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Marshall Kissy

LA MER

septembre 17, 2013 5:10 Publié par

Au cœur des ronces de la nuit, l’aube, d’une gymnastique finement pénible, tentait tant bien que mal de se frayer un chemin. Au premier chant du jour malade d’une monotonie aiguisée, les pas hésitants de Céline caressaient les sables quiets de la plage toute déserte. Elle marchait. Céline marchait. Elle allait son chemin, sans savoir où aller. La musique humide du vent maritime semblait la conduire nulle part. Les pieds nus dans le sable épais, elle marchait toujours. Une belle larme discrète se mouvait dans le secret de ses yeux éplorés tandis que sa mémoire, surchargée, n’avait de cesse de ressasser le poids amer de la douleur.

La mer. La douce mer paraissait une source amère dans le reflet de laquelle elle revoyait, de tous ses yeux, témoins oculaires, le sang, ce sang abondant qui sourdait comme un geyser de l’enfer lorsque le guilleret chemin qui menait à l’éden fut soudainement écourté… par ce chauffard, ce disciple de Seth dont le camion malvoyant, malveillant percuta à mort celui à qui son cœur venait de jurer fidélité et amour jusqu’au crépuscule de la vie.

La mer. Cette mer jadis paisible au rivage édénique où leurs pas se confondaient, s’entremêlaient d’amour et de ris pointus ; cette mer qui, sous les valses rythmées des rayons du soleil, écoutait les mélopées de leurs cœurs un, unis à l’appel du bonheur, Céline, les pensées en porte-à-faux, ne la voyait plus du même œil, car chacune de ses vagues lui remettait en tête le bain de sang dont les flots avaient emporté sa paire. Ce n’était pas un cauchemar. Il s’en était bel et bien allé pour l’autre rive.

La jeune femme, veuve précoce malgré elle, se donnait du mal à surmonter cette épreuve herculéenne. Mais c’est en vain qu’elle se mortifiait, se triturait les méninges. Les dieux du souvenir avaient, semble-t-il, choisi de faire de son esprit, leur temple. Céline n’y parvenait pas. Son courage n’était pas assez fort. Dix jours. Dix jours que durait cette descente dans l’Hadès. Dix jours que la peine faisait le joli cœur dans sa vie. Dix jours que la souffrance, fière rebelle, allait crescendo, lui murmurant désarroi.

Le jour, timidement, s’affinait, s’affirmait au fil des minutes. Dans un mouvement brusque et indécis, la jeune femme, qui s’était assise à contempler ses larmes éternelles, se leva, marcha à pas chancelants, courut et se jeta à la mer en colère. Bientôt, elle s’éloignait du rivage, au milieu des vagues atteintes de rage.  Deux sauveteurs de fortune, aux corps de renard, alertés par un badaud matinal, se hâtèrent d’aller à la rescousse. Ils la ramenèrent sur le rivage. Mais dans un dernier soupir hasardeux, Céline, joyeuse d’un coup, rendit l’âme…

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Cet article a été écrit par Marshall Kissy

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Comments (9)

  • Adje Valdo 19 septembre 2013 à 19 h 42 min

    succinct, riche même si je n’ai pas apprécié le dénouement. L’Amour quel qu’il soit ne doit pas nous priver de la vie.

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  • Licka choops 20 septembre 2013 à 22 h 55 min

    belle histoire j’aime beaucoup cet amour si fort; cette peine que tu décris et ce sentiment d’amour fou qui decide de dépasser les limites de la terre pour vivre dans l’éternité pour toujours. J’aime cette sombre luminosité qu’il y’a dans ton texte je m’y voyais.

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  • Saadjee 22 septembre 2013 à 14 h 26 min

    Standing ovation! Jusqu’ici, je trouvais ton style assez grandiloquent, lourd même parfois…Mais là, je suis conquise. Le langage est châtié sans être pédant, ton texte a du rythme, de la poésie, une beauté tragique. Tu es concis et efficace. Bravo, et merci pour ce moment précieux de lecture!

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  • Marshall Kissy
    Marshall K. 23 septembre 2013 à 13 h 38 min

    Oooooh ! Merci Saadjee. Et aussi merci à vous tous qui m’aviez reproché, il y a un bon moment, ce style lourd… (Malicka et les autres) ça m’a permis de m’en rendre compte. Avec des tournures simples, on peut dire de belles choses. Et c’est ce que j’essaie de faire au mieux. Grâce à votre finesse d’esprit… Encore merci !

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  • Marshall Kissy
    Marshall K. 23 septembre 2013 à 13 h 41 min

    Valdjo, « L’Amour quel qu’il soit ne doit pas nous priver de la vie. » ? Tu n’as surtout pas tort, mais… un point de vue fort discutable de mon point de vue…

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  • Marshall Kissy
    Marshall K. 23 septembre 2013 à 13 h 46 min

    Oh ! Valdo je voulais écrire. Excuse si, ton nom, j’ai écorché.

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  • Kitchin
    kitchin 24 septembre 2013 à 8 h 59 min

    Bravo à Marshall K., la lecture de ton texte m’a plongé dans l’univers de Ken Bugul plus precisement dans son oeuvre de l’autre coté du regard. Pratiquement le même style, un cocktail fait de poesie et d’une richesse de vocabulaire qui enivre le lecteur. Bravo, même si le denouement tragique me laisse un peu sur ma faim, l’amour pour son défunt marié devait amener le personnage a continuer de vivre. Comme l’a rappelé quelqu’ un plus haut,  » l’amour ne doit pas tuer l’amour ».

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  • Marshall Kissy
    Marshall K. 24 septembre 2013 à 13 h 47 min

    Merci dear Kitchin ! C’est un honneur. Concernant le dénouement, je vois que tu rejoins l’avis de Valdo… « L’amour ne doit pas tuer l’amour » as-tu soutenu. Je ne partage pas forcément cet avis. Y aurait-il des canons esthétiques en la matière qui voudraient que l’amour soit toujours assez fort pour venir à bout de la souffrance ? Cela m’étonnerait. Mon point de vue n’est guère aux antipodes du vôtre, en ce sens que la fin aurait pu être heureuse. Mais je crois que finir sur une note de gaieté ou sur une note « sombre »… L’un ou l’autre. Je crois. Est possible. Plausible. Merci.

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  • M.C AGNINI
    M.C AGNINI 26 septembre 2013 à 13 h 46 min

    Beau texte, l’auteur a vraiment su transcrire les émotions du personnage. Un texte en prose je dirais vu le style poétique du utilisé. Merci Marshall K.

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