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Mary Write

La fille du père Noël

mai 6, 2015 9:14 Publié par

Le petit filtre de lumière qui se faufilait dans la pièce pour chasser la pénombre vint caresser le visage de Noël Mariko, tandis qu’il s’éveillait avec un sourire aux lèvres. Il avait passé une excellente et paisible nuit et cette journée, comme tous les matins de Noël, s’annonçait magique.

Ce n’était pas tellement l’esprit de Noël qui réjouissait tant ce grand gaillard de 1 mètre 90, qui avait bien évidemment passé l’âge de croire au subterfuge d’un vieux bonhomme en rouge et blanc capable de parcourir en une nuit la terre entière pour livrer des cadeaux. C’était plutôt un rendez-vous unique, son rendez-vous à lui qu’il attendait tous les ans avec la ferveur du gamin prompt à déballer son présent.

Noël Mariko paressa encore quelques minutes dans son lit avant de se décider à aller prendre sa douche et se faire beau. Il avait un long trajet de 3 heures à faire ce matin pour rejoindre la ville voisine, raison pour laquelle il bénéficiait exceptionnellement comme tous les ans d’une dérogation spéciale par rapport à ses obligations religieuses. Oui Noël Mariko était un serviteur de DIEU, prêtre depuis son plus jeune âge, qui avait décidé de se consacrer entièrement à son adoration et à la diffusion du message divin.

Il jouissait d’une excellente réputation dans sa communauté. Réputation qui s’étendait d’ailleurs bien au-delà du pays, vu les nombreuses sollicitations dont il faisait l’objet régulièrement pour animer des séminaires religieux à travers le monde entier. Malgré la vie austère à lui imposée, Noël Mariko avait cependant cédé au péché de la mode et se distinguait, en plus de sa forme athlétique, par le soin qu’il prenait à se vêtir avec goût et en suivant les tendances du moment chaque fois qu’il quittait sa robe.

Une fois prêt, Noël Mariko sortit, démarra sa voiture et prit le chemin du départ. Chaque kilomètre le rapprochait d’Anna, une fillette de 5 ans qu’il avait prise en affection et à qui il dévouait exclusivement sa journée du 25 décembre. Elle était la fille d’une ex paroissienne dévote, Nathalie Coulibaly, qui était un exemple de piété et qui, quelques années plus tôt, avait connu un événement qui avait changé le cours de sa vie et l’avait obligée à s’exiler dans la ville voisine pour échapper aux commérages.

Un soir, après la messe et s’étant rendu compte qu’elle avait oublié son téléphone, Nathalie avait dû rebrousser chemin vers l’église. Malheureusement, elle était tombé en empruntant la ruelle qui la menait à la porte de l’église sur un individu de forte carrure et à la démarche étrange. Le temps de se rendre compte et de joindre l’acte à son intuition qui lui conseillait de vite s’échapper pour ne pas prendre de risques, elle avait reçu un coup sur la tête et avait été retrouvée inconsciente le matin du drame par le père Noël Mariko pour être conduite à l’hôpital. Elle avait appris par la suite qu’elle était restée dans le coma pendant 6 mois. 6 longs mois où elle avait porté dans son ventre le fruit de cette rencontre : Anna. Les médecins n’ayant pu prendre de décision concernant le sort du bébé et maintenant qu’il était trop tard, elle avait dû apprendre à vivre avec celle qui était devenue 5 années plus tard le centre de son existence, sa fille.

Quand Noël Mariko arriva devant la porte de la maison de Nathalie Coulibaly et qu’il sonna, il entendit derrière la porte en bois le rire cristallin de la petite fille, Anna, et son cri strident : Maman, le père Noël est arrivé avec mes cadeaux. Une fois la porte ouverte, Anna lui sauta dans les bras et plaqua aussitôt une grosse bise sur ses joues avant de s’emparer des paquets qu’il avait dans les mains. Nathalie amusée observait un scénario qu’elle avait plaisir à voir se renouveler chaque année.

La journée continua comme elle avait commencé, au rythme de la joie débordante d’Anna jusqu’à ce que sonne l’heure du départ pour le père Mariko. Il dû se résoudre à prendre congé de ses hôtes d’une journée avec cependant le sentiment d’avoir passé un excellent moment et apporté le réconfort qu’il s’était promis d’accorder au moins une fois par an à cette dame qui avait tant souffert.

Noël Mariko allongea le pas vers sa voiture après avoir salué Nathalie et Anna sur le pas de la porte. Nathalie regarda s’éloigner ce géant et fut prise d’une boule de tristesse. Tristesse, fruit d’un lourd secret qu’elle ne pourrait jamais partager avec le reste du monde. Elle se remémorait les circonstances de cette terrible soirée.

Son amour secret pour le père Noël, ses vaines tentatives de lui faire passer ce message par sa dévotion et sa présence ponctuelle au culte, sa tentative ce soir-là de le droguer après avoir fait semblant de rester après tout le monde, comment elle l’avait vu commencer à perdre le contrôle de son être tout en continuant à prier son DIEU de ne pas l’abandonner, comment elle avait regretté son acte et s’était enfuit précipitamment sous le coups du remords, comment elle était revenue par la suite pour chercher son téléphone et comment finalement elle l’avait trouvé errant dans la ruelle avant que ce qui devait arriver arrive. Le mal était fait.

De toutes les façons le père Noël ne se souvenait de rien au bon matin. Juste une forte migraine quand il s’était réveillé à l’aube dans les bois quelques centaines de mètres plus loin  sans savoir pourquoi avant de la retrouver inconsciente devant son église. Il avait considéré celà comme un signe de DIEU et s’était promis d’agir en protecteur permanent pour cette jeune femme. Il s’en voulait de ne pas avoir été là pour la défendre et considérait tout ceci comme une épreuve de son DIEU,  expérience qui avait plus que jamais renforcé sa foi.

Pour Nathalie Coulibaly, c’était son secret à elle, un secret si lourd à porter. Mais elle trouvait un léger soulagement à sa situation de mère célibataire dans la relation qu’entretenait sa fille Anna avec le père Noël Mariko … son père.

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Cet article a été écrit par Mary Write

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Comments (2)

  • KABA Kouda 11 mai 2015 à 13 h 23 min

    Pour un retour ce premier texte m’a enchanté… Bravo

     Reply
  • Josya Kangah
    Josya KANGAH 21 mai 2015 à 7 h 51 min

    J’ai bien aimé ton texte. Clair, limpide et digeste, mais j’aurais aimé une autre fin que celle là.

    Merci Mary Write

     Reply

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