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Tanya Gourenne

La Ripou-blique (1/2)

août 17, 2015 7:48 Publié par
FontCandy (4) Commissariat du 11e arrondissement d’ une commune d’une ville d’un pays qui ne dit pas son nom… Bienvenu(s) dans la ripou-blique de Moi-président*. La très très de-Moi-cratique. Oui, tout tourne autour de moi. Sous ces cieux je suis dieu. Fesses du pape, et sur tous les autres, je chie. Ici, on est des ripoux et on assume. Premier d’entre eux, père fondateur de la blique, guide suprême, soleil de leur dépendance, je suis. À vie. Avé moi. Omni moi. On toque à la porte. C’est le sergent Kaka Nerveu (ce n’est pas un nom, c’est un surnom). – Mon commissaire, tous mes respects. On a un BF (bailleur de fonds). – Faites le entrer. Kaka Nerveu et le sergent Ibou traînent le mécréant jusqu’à la chaise et le font asseoir en toute brutalité. – Mon commissaire, c’est un brouteur présumé, on l’ a pris la main dans le sac! Dit Kaka Nerveu. – La main dans le sac, tu dis? On ne peut donc plus présumer de son innocence! – Chef, je suis innocent. Je n’ai rien fait. D’ ailleurs, il n’y a aucune preuve de quoi que ce soit! réplique le suspect. – Tu es innocent ou bien il n’y a pas de preuve? Demande Ibou. – Je dis vous n’avez aucune preuve pour me séquestrer de la sorte! – eh, arrête tes gros-gros français ici sinon je vais te… Ibou le retient de justesse alors qu’il s’apprêtait à bastonner le suspect. Sa sauvagerie est aussi incontrôlable que la diarrhée. Vous comprenez pourquoi on l’appelle Kaka Nerveu. Ibou, par compte n’est pas un surnom. Mais si je devais lui en donner un, ce serait Hibou. Tout à fait à l’ image de ce qu’il est. Avec ses grands yeux ronds et perçants, aucun secret ne lui échappe. Il est mon élément sûr, le noyau dur de ma blique, mon service de renseignements généraux à lui tout seul. – Petit, tu n’ es pas brouteur? – Non. Je fais un petit signe à Ibou qui fait apparaître du sac du jeune homme un paquet. – Mon commissaire, on dirait qu’il dit vrai hein. Je viens de trouver un paquet de drogue dans son sac. Ça doit faire deux bons kilos ça! Le jeune homme est ahuri. Bienvenu dans ma blique petit salopard! Je goûte la came. – Petit, tu es dealer de drogue? C’est de la pure coke que tu transporte comme ça. C’est rare et ça vaut cher… – Je ne sais pas d’ où sort ce truc. Ce n’est pas à moi. – Effectivement, il n’y a que Sékou le Caïd qui deale cette coke-là. Comme par hasard, il a perdu 5kg de marchandise la semaine passée, et il recherche activement le petit couillon qu’a fait ça. De nos jours, les gens n’ont plus peur de la mort. T’as entendu parler de Sékou? Le petit commence à transpirer. – Ne t’inquiète pas, il va pas te tuer. Juste te crever un œil ou deux, ou encore t’arracher un testicule. Ca dépend de ses humeurs… À force de goûter à sa propre came, il s’est grillé les 2 seuls neurones qu’il avait. – C’est de la torture, ça. C’est illégal! – On t’a pas envoyé de voler la came de Sékou! Dit Kaka Nerveu – Mais c’est pas moi! – Tu vas expliquer ça à Sékou quand vous serez face à face. Le mécréant veut parler, il hésite… – Chef, c’est bon. Je suis brouteur… – C’est ce qu’on disait depuis le début! S’exclame KN. Je parcours rapidement le dossier renseignements qu’a fait Ibou sur notre brouteur alias « Pluie de milliards FMI »*, avant de commencer. – Tu es sur un gros coup en ce moment. Tu as réussi à amadouer le Cheikh Al-Binad d’ Arabie Saoudite qui arrive demain avec une forte somme pour toi. Je veux ma part….   C’est très simple, dans la chaîne alimentaire je suis en haut. Je mange et je mange. Mais je ne suis pas un repu, sinon j’aurais fait une république. Les repus se goinfrent, s’empiffrent jusqu’à s’endormir en mangeant. Or, la vie est une jungle. Nous les ripoux, on est des félins. Agiles, discrets, rapides, toujours aux aguets. L’ éléphant avec sa lourdeur est le plus imposant des animaux mais c’est le lion qu’on a fait roi de la forêt.   Ailleurs, quelque part au siège de la Brigade Anti-Corruption (BAC), dans le bureau du directeur… – Dg, le compte du mois, fait le subordonné en glissant une rondelette enveloppe bourrée de quelques millions de cfa sur le bureau. – Et le reste? Rétorque-t-il sans contenir son agacement. – On a eu un problème: le commissaire du 11e. Le dg essaie de se contenir, mais une fumée noire s’échappe de ses narines. – Dg, ce commissaire est incontrôlable! Il ne respecte pas la hiérarchie, il mange dans tout ce qu’il trouve, même ce qui ne lui est pas réservé! Il se rapproche du dg puis lui chuchote: même dans l’affaire du Cheikh Al-binad il nous a court-circuité… – Comment ça, court-circuité? – Il s’est présenté à l’aéroport et a fait passer ses hommes pour la garde rapprochée mise à disposition du Cheikh par nos services. Ils l’ont escorté jusqu’au point de rencontre avec le brouteur et ont subtilisé une certaine somme lors de l’échange. En gros, ils ont encaissé notre part… – Mais nos gars étaient fourrés où pendant ce temps? – En fait, Mr le Directeur, ils attendaient le Cheikh à son hôtel. Or il n’y est venu qu’après la rencontre… – Espèces d’imbéciles, idiots, incompétents! Les trois « i »! Et ce commissaire qui n’en fait qu’à sa tête! Il va entendre parler du paysage celui-là. Convoquez-le. – Hum, Mr le Directeur. Le commissaire n’a jamais daigné répondre à nos convocations. Si j’étais vous, je ferais intervenir le ministre… – Écoute-moi bien. En tant que ton supérieur direct, et parce que je t’aime bien, je dois te dire certaines vérités. Tu es un « i »: Inintelligent. Mais il t’arrive d’avoir des éclairs de lucidité. En sortant, dis à la secrétaire de m’obtenir un rendez-vous avec le ministre, le plus tôt possible. Aux grands durs, les grandes mesures. – Bien noté DG. – Je ne t’ai pas demandé de noter, je dis de sortir de mon bureau.   L’affaire Cheikh Al-binad a été un succès. On a encaissé et le Cheikh, et FMI. Quand les gens font des affaires, on fait des affaires. Si nous n’avions pas été là, au nom des autorités, le Cheikh se serait douté qu’il allait se faire plumer. Vous me penser cupide? Je ne le suis pas du tout. Le pouvoir ce n’est pas l’argent. Ce sont les informations… Cet argent va aider la blique à déployer son réseau d’indics…   Quelques temps après, un bon matin, au commissariat du 11e, débarque dans une berline noire aux vitres teintées, un groupe de trois hommes en costard et lunettes noirs, eux-mêmes étant noirs. Avec force et arrogance, ils s’introduisent dans le bureau du commissaire. – Messieurs, je peux vous aider? – Nous sommes du ministère de l’intérieur. Vous êtes convoqué séance tenante par le ministre. Veuillez nous suivre avec vos deux éléments. – Vous pensez que le ministre ou son trou à 4 murs appelé ministère sont si difficiles à trouver pour que j’ai besoin d’un commando de noirauds pour me guider! – Monsieur, suivez-nous de votre plein gré. C’est un ordre. – Ibou, Kaka Nerveu, nous sommes conviés à une rencontre avec le ministre. J’espère que les bonnes manières ne vous sont pas étrangères, dit-il sourire en coin. Ces gentils messieurs vont nous escorter…   A suivre  
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Cet article a été écrit par Tanya Gourenne

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Comments (4)

  • Ange GNALY 18 août 2015 à 15 h 12 min

    Vivement la suite!!! Super ce texte. Un régale. Un pur délice à savourer sans modération. J »ai a-do-ré!!! Mort de rire du début à la fin de ma lecture, j’ai bien aimé le surnom Kaka Nerveu du sergent incontrôlable et la ruse utilisée par les policiers pour .faire avouer le brouteur. Il y a cependant une coquille due surement à une erreur de frappe (Ibou, par compte n’est pas un surnom – par contre). Vive la Ripou-blique!!!

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  • Encore Again 19 août 2015 à 10 h 31 min

    Vivement la suite!!!
    Plaisant à lire, malgré quelques coquilles

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  • productionent 20 août 2015 à 4 h 14 min

    Histoire très amusante et bien rédigée. J’anime aussi un blog où je rédige assez souvent des chroniques drôles sur les préoccupations féminines. http://www.productionsent.com
    Bonne lecture.

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  • Gourene Cyrille 19 novembre 2015 à 18 h 56 min

    Beau texte.
    Le titre  »Ripou-Blique » a motivé ma lecture.

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