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Pascaline Ahissi

LA TONTINE

mai 9, 2014 7:00 Publié par

Décembre vient enfin de pointer son nez et je suis heureuse. C’est la période propice pour récolter des fonds pour les fêtes. Moi j’avais trois bras, alors je me retrouvais souvent avec la somme de 500 000 f CFA. Cette année, j’envisageais de monter les enchères, mais compte tenu de la situation difficile du pays, je revins sur ma décision.

Chers lecteurs, il parait que l’argent ne circule plus ohohohoh mais travaille. Pourtant le nombre de voitures tout droit sorti de chez les concessionnaires ne peuvent se compter, sans compter les immeubles qui sortent de terre. Disons plutôt que c’est nous qui ne voyons pas l’argent sinon il est là près de nous, sachons juste le chercher et le posséder. Dans cette quête infernale, chacun doit mettre une stratégie en place et moi j’ai la mienne. Nous sommes en décembre, mois de tous les pardons et de toutes les tolérances, comme le dit l’adage « en décembre, on ne se fâche pas contre les hommes, on devient plus soumise et plus aimante ».

– Allô ! Monsieur Okene à l’écoute, l’entendis-je avec sa grosse et vieille voix, il m’énervait ce monsieur avec son odeur d’adjovan là, par contre son argent sentait bon comme le parfum obsession de Calvin Klein. – Bonjour mon chéri c’est ORNELLA, lui dis-je avec une joie immense tant je le trouvais beau quand il s’agissait d’argent. – ORNELLA ? Ah comment vas-tu ? – Ça va, et chez toi ? – Je vais bien merci. Que puis-je pour toi ? – En fait je t’appellz parce que nous sommes à quelques jours des fêtes et j’ai besoin d’un peu d’argent pour mes achats. – Un peu d’argent ? – Oui un peu seulement pour me rendre belle pour toi, lui répondis-je avec un large sourire. – Chrrrrrrrrrrrrrrr, dit-il avant de raccrocher.

Mon DIEU, ce vilain monsieur avec son gros ventre m’a raccroché au nez? Moi, la belle ORNELLA que tous désirait. Mais pour quelle raison ? C’est vrai qu’il me fait la cour depuis un an et que jusque-là je ne lui ai jamais donné la chance de goûter à mon jardin d’Eden secret, sans omettre que je lui avais posé un lapin le weekend précédent, toutefois, est-ce une raison pour être impoli? Tout ça à cause de ces pauvres 100 000 f CFA qu’il me donne par mois-là. S’il pense qu’il est le seul à m’entretenir, il se fout le doigt dans l’œil. Bref, j’appelle mon Directeur de société, lui au moins il est efficace.

– Je suis à l’extérieur pour les fêtes de fin d’année, contactez moi à partir du 05 janvier. Joyeuses fêtes à vous, me dit le répondeur.

Je fus prise d’un vertige, je sentis une larme couler sur ma joue et la déception me transpercer le cœur telle une épée. Comment faire sans les trois cent mille francs de mon directeur, cette année aucun de mes neveux n’aura droit à un cadeau de la » tata noël » que je suis.

A 30 ans, je suis encore célibataire et je ne compte pas me mettre la corde au cou pour l’instant, mais mon cœur est pris par un charmant monsieur de 32 ans qui depuis bientôt deux années me demande la permission d’aller voir ma famille pour les formalités du mariage. Malheureusement pour lui je ne pouvais accepter pour le moment, je tenais trop à ma tontine, surtout qu’elle me permettait d’épargner mon salaire les fins de mois, alors je lui demandais à chaque fois de patienter. En sept années de relation, ce jeune homme n’avait jamais failli à ses obligations d’homme, en plus d’être un parfait amant, il me donnait chaque fin de mois de l’argent de poche et ce, même quand j’ai commencé à travailler il y a 08 mois. Il est presque parfait car sur cette terre, personne ne l’est.

A l’occasion des fêtes de fin d’année, je recevais de sa part la somme de 100 000 f CFA pour mes besoins. Ma famille l’adulait et me mettait toujours en garde, d’après elle, il faut battre le fer quand il est encore chaud, malheureusement, je faisais la sourde oreille malgré son ultimatum. – Allô ! sursautai-je quand j’entendis une voix féminine au bout du téléphone de mon Charles Philippe. – Bonjour madame, dis-je avec réticence tellement j’étais surprise. Puis je parler à Charles Philippe s’il vous plait ? – Je veux bien mais il est sous la douche, ne raccrochez pas je vérifie s’il peut vous prendre, puis je l’entendis crier « Bébé, un appel pour toi », je reçu une décharge électrique qui me paralysa. – Qui est-ce s’il te plait ? lui répondit-il. – Aucune idée mon ange, le numéro n’est pas répertorié. – Alors dis à la personne que je ne suis pas disponible, et viens me rejoindre sous la douche mon amour. Et là comme les tours jumelles du Word Trade center le 11 septembre 2002, je m’écroulai.

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Cet article a été écrit par Pascaline Ahissi

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Comments (1)

  • Josya Kangah
    Josya Kangah 9 mai 2014 à 14 h 10 min

    Et c’est seulement à ce moment qu’elle se rend compte qu’à vouloir toujours tout, on finir par perdre le minimum qu’on a.
    J’ai trouvé ton histoire simple, entraînante peut un peu brève mais j’ai aimé.

    Merci Pascaline Ahissi

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