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Tanya Gourenne

La Ripou-blique (2/2)

août 20, 2015 8:40 Publié par
L’ambiance est austère, dans cette salle de réunion aux murs recouverts en bois. Autour de la table ronde, le ministre de l’intérieur, et le DG de la BAC foudroient de regards malveillants le commissaire et ses hommes dès qu’ils pénètrent la salle. Dans l’un des sièges, le commissaire pose son derrière avec toute la grâce de la reine Elizabeth. Ibou et KN restent debout derrière lui, plantés tels des gardes du palais de Buckingham. « Aucun respect pour la hiérarchie! Il est culotté ce commissaire! » Pensent les autres participants à cette table ronde. Quelques minutes passent, mais personne ne dit rien. « ils m’ont fait venir assister à un silence de cathédrale! Habemus Papam! La messe sera dite », pense le commissaire de son côté. De l’extérieur on ouvre la porte. Entre d’un pas pressé, un homme suivi d’un entourage de 4 personnes. C’est le premier ministre. On commence à se lever quand il interrompt sèchement: « Assis! Pas le temps pour le protocole. Allons droit au but » en s’asseyant. Il fait signe à son entourage de sortir. – Quelles sont ces magouilles dans lesquelles vous trempez, qui sont sur le point de causer un incident diplomatique? – Monsieur le premier ministre… – Silence! Un certain Cheikh halal ou Al quelque chose s’est plaint auprès de son ambassade des forces de l’ordre déployées par le ministère de l’intérieur et qui lui auraient volé des millions. Vous vous débrouillez comme vous voulez, quitte à sortir l’argent de votre derrière, mais vous me retrouvez cet argent d’ici 48 heures! Silence mortuaire de cimetière où même les mouches ne viennent pas mourir. Le DG regarde le ministre de l’intérieur. Celui-ci regarde le DG. Tous les deux se tournent vers le commissaire. – Monsieur le premier ministre, le fautif c’est le commissaire, dit le DG. Comme voué d’un interdit de parole, le commissaire ne dit rien. Ibou est serein derrière lui. Kaka Nerveu commence à devenir nerveux. – Expliquez-vous, demande le premier ministre, s’adressant au commissaire. – Monsieur le premier ministre, avec tout le respect que je vous dois, je n’accepterai de leçon de morale de personne autour de cette table. – Quelle outrecuidance! Messieurs les ministres vous voyez ça! S’outrage le Dg – Monsieur le DG de la B.A.C. Brigade. Anti. Corruption. Votre unité a reçu de la part du ministère de l’intérieur, une flotte de véhicules neufs afin que vos équipes puissent patrouiller et intervenir avec célérité. Vous avez personnellement réquisitionné un 4×4 pour l’offrir à votre dernière maîtresse. Une métisse B.A.C. Belle. À. Croquer. Alors que votre avant dernière maîtresse est encore convalescente suite à son passage à tabac par votre épouse. Et que vous avez juré à votre épouse, et surtout son père qui a usé de ses relations pour vous faire nommer à ce poste, qu’on ne vous y reprendrai plus. Imaginez leur état, quand par mes soins ils vont apprendre tout ça… Le Dg reste bouche bée, il a avalé tous ses « i ». Il se tourne vers le ministre de l’intérieur au visage hermétique, l’air pas impressionné. Du tout. – Gardez vos potins pour la presse people. Où est l’argent Monsieur le Commissaire? – Monsieur le ministre de l’intérieur. Pompier pyromane. D’un côté, vous entretenez en armes et vivres, une milice privée qui exécute vols, braquages et agressions. D’un autre, vous avez créé une société de sécurité privée pour protéger ceux qui ne veulent pas être victime de votre milice. Vous orchestrez l’insécurité pour fournir la sécurité. Pompier. Pyromane. À quel journal local je devrais proposer ces informations? Des suggestions? – Chef, la presse internationale serait un meilleur client, suggère Ibou. Circonspect, le ministre ne dit rien. Il est pris de court. Tout doucement, il bout. Le premier ministre intervient. – Ça suffit! Qu’avez-vous fait de l’argent? – Monsieur le premier ministre. Monsieur 20%. 20% de commissions. Sur tous les contrats que signe l’État. 20% + 20% + 20%… Des centaines de 20%. Accumulés dans votre poche. Cagnotte personnelle ou cagnotte électorale? En public, vous     déclarez soutenir celui que le président a choisi comme son successeur. En privé, vous œuvrez pour recueillir les faveurs de certains pays en leur promettant contrats sur contrats afin qu’ils soutiennent votre candidature. Ce double jeu ne réjouira pas le président qui vous estime tant. Donc, on va faire une chose très simple. Je vous laisse continuer vos petites affaires et vous me laisser retourner à mon commissariat continuer mes petites affaires. Sinon, je fais tout péter. – Monsieur le Commissaire. Com-mis-saire. Vous pensez pouvoir menacer le premier MINISTRE et le MINISTRE de l’intérieur – Et le DG, Monsieur le premier ministre, rajoute le Dg – Alors vous, vous la fermez! Je connais bien votre beau-père et je l’informerai personnellement de votre incompétence. Vous commissaire, vous croyez pouvoir sortir d’ici pour mettre à exécution vos menaces? Je peux vous foutre dans un trou si profond que personne ne pourra vous en faire sortir. Kaka Nerveu est en sueur. Trempé de sueur. Quand il est nerveux, il ne contrôle pas tout. Ibou retient son souffle. Ça va péter… Plus précisément, c’est Kaka Nerveu qui va, qui pète. Une mitraillette intestinale qui (re)lâche des pets d’une pestilence rédhibitoire, capable de faire déchanter les narines les plus coriaces et les volontés les plus fermes. Ça a pété. Et les âmes sensibles qui ne pouvaient soupçonner en un corps si frêle, un pouvoir de destruction massive aussi sournois, commençaient sérieusement à s’étouffer. Ordre avait bien été donné par le premier ministre que personne n’entre, et la porte, de l’intérieur était bloquée par Ibou qui ne laisserait sortir personne sans l’ordre de son commissaire. La fin était bientôt scellée. Les ministres et le Dg, cravates desserrées et cols de chemise ouverts, rampaient vers tout ce qui pouvait ressembler à une entrée d’air non contaminé. En vain. – Messieurs, cette asphyxie aura raison de vous à moins que nous ne trouvions un arrangement gagnant-gagnant, dit le commissaire. – Pitié, ouvrez la porte. Kaka Nerveu mitraille toujours malgré lui. Pire, il sent comme une grosse boule descendre son intestin. Il en devient plus nerveux. Nerveux et incontrôlable. Incontrôlable comme la diarrhée. La diarrhée qui ne prévient jamais que par des bombes puantes, puantes, puantes. Le commissaire le sait, il la sent arriver. – J’ouvre. À une seule condition…   On a jamais su. On ne saura jamais. Quelle fut la condition, quel fut le prix du salut des ministres et du Dg. L’on retiendra juste, qu’un petit commissaire insignifiant a fait trembler les ministres de la république. Et continue depuis son commissariat, à faire tourner la ripou-blique. Si vous rencontrez dans la rue, un commissaire, au teint noir poncé, de taille et corpulence moyennes, flanqué de deux acolytes: un grand baraqué aux yeux d’hibou et un longiligne potentiellement nerveux et en sueur…. Présentez-lui mes hommages.   FIN   *Toute coïncidence avec une célèbre personnalité est fortuite. Ça n’a rien, mais alors rien à voir du tout.
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Cet article a été écrit par Tanya Gourenne

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Comments (1)

  • KABA Kouda 25 août 2015 à 14 h 57 min

    J’ai plus qu’aimé les tournures et le ton de l’histoire…. ça change et c’est magistral

     Reply

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