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Yehni Djidji

J’ai lu : Munyal, les larmes de la patience de Djaïli Amadou Amal

février 28, 2019 5:55 Publié par
Munyal, la patience en Fulfude.
Munyal, la plus grande vertue qu’une femme Peule puisse posséder. Patience quand ses désirs sont baffoués et qu’un mari lui est imposé, alors qu’elle n’est qu’une enfant. Patience quand son époux décide de prendre une autre épouse.

Patience, quand l’époux insulte, crie et frappe. Munyal, quand les coups de poings lui laissent un œil au beurre noir, quand son corps marqué par la violence devient méconnaissable. Munyal, quand battue à volonté elle fait une fausse couche. Munyal quand son mari la viole. D’ailleurs il n’existe pas de viol entre époux. Qui a bien pu prononcer ce mot ?

« Personne ne parut plus que cela scandalisée par mon état. Ce n’était pas un crime ! Moubarak avait tous les droits sur moi et il n’avait fait que se conformer à ses devoirs conjugaux. Il avait certes été un peu brutal, mais c’était un jeune homme en bonne santé et viril ! En plus, j’étais belle comme un cœur ! Il ne pouvait que perdre la tête par tant de charmes. »

Ce 3e ouvrage de Djaïli Amadou Amal nous rappelle un peu Waalande, l’art de partager un mari. On y retrouve les coutumes Peule, les déboires des foyers polygamiques, la vie croisée de plusieurs femmes. Dans ce livre elles sont 3. 3 femmes ayant pratiquées la patience toute leur vie et qui ont atteint leur seuil de tolérance.

Hindou a été promise à Moubarak son cousin. Les liens de sang entre eux ne l’empêchent pas de maltraiter la jeune fille. C’est que Moubarak est un alcoolique notoire, un drogué patenté, un coureur de jupon renommé et un paresseux qui n’a pas son pareil pour dilapider l’argent. Cela n’a pas empêché le père d’Hindou de la lui donner en mariage. Dès les premières pages du livre, on voit une Hindou déboussolée. Elle semble avoir perdu la raison. Elle entend des voix. Des voix qui entre autres mots, lui scandent la sempiternelle rengaine « Munyal, Munyal »…

Rama est la demi-sœur de Hindou. Elle est la plus instruite des deux. Elle a eu la chance de voir sa main demandée et accordée par son père à un jeune homme qu’elle aime. Elle est sur son petit nuage jusqu’à ce que son père lui annonce que son frère ( l’oncle de Rama) a déjà accordé sa main à un riche commerçant de 50 ans. Il ne peut pas contredire son grand-frère. C’est ainsi chez les Peuls. Il n’y a rien à redire. Tout ce que Rama peut faire c’est appliquer à la lettre ce conseil : « Munyal ! »

Safira est la première épouse du mari de Rama. Pendant Vingt ans, elle s’est montrée une compagne exemplaire, se pensant à l’abri de la polygamie. Mais voilà que son époux lui impose une deuxième femme et qu’on lui demande d’avoir de la patience. Munyal ! Encore et toujours. Au début, Safira tente de faire un effort pour supporter la situation à défaut de l’accepter. Mais l’arrogance de son époux, sa désinvolture face à sa souffrance, la pousse à la révolte. Une révolte silencieuse car la femme Peule ne peut ouvertement déroger à la bienséance du Pulaaku, à la soumission, au Munyal. On lui demande de patienter ? Elle patientera. Patienter, ce n’est pas être inactif. Elle patientera dans l’action. Elle patientera dans la ruse. Elle déploiera tous les trésors d’ingéniosité qu’elle a en réserve pour retrouver son honneur blessé. Comme c’est bien souvent le cas, lorsqu’une épouse se sent baffouée, ce n’est pas au mari qu’elle s’en prend mais à l’autre femme. Elle se rendra malheureusement compte trop tard que les coépouses ne sont pas des ennemis. Comme le disait le personnage d’Aissatou dans Walaandé, l’art de partager un mari, l’ennemi, c’est le mari.

L’écriture de Djaïli Amadou Amal est simple. Pas besoin de garder un dictionnaire à portée de main pour la comprendre. Elle est fluide. On ne voit pas le temps passer. Elle transporte. On a l’impression de vivre la vie de ces femmes bâillonnées par la religion et la tradition.  Elle transperce. On sent à plusieurs reprises les larmes de la patience nous mouiller les yeux, nous chatouiller la gorge.

Je n’aime pas lire de longs textes sur mon ordinateur mais je me suis surprise à finir les 214 pages du roman. Il est disponible sur la bibliothèque en ligne Youscribe. C’est une plateforme payante.

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Cet article a été écrit par Yehni Djidji

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