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Yehni Djidji

J’ai lu Kétala de Fatou Diome

septembre 24, 2018 8:03 Publié par

Un début triste

Mémoria est morte. On le sait dès les premières pages du roman de Fatou Diome. On apprend aussi ce que signifie « Kétala » cette pratique traditionnelle musulmane qui donne son nom à l’œuvre. Il s’agit de partager l’héritage du défunt. Ici de la défunte.  Le huitième jour après son enterrement, sous l’œil vigilant de l’Imam, on distribue les affaires aux différents membres de la famille.

Ce qu’on ne sait pas, c’est qui était Mémoria avant sa mort. Quelles joies et quels écueils ont jalonné son histoire et forgé sa personnalité avant qu’elle ne passe l’arme à gauche. Pour conter donc Mémoria et permettre au lecteur de cerner la femme qu’elle était ainsi que le vide qu’elle laisse derrière elle, Fatou Diome choisit de donner la parole aux objets personnels de la défunte.

« Chacun de nous est une trace de l’histoire de Mémoria ; si on nous sépare les uns des autres, il ne restera plus rien de notre Maîtresse. »  dit le Mouchoir à la page 16.

Des narrateurs bien particuliers

Les meubles, les ustensiles, les bijoux et autres objets, tous mus d’une intelligence propre et dotés de la parole décident donc de sauvegarder la mémoire de leur Maîtresse avant d’être dispersés par le Kétala.

« Je propose que chacun de nous raconte aux autres tout ce qu’il sait de Mémoria. Ainsi pendant les six nuits et cinq jours qui nous séparent du kétala, nous allons ensemble reconstituer le puzzle de sa vie ». P 22

Le récit de la vie de Mémoria commence donc. Mais il n’est pas de tout repos. Comme les hommes, les objets ont aussi leurs querelles de leaderships, leur orgueil, leurs prétentions, leurs insuffisances, leurs questionnements, leurs jalousies. Entre palabres et souvenirs, des pans de la vie de Mémoria sont dévoilés au lecteur : ses amours, ses amitiés, sa famille, son exil…

Au fil des pages, on se prend d’amitié pour la défunte. On se pose des questions sur nos propres choix en voyant comment les pressions sociales l’ont conduite à des choix inopportuns, comment le souci des convenances et le refus de quitter sa zone de confort l’ont mené fatalement vers sa fin. On s’imagine nos propres réactions face à l’abandon et aux manques. On sent l’urgence de prendre les bonnes décisions au bon moment. On réalise que les révoltes tardives et les compassions de dernières minutes sont inutiles. On pense alors à notre propre Kétala, aux choses qu’on laissera derrière nous. A ceux qui en hériteront. Aux confidences qu’elles pourraient faire sur nous.

L’histoire derrière le livre

Après avoir lu quelques extraits du livre « le ventre de l’Atlantique » en 2016, vu quelques une de ses interventions vidéos,  lu quelques éloges sur son écriture, j’avais décidé de lire Fatou Diome.  J’ai acheté Kétala en Janvier 2017. J’ai lu quelques pages sans pour autant accrocher. La photo d’illustration date d’ailleurs de cette époque. Entre temps un ami m’avait aussi  offert « le ventre de l’Atlantique » que je n’ai jamais terminé.

Et puis ma maison a été inondée encore une fois. Et en faisant le point de mes pertes et des rescapés, j’ai revu « Kétala » qui me souriait, sa couverture et quelques pages gorgées d’eau. On dit qu’on apprécie mieux le bonheur vrai quand on le perd. A la vue de tous ces livres perdus, certains jamais lus, d’autres débutés et jamais achevés, j’ai décidé de faire enfin honneur aux bouquins que je trimballais de déménagement en déménagement, tout en leur préférant de nouveaux venus. Voici comment Kétala est revenu au dessus de ma pile à lire, et comment j’ai passé un agréable moment de lecture. Je vous conseille ce livre.

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