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Yehni Djidji

J’ai lu: Boni de Serge Bilé

avril 5, 2018 10:00 Publié par

Boni, un peuple niché dans une forêt en Guyane. Il porte le nom d’un de ses célèbres ancêtres, un chef rebelle du 18ème siècle. Une figure incontournable de la lutte contre l’esclavage au Suriname et en Guyane.

Pour conter Boni, le combattant, Serge Bilé raconte sa mère et le royaume Ashanti. Il imagine grâce à des archives et des éléments d’anthropologie, la vie d’Adjoua, servante à la cour au temps de Abla Pokou et sa nièce Akwa Boni.  Elle a fait partie des fuyards du royaume Ashanti, poursuivis par les troupes de Opokou Ware. Elle a été témoin du sacrifice du fils de Abla Pokou aux eaux déchaînées. Elle a aussi traversé le fleuve Comoé sur le dos des hippopotames apparus comme par enchantement une fois le fils unique englouti par le fleuve.

Pour conter Boni, Serge Bilé nous plonge dans la naissance du peuple Baoulé baptisé ainsi en reconnaissance au sacrifice de Pokou. Ba-ouli. L’enfant est mort. Dans la foulée, on en découvre un peu plus sur les mythes d’origine de différents peuples, sur leurs us et coutumes.

« Boni Etchréwoué a engendré sous l’eau les ancêtres des Eotilé, un homme appelé Ekonan Ndewoué et une femme du nom d’Eko Essini Nampou. Le groupe s’est multiplié au point de constituer deux grands territoires sublacustres. Les Eotilé sont ensuite apparus à la surface de la terre. Ils se disent dotés d’un pouvoir extraordinaire qui les rend amphibies. » P 42

Serge Bilé nous entraîne dans les sillages de l’esclavage entre peuples africains qui finit par servir de vivier à la traite négrière. Une pratique m’étonne particulièrement :

« Il est arrivé qu’un  esclave amasse un petit pécule et paie un autre esclave pour l’offrir à son maître en signe de gratitude, tout en restant esclave lui-même ! » P 60

Pourquoi ne pas racheter sa propre liberté ? L’assassinat d’esclaves lorsqu’un Famien, un chef, meurt me choque. Leur sang arrose le tabouret royal et les statuettes. Leurs têtes sont coupées pour caler le sarcophage dans le caveau lors de l’ensevelissement.

Adjoua devient une victime collatérale de la traite négrière. Kidnappée et déportée au Surinam elle devient Klara et tente de s’accommoder de son nouveau statut dans la plantation Van Der Mey.  Etre esclave au Surinam est 100 fois plus éprouvant que l’être en pays Ashanti.

« Klara est épuisé comme jamais de toute sa vie de servante. Le soleil l’a brûlée. Le fouet du commandeur l’a lacéré. Elle a mal aux pieds. Elle a mal aux mains. Elle a mal aux reins, mal de s’être tant de fois courbée, levée, recourbée, relevée. » P 95/96

Toutefois, ce n’est pas la dureté du labeur qui fait fuir Adjoua mais une proposition indécente. Par peur d’être violée elle s’enfuit et tombe fort heureusement sur une communauté de nègres marrons qui l’adopte. Les nègres marrons sont des fugitifs qui lancent des raids sur les plantations des esclavagistes et « massacrent les colons, brûlent les maisons, récupèrent les fusils et libèrent les esclaves. »

C’est là que Adjoua donne naissance à Boni. Elle l’appelle ainsi en souvenir d’Akwa Boni, nièce de Abla Pokou.

Boni grandit bercé par les histoires de sa mère sur l’Afrique et les échos des traitements cruels infligés aux esclaves des plantations. Tout ceci nourrit sa rage de liberté. Boni, le combattant gagne en adresse, en maturité, et  stratégie au fil des opérations et finit par devenir le chef, le Gran Man, d’une communauté qui prend son nom en hommage du Surinam jusqu’en Guyane.

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