter avec tes histoires-là. Le Seigneur te regarde o !

Je pensais en avoir fini avec tout ça. C’était mal me tromper…

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Cet article a été écrit par Tanya Gourenne

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Comments (1)

  • Mireille Silue 30 juin 2014 à 23 h 07 min

    J’ai mis du temps avant de lire cette premiere partie (paresse quand tu nous tiens). Mais ce fut un delice pour mes yeux. J’aime les jeux de mots, et l’etat d’esprit du personnage principal…en route pour la deuxieme partie.

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