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Armel N

LA PREMIÈRE FOIS

septembre 26, 2013 8:09 Publié par

 Assis sur le lit, les coudes sur les genoux et la tête entre les mains, il se remettait de ses émotions. Il n’arrivait pas à dormir. Ce qu’il découvrait aujourd’hui, il ne l’avait jamais ressenti.  L’air conditionné sur sa peau nue avait même quelque chose de nouveau. Son cœur qui battait jusqu’à rompre sa poitrine, une heure plus tôt, était maintenant serein. Trop serein même. Il aspira une grande bouffée d’air. Une odeur de sueur mêlée à un doux parfum chatouilla ses narines. C’était son parfum à elle. Il le reconnaîtrait entre mille. A cette pensée, il se souvint qu’il n’était pas seul, tourna la tête, et la vit.

Elle était là, couchée près de lui, assoupie. Elle respirait doucement. Sa divine poitrine nue se soulevait à chaque bouffée d’air qui entrait par ses narines. Telle une invite. Il lui suffisait de tendre le bras pour titiller les tétons durcis et sentir sous ses doigts la douceur de sa peau. Ses longs cheveux soyeux, éparpillés sur l’oreiller décrivaient un chaos d’une beauté indescriptible autour de son visage fin. De sa bouche entrouverte elle expirait. Cela avait quelque chose de sensuel. Non, érotique. Chaque souffle ressemblait à un soupir dans l’attente désespérée d’un baiser qui se faisait attendre. Encore et encore. Ses bras étaient ouverts en croix. Tel un piège, qui n’attendait que sa proie pour se refermer autour.

« Elle est si belle… »

C’était sa première fois, leur première fois.

« Et sans doute pas la dernière ».

Cette évocation lui rappela qu’il n’aurait jamais cru arriver si loin. S’il en parlait lui-même, personne ne l’aurait cru. Et pourtant si. Ils étaient là, ensemble. Elle et lui. « Comme dans un rêve. »

Un bourdonnement attira son attention. Sur la table de chevet, un téléphone vibrait depuis un moment. Le sien.  Il n’avait envie de parler à personne. Le téléphone vibra encore.

«Si tu ne veux pas répondre éteins-le.» La voix endormie était sans appel.

Il se retourna et lui esquissa un sourire. Un sourire feint. Il craignait d’entendre la voix au bout du fil – surtout qu’il se doutait qui ce devait être-  mais s’exécuta. Le nom qui s’affichait sur l’écran du  téléphone lui donna raison. Il se leva, ramassa le caleçon qui traînait par terre, le mit avant de se saisir du téléphone et sortir sur le balcon.

A l’autre bout du fil la voix se faisait impatiente, à la fois douce, chaude et câline. Il fit de son mieux pour lui rendre la pareille. «J’étais occupé c’est pour ça que j’ai tardé à répondre… oui, oui tout se passe bien t’en fais pas… vous allez bien là-bas ?»

–       Oui, notre futur champion va même très bien.

–       Ha bon ? raconte. Dit-il soulagé de ne pas avoir à poser de questions.

–       Il donne des coups de pieds très souvent. Hi hi hi il sera sportif, pas comme son père…

–       Moque-toi. Ce sont les intellos qui dominent le monde, pas les sportifs.

–       C’est ça !

Il pouvait l’imaginer tirer la langue comme elle aimait bien faire.

Il resta naturel. Jusqu’au bout. La voix dit «je t’aime» pour finir.

Hésitation… puis il répondit : « moi aussi ».

En raccrochant il lâcha un soupir, soulagé de ne pas avoir menti : Il était bel et bien occupé et il l’aimait vraiment. Il restait donc un peu de l’homme qu’il avait été. Enfin… pas vraiment. 29 ans d’une vie régulière et sans grand reproche venaient de s’éteindre. Il prit soin de ne plus regarder ses mains. Même bien cachée – dans une obscure poche- son alliance se rappelait à son bon souvenir. Un an avec un anneau autour du doigt, ça laisse des traces. Du genre que l’on n’efface pas en une nuit.

Il en était à se demander « quel genre d’homme suis-je devenu» quand une douce main se posa sur son épaule. «Tout va bien ?». Il ne répondit pas, trop occupé à la regarder. Elle se tenait là, près de lui, légèrement enveloppée du blanc drap telle une toge romaine. Telle Agrippine. Il continua à regarder observer l’objet de sa chute qui  lui souriait candidement. Le drap glissa un peu laissant apparaître un peu plus de peau. Dans un élan de fausse pudeur elle se colla contre lui. Il pouvait sentir la douceur de sa peau contre la sienne. Une brise légère souffla et elle se serra un peu plus. Peau contre peau, chacun de ses mouvements devenait caresse. Il l’enlaça, elle l’embrassa dans le cou. Il fondit. Doucement elle le tira vers l’intérieur. Il se laissa entraîner, sans résister. Leurs lèvres se joignirent. Quand il s’enfonça dans sa douceur, il oublia tout. Sa vie passée, son nom. Plus rien ne comptait. Il n’était plus le même c’est vrai, mais il y réfléchirait plus tard.

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Cet article a été écrit par Armel N

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Comments (17)

  • Licka choops 26 septembre 2013 à 9 h 41 min

    j’aime ton texte. Moi quand y’a de l’amour je cap toujours. Mais certain pourrait taxer ton texte, d’histoire à l’eau de rose et ils auront raison on croirait lire une page d’adoras. Quoi qu’il en soit c’est très beau, cette manière de décrire simplement avec les bons mots le trouble de cet homme qui se laisse séduir. J’aurai bien aimé savoir qui était la fille mais bon c’était un bon petit moment de lecture merci.

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  • missshineejo 26 septembre 2013 à 12 h 53 min

    Mon commentaire rejoint celui de Licka … Un bon petit moment de lecture. Merci Armel

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  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 26 septembre 2013 à 14 h 12 min

    Texte évasif. A la lecture, on ressent un brin de suspens qui grandi au fil du texte, une grand nombre de questions se soulèvent. Le petit hic c’est que le dénouement n’est pas à la mesure du suspens si bien entretenu plus haut (avis personnel). Très belle écriture.
    Merci Armel N.

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  • Armel N 26 septembre 2013 à 18 h 24 min

    Merci pour vos commentaires. Mon but est atteint quand je lis vos commentaires. Je voulais simplement écrire/décrire un instant banal comme celui là. Pour le reste, s’il fallait continuer, je n’aurais pas travaillé le suspens mais plutôt le trouble des personnages et leur état psychologique.
    Bien à vous.

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  • Armel N 26 septembre 2013 à 18 h 37 min

    Et si vous avez passé un bon moment, que puis-je demander de plus? Je m’améliorerai encore et encore rien que pour ça. Merci 🙂

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  • Saadjee 26 septembre 2013 à 20 h 14 min

    Ecriture très belle, j’aime beaucoup ton style, tu as un don pour faire passer les émotions sans avoir besoin d’en dire trop. Au plaisir de te relire!

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  • Kitchin
    kitchin 27 septembre 2013 à 14 h 55 min

    Belle écriture, Pour un flash, j’ai du lire deux fois pour être flasher vraiment. Tu décris tes scènes avec tellement de maestria que les images viennent d’elles même dans la tête du lecteur. Merci

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  • Tanya Gourenne
    Tanya Gourenne 27 septembre 2013 à 14 h 55 min

    Je trouve ce texte interessant et brillant dans la mesure ou Armel N a atteint avec maestria le but qu’il s’etait fixé: « décrire un instant banal ». La simple description suffit à entrevoir le trouble du personnage principal.

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  • Skyrocket
    Skyrocket 28 septembre 2013 à 17 h 02 min

    Un texte simple avec de « beaux » mots. Tu as su decrire une simple scene d’infidelite en un moment magique. J’aime

     Reply
  • HOPE
    HOPE 1 octobre 2013 à 22 h 39 min

    j’étais plutôt heureuse au début du texte. Mon cœur battait au rythme du personnage, mieux je me glissait dans peau. j’aimais la tacon dont il était fascine par sa compagne de chambre. Puis un sentiment de révolte s’empare de moi quand je découvre que cette admiration toute cette excitation est adressée a une autre que la femme. pfff déception totale… C’est tres bien écris tu as réussi a me plonger dans ton texte. Tres belle description. Bonne continuation

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  • Eugenio 4 octobre 2013 à 17 h 59 min

    je lis ton texte assis dans le bus, et rien ne détourne mon attention tellement il est captivant. je ne trouve pas encore le bon compliment à t’adresser, juste « merci » pour pour ces images et cette scène « pas si banale » finalement. Good Job !

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  • Armel N 4 octobre 2013 à 18 h 13 min

    Merci Eugenio… merci à tous

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  • Stéphane K 13 octobre 2013 à 13 h 58 min

    Ex-cel-lent

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  • Armel N 13 octobre 2013 à 15 h 25 min

    Merci Stéphane k

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  • Manu Bake 1 novembre 2013 à 5 h 25 min

    Quel beau texte !
    Je l’ai dévoré d’un trait, tant il est fluide et digeste. De si belles productions nous réconcilient avec la littérature. J’ai particulièrement apprécié la forme et le style. Vocabulaire varié, rythme lent, ponctuation hachée, phrases nominales… Toutes les caractéristiques d’un texte pathétique. Ici, la forme épouse le fond. Le développement psychologique des personnages est si bien réussi !

    Toutes les histoires d’amour se ressemblent, peut-être. Mais celle-ci ne se démarque par une véritable originalité.

    Je tombe en admiration devant l’assurance d’écriture d’Armel. Merci pour ce moment de lecture. Et je suis curieux de lire tes prochains textes. Peut-être, dans un autre registre.

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    • Armel N. 2 novembre 2013 à 9 h 28 min

      Merci Manu. J’ai fait au mieux. Je proposerai un texte bientôt dans un autre registre et un style différent (enfin, je pense).
      Bien à toi.

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  • Manu Bake 4 novembre 2013 à 12 h 05 min

    Armel,
    Permets-moi cette petite interrogation: Dans « Ce qu’il découvrait aujourd’hui..» (deuxième ligne), n’y aurait-il pas un souci de concordance de temps? J’ai toujours pensé qu’il est plus correct d’écrire « Ce qu’il découvrait CE JOUR-LA .. » et « Ce qu’il découvrE aujourd’hui… » .

    « Ce qu’il découvrait aujourd’hui..» te semble-t-il correct?

     Reply

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