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LA LOI DU KARMA (2)

septembre 21, 2012 2:50 Publié par

Francis avait beaucoup et trop vite changé, il était devenu quelqu’un d’autre et son poste lui était monté à la tête tant et si bien qu’elle avait du mal à tenir en place. Il  était en effet devenu amnésique au point d’oublier la valeur de l’argent. Devenu arrogant et dépensier, chacune de ses sorties faisait souffrir son porte monnaie. Ce travailleur consciencieux, ce père de famille attentionné, ce fils, ce frère, ce cousin, ce neveu, si généreux, si avenant était devenu un tout autre personnage.

Sa femme essayait de le rappeler à l’ordre. Pour toute réponse, la pauvre s’entendait rabâcher qu’il n’avait pas de conseil à recevoir d’une personne qui n’avait jamais emprunté le chemin du travail : «  Francis, c’est bien toi à nos débuts qui m’a demandé d’arrêter mes études parce que tu ne voulais pas que ton épouse se fatigue à la tâche alors que c’était ton devoir de ramener de l’argent à la maison ! » s’offusquait Florence.

-Tu ne t’es pas longtemps faite prier outre mesure pour dire « oui »  que je sache, cela témoigne du fait qu’inconsciemment tu t’y étais prédisposée, lui répondait-il d’un ton acerbe

-Pense à tout ce qu’on a vécu. Ta cousine était malade, tu as refusé de payer les frais  médicaux alors qu’elle est orpheline et que tu as promis à ses parents de la prendre en charge.  La pauvre a souffert et est finalement décédée. A ses funérailles, tu as brillé par ton absence. Ta famille ne te voit presque plus, tout le monde a prié pour que ta promotion soit effective et tu as eu un poste par intérim. Tu n’es même pas encore confirmé que tu es méconnaissable. Est-ce une façon de nous remercier ?

-Ma cousine ? Pff ! C’est la loi du karma. Je suis sûr qu’en cherchant bien on trouvera une explication à son malheur.  Ce n’est rien d’autre que la conséquence de ses actes. Moi, je suis ce que je suis parce que je le mérite. SEUL, j’ai étudié pendant mon parcours scolaire et estudiantin, SEUL, j’ai eu ce boulot, SEUL, je Me suis démené pour avoir ce poste. C’est la loi du karma. Estime-toi d’ailleurs heureuse que je sois encore avec toi.

Leurs disputes avaient toujours la même chute, la même constante, à savoir la douleur de Florence, les seules variantes étaient les injures et les paroles blessantes de Francis qui était en passe d’épuiser le rayon méchanceté de son comportement.

En plus de son attitude qui a pris un virage à 180 degrés avec sa famille et ses proches, Francis faisait depuis un moment son travail en dilettante, ce n’était plus le perfectionniste et méticuleux collaborateur d’autrefois. La finance requiert une grande attention pour éviter erreurs et impairs. On était loin d’un scandale, mais  le meilleur fait éclipse au bon qui de ce fait, a un arrière goût  mauvais.

Les six derniers mois de son intérim n’avaient pas été catastrophiques, certes, mais on était loin des félicitations  glanées à sa prise de fonction.  En outre, son instabilité conjugale en plus d’être au centre des débats commençait à influer sur son attitude professionnelle.

Francis avait occupé sa jeunesse à faire des études son seul centre d’intérêt, à chercher à être correct à tous égards. Une fois l’ascension sociale venue, le frein à toutes les inhibitions lâche et laisse libre cours à la vie de débauche, à moins d’avoir la tête bien fixée sur les épaules, ce qui était loin d’être son cas. Il voulait tout vivre, tout voir, tout faire, il se disait qu’il avait perdu du temps, trop de temps. Francis n’était pas très beau, mais sa beauté selon lui se trouvait dans ses poches, elles pleines. Il pouvait avoir toutes les filles qu’il voulait.

Le 16 Août approchait à grands pas, Francis avait hâte que ce jour arrive. Ce serait son heure de gloire, les Ressources Humaines le délivreraient enfin! Il aurait une plus large marge de manœuvre. Des ajustements salariaux avaient été faits et la nouvelle grille de salaire convenant à son poste de chef de département une fois qu’il serait confirmé était très alléchante. Mais diantre que les jours passaient au pas de tortue ! Sa patience était mise à rude épreuve…

***

Ce dimanche 15 aout, Francis, féru et fan incontestable de zouglou avait levé le coude plus d’une fois et plus que d’ordinaire pendant que ses oreilles se délectaient des douces notes de ce genre musical au maquis « les internes » à Yopougon.  Sa table était entièrement recouverte de bouteilles de bière et d’alcool en tous genres. Ses amis de circonstance – car dit-on, la boisson crée la fraternité là où parfois, il n’y aurait jamais eu une simple amitié – rivalisaient d’éloges à son endroit. C’était un Francis encensé et adulé par ses compères d’un soir, ou plutôt d’une tournée, qui passait commandes sur commandes. Ses compères, ivres et fiers disaient à ce dernier « tu es un vrai gars». Il se lança alors dans des hasardeuses explications :

-Vous savez les gars, je viens célébrer par anticipation ma confirmation dans mes nouvelles fonctions. Bon, je suis dans le costume de Chef depuis un moment maintenant. Mais c’était un costume prêt à porter, celui que je mettrai  dès demain, ça sera du « sur mesure ». Ce poste deviendra mien, j’en ai la certitude.et pour fêter cela par anticipation, j’offre encore une tournée à tout le monde.

Des hourras saluèrent le geste du « bienfaiteur » Francis. Tous levèrent leurs verres au nouveau poste sans la mention « par intérim » de Francis.

La soirée se poursuivit entre rires tonitruants et causeries bon enfant, avec le nom de Francis chanté par des chansonniers en tous genres et des groupes d’ambiance présents pour la circonstance…

Pendant ce temps à la villa d’Angré, il était 1h du matin et Florence essayait de remettre Melissa au lit.  La pauvre gosse faisait la fièvre et n’arrivait pas à s’endormir. Lorsqu’elle put enfin fermer les yeux, Francis fit son entrée dans un branle-bas qui la fit sursauter et  s’éveiller en pleurs. «Francis, essaie de faire moins de bruit s’il te plaît » supplia Florence

-Oui c’est ça, des reproches, toujours des reproches, encore des reproches. Est-ce de cette manière que tu me traites à la veille de ma confirmation? Je savais que tu ne m’aimais pas, mais de là à me détester? Je n’en reviens pas! Je t’ai tiré de la misère et je t’ai mise à l’abri du besoin. Ok, puisque je suis indésirable ici, je repars. répondit-il en tournant les talons d’une voix entrecoupée par des « hic », trahissant son état d’ébriété.

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Cet article a été écrit par Bee

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Comments (3)

  • Josya KANGAH 21 septembre 2012 à 23 h 52 min

    ENCORE UN TEXTE BIEN ECRIT. JE VAIS FINIR PAR ME TROUVER A COURT DE MOTS TANT VOS TEXTES SONT BEAUX ET VOS HISTOIRES EXALTANTES.

     Reply
  • Fortin 22 septembre 2012 à 23 h 07 min

    Tout simplement MA-GNI-FI-QUE

     Reply
  • Bee 23 septembre 2012 à 9 h 59 min

    Merci beaucoup!

     Reply

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