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Hanielophir

LA BELLE LECON

mars 8, 2013 12:46 Publié par

 « Croyez en Dieu et faites-lui confiance en toute circonstance ; Il est la solution à vos problèmes. Ne doutez point de sa puissance, mes frères ! Gardez toujours la foi et vous vivrez heureux ici-bas…»

Marvin était littéralement absorbé par la bonne nouvelle, annoncée par le pasteur Guédé de la Mission Evangélique de la Foi Indéfectible (MEFI). Les difficultés financières le malmenaient tellement qu’il avait besoin d’entendre des paroles d’espoir pour croire en l’avenir.

Marvin avait besoin de 50 000 F CFA pour constituer, principalement, un dossier de candidature au concours de l’ENA, et faire face à certaines dépenses pressantes. Orphelin des deux parents, il vivait avec ses 4 petits frères dans la maison de 3 chambres que leur père leur avait laissée. Il avait mis en location 2 des 3 chambres et se servait du petit loyer de celles-ci pour assurer la pitance quotidienne. Quelquefois, ses frères et lui obtenaient de l’aide, en vivres, de ses tantes et cousines, côté maternel, lorsqu’elles leur rendaient visite. Le jeune homme, après le baccalauréat et des études supérieures, ne s’était pas encore trouvé du travail. Chaque année, il passait les concours de la fonction publique et, malgré les échecs qui s’enchaînaient, ne perdait jamais espoir. Grâce à sa foi inébranlable en Dieu, il attendait patiemment que le vent frais du bonheur souffle sur lui.

La grande foi de Marvin au Très Haut s’était véritablement forgée au MEFI, une église qu’il fréquentait depuis plus de 5 ans. Chaque dimanche, il était présent au culte et avait, très souvent, des rencontres avec le pasteur Guédé. Pour ses besoins financiers du moment, son guide spirituel lui garantit qu’il n’avait aucun souci à se faire et que Dieu lui permettrait d’obtenir ces 50 000 F CFA et peut-être même plus.

Marvin décida d’aller voir ses oncles, qui avaient de très bons emplois dans l’administration. Pour une raison qu’il ignorait, les frères de son père ne réagissaient presque jamais quand il avait des problèmes. Ils ne faisaient que des promesses qu’ils ne respectaient pas. Marvin avait ainsi cessé de leur exposer ses difficultés financières, trouvant que c’était peine perdue. Mais cette fois, il pensa qu’un d’entre eux l’aiderait, surtout avec l’assurance du pasteur Guédé.

Un bon matin, il se rendit dans un premier temps, chez un de ses oncles, travaillant aux impôts. Il fit un tour, ensuite, chez un autre, au ministère du commerce, puis chez un troisième et un quatrième. Malheureusement, Marvin en sortit bredouille ! Aucun de ses oncles n’eût l’amabilité de lui remettre ce qu’il voulait. Mais sa foi était trop grande pour qu’il soit abattu. Il savait que, d’une façon ou d’une autre, Dieu lui permettrait d’obtenir les 50 000 F CFA dont il avait tant besoin.

La date limite de dépôt des dossiers de candidature pour le concours de l’ENA venait d’être fixée, et jusque-là, Marvin n’avait pas encore obtenu l’argent qu’il recherchait. Il n’en était cependant pas inquiet, persuadé que Dieu ne resterait pas insensible à ses prières !

Un jour, Marvin et ses frères reçurent la visite de leur tante Mathilde, vendeuse d’athiéké au marché Gouro d’Adjamé. La dame, comme d’habitude, ne vint pas les mains vides. Elle remit à ses neveux un gros panier d’athiéké, un bidon d’huile, du charbon et plusieurs condiments de cuisine. Ce fut un vrai soulagement pour les garçons qui en avaient grandement besoin. Avant de s’en aller, tante Mathilde remit un billet de 2 000 F CFA à Marvin, en lui promettant de faire plus la prochaine fois.

Le jeune homme décida alors de se rendre au marché pour acheter du poisson frais, qu’il avait l’intention de griller pour la dégustation d’un plat d’athiéké, ce midi. Il arriva dans une partie du marché où on en vendait de toutes les catégories. Marvin se dirigea vers le comptoir d’une femme, en face duquel se bousculaient plusieurs personnes. Apparemment, la commerçante proposait de gros poissons et tout le monde voulait en profiter. Marvin se faufila entre les gens et reçut de la vendeuse, toutes les informations sur le prix de ses produits :

« 1 000 francs les 3 maquereaux, même prix pour les 3 carpes, mais les 3 capitaines coûtent 2 000 francs… ! »

La vendeuse n’avait pas le temps de répéter les choses et de donner tous les prix car les clients se bousculaient à son comptoir. Elle était plutôt soucieuse de vite les servir afin que le monde diminue. Et dans le but de garantir un service rapide en cas de monnaie à rendre, la dame disposait en face d’elle de 3 sachets noirs, identiques à ceux dans lesquels elle emballait les poissons achetés. Dans le premier, elle mettait tous les billets de 10 000 et de 5 000 F CFA, dans le deuxième ceux de 2 000, de 1 000 et de 500 F CFA et jetait les pièces de monnaies dans le troisième. La vendeuse avait placé ces trois sachets dans une large caisse, juste à côté d’elle.

Marvin décida d’acheter 3 carpes et remit à la dame le billet de 2 000 F CFA que tante Mathilde lui avait remis. La vendeuse prit le soin de lui faire la monnaie mais commit une grosse gaffe. Dans la précipitation et du fait de la forte affluence, elle se trompa de sachet et remit à Marvin celui qui contenait les billets de 10 000 et de 5 000 FCFA, pensant lui avoir remis le poisson acheté. Sans s’en rendre compte, le jeune homme s’empara de son emballage et sa monnaie, et prit le chemin de la maison.

Chemin faisant, Marvin constata que, pour 3 poissons, le sachet qu’il avait en main était curieusement léger. Il décida alors de l’ouvrir pour avoir une idée claire sur son contenu. Le jeune homme eût le souffle coupé quand il découvrit plusieurs billets de banque, et les plus gros en CFA. Il avait le cœur qui battait la chamade. Marvin s’arrêta au pied d’un arbre se trouvant sur la route de la maison et ouvrit à nouveau le sachet, pas très convaincu de ce qu’il venait de voir. Il réalisa qu’il ne rêvait pas ! Les billets étaient bien réels et en si grand nombre qu’il avait peur de les compter.

Après cette découverte, Marvin se posa plusieurs questions. Devait-il prendre cet argent alors qu’il savait bien qu’il appartenait à cette vendeuse de poisson ? Ou Dieu aurait-il écouté ses prières en faisant en sorte que cette dame lui remette cet argent ? En tant qu’un fervent religieux pouvait-il se permettre de prendre ce bon pactole qui ne lui appartenait pas ? Les interrogations fusaient dans la tête du jeune homme qui ne savait que faire. Au tribunal de sa conscience, le procès fut perspicace et la bonne décision difficile à prendre! Pendant qu’une voix lui demandait de garder le magot, considérant que c’était un don de la providence, une autre le réprimandait et lui demandait de retourner au marché pour rendre à César ce qui était à César.

Marvin, après quelques minutes de réflexions, prit la décision qu’il estima juste. Pour lui, garder cet argent dans ce contexte pouvait être considéré comme du vol, et cela ne plairait pas à Dieu. Il décida, alors de revenir dans le marché, pour rendre à la vendeuse cette bonne partie de sa grosse recette du jour.

Il la trouva très occupée à servir ses clients, et constata qu’elle ne s’était pas rendu compte de la disparition de son argent. Elle n’avait pas encore reçu de billet de 10 000 F CFA de ses clients, depuis le départ de Marvin, et mettait les billets de 5 000 F CFA, qu’on lui remettait, dans le sachet contenant les poissons de Marvin, sans se soucier de l’échange. Marvin se fraya un chemin pour arriver en face du comptoir de la vendeuse. Il s’adressa à elle en lui présentant le sachet.

« Madame, vous vous êtes trompée tout à l’heure ! C’est votre argent que vous m’avez remis au lieu de mes poissons. Tenez, jetez-y un coup d’œil ! »

La commerçante cessa aussitôt toutes ses opérations de vente, après avoir entendu Marvin, et, d’un geste très brusque, lui arracha le sachet. Elle vida son contenu et se mit à compter les billets, sous le regard de Marvin, des clients présents et des autres vendeuses de poisson. Quelques secondes après, elle se tourna vers Marvin.

« Ecoute mon gars, je suis certaine que tu as caché certains billets ! Il faut que je te fouille pour en avoir le cœur net ! »

Marvin n’eût pas le temps de dire quelque chose que toutes les personnes présentes marquèrent leur indignation face à l’attitude de la vendeuse. L’une de ses voisines ne perdit pas de temps pour la sermonner.

-Mais tu exagères Malou ! Au lieu de remercier ce jeune homme pour t’avoir ramené ton sachet d’argent, tu oses douter de lui et vouloir même le fouiller ! Franchement, tu ne changeras pas !

-Oh toi je t’ai rien demandé ! Ce gars-là a une tête de truand et je parie qu’il a pris un peu de mon argent !

Les accusations de la vendeuse mirent sur les nerfs toute l’assemblée qui la traita de mauvaise femme. Celle-ci, qui en avait honte, oublia son accusation mais asséna, tout de même, une terrible vérité.

« Vous avez raison, je me suis trompé ! Ce type là n’est pas un truand mais un idiot ! Moi à sa place, je n’aurai jamais ramené cet argent! Vous savez, il y a des gens comme lui qui ne savent pas que lorsqu’on prie et qu’on demande à Dieu de nous donner de l’argent, il peut également procéder de cette manière ! »

Les gens semblaient partager cette position de la vendeuse. A sa suite, des propos moqueurs sortirent de la bouche de plus d’un, estimant que Marvin avait fait preuve d’une stupidité sans pareille. Une des vendeuses de poisson du coin l’appela et lui dit ceci :

« Tu sais, mon frère, cette femme-là est très méchante et accorde plus d’importance à l’argent qu’à l’homme. Je pense que Dieu voulait la punir en permettant que son argent arrive entre tes mains. C’est pourquoi tu aurais dû le prendre ! Mais tu as tout de même bien fait et tu ne devrais rien te reprocher !»

Marvin récupéra ses trois poissons et rentra chez lui, sans même avoir entendu un petit merci de la bouche de cette vendeuse. En voulant jouer les personnes de bonne moralité, il repartait en étant la risée de tous. Il se demanda, en outre, si cette vendeuse n’avait pas finalement raison. Dieu ne lui aurait-il pas fait un don qu’il avait purement et simplement refusé ? Ne serait-ce pas finalement une belle leçon qu’elle venait de lui donner ? Marvin essaya, malgré tout, de garder la foi, convaincu que Dieu lui pardonnerait s’il avait mal fait, et le bénirait si son acte était positif.

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Cet article a été écrit par Hanielophir

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Comments (8)

  • Suzaku Fumiko
    Suzaku Fumiko 8 mars 2013 à 13 h 13 min

    Simple, digeste à la lecture, aucune recherche de mystification dans la constitution des phrases, très peu de dialogues e plus de narration, moralité clairement dégagée à la fin de l’histoire, travail sobre et efficace j’aime cher ami

     Reply
  • Hanielophir
    Hanielophir 8 mars 2013 à 19 h 54 min

    Merci Suzaku Fumiko pour ton commentaire et surtout d’avoir aimé!

     Reply
  • Sadjee 9 mars 2013 à 21 h 55 min

    Hanielophir le sage!!!J’aime l’aspect très pratique de tes histoires, ça pousse à la réflexion…quoique dans ce cas, moi je suis d’accord avec la réaction de ton personnage devant cette situation, ça peut être considéré comme un test pour éprouver sa foi,non?

    Concernant la forme, il y a des améliorations certaines, mais toujours un petit travail de formulation de certaines expressions à effectuer…bonne continuation!

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  • Hanielophir
    Hanielophir 11 mars 2013 à 15 h 48 min

    Salut Sagee, ma meilleure source d’inspiration, et merci pour tes encouragements! T’as pas tort, Marvin a été peut-être tenté par le diable et a peut-être fait le bon choix. Mais en écrivant ce texte, j’avais une question en tête: est-ce possible que Dieu réponde favorablement aux prières de quelqu’un en punissant quelqu’un d’autre? Dans le cas espèce, la vendeuse Malou est connue comme mauvaise, (ce qu’elle a démontré d’ailleurs!). Les voies du Seigneur étant insondables, c’est peut-être Dieu qui est à la base de l’échange des sachets, n’est-ce pas?

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  • Licka choops 11 mars 2013 à 18 h 59 min

    j’ai pas voulu lire l’histoire au début! et je passais à coté d’un trésor parce que la moralité qui s’y dégage est très grande. JE CAP la preuve je te laisse un commentaire! j’avoue que j’aime beaucoup et je partagerai avec mes proches. lol C’est simple! facile à lire bravo !
    Et moi j’aurai retourné l’argent! lol je suis comme ça ow si je sais à qui l’argent appartient! je redonne, si il avait trouvé le sachet par hasard! oui là c’est pour lui mais là c’est pas pareille. On saura jamais si c’était vraiment Dieu qui l’aidait ! mais il à eu le bon reflexe, il à été fidele dans de petites choses ! je l’imagine récompensé! bravo et merci

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  • Hanielophir
    Hanielophir 12 mars 2013 à 10 h 00 min

    Merci Licka, c’est très cool! Et puis je trouve que tu as raison. En effet, si l’argent avait été trouvé au hasard dans la nature, c’est sûr qu’il pouvait le garder sans regret, ce qui n’est pas le cas dans le contexte actuel. Merci Licka, c’est juste!

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  • Sylvain Lefrancet
    lefrancet 21 mars 2013 à 12 h 59 min

    ….. s’il avait mal fait, et le bénirait si son acte était positif. » Il faudra peut-être ajouté à cette phrase que Marvin restait convaincu malgré cet incident qu’il se présentera au concours de l’Ena. J’ai bien apprécié. Facile à lire. Et une histoire similaire s’est passé à Daoukro où je suis. On a tous qualifié l’Haoussa qui avait ramassé l’argent dans la poubelle d’un grand magasinn, d’idiot. Il a rendu l’argent.

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  • Hortense Djodjome Sel 1 mai 2013 à 16 h 15 min

    Je n’ai qu’un mot en guise de commentaire , j’adore ! Au risque de répéter les commentaires précédents , ce texte est délicieux , se lit facilement et se digère aisément . Il est donc à consommer sans modération ! Moi en tout cas j’en veux plus , Bravo !

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